Une agence pour superviser l’assurance médicaments

Le ministre des Finances Bill Morneau et la ministre de la Santé Ginette Petitpas Taylor, à l’occasion de la publication du rapport provisoire sur l’assurance médicaments
Photo: Tijana Martin La Presse canadienne Le ministre des Finances Bill Morneau et la ministre de la Santé Ginette Petitpas Taylor, à l’occasion de la publication du rapport provisoire sur l’assurance médicaments

Ottawa devrait créer une agence pour superviser le déploiement d’un régime national d’assurance médicaments, de l’avis d’un comité d’experts chargé de se pencher sur le sujet.

Dans leur rapport provisoire, rendu public mercredi matin, ils suggèrent également au gouvernement Trudeau de faire une liste nationale de médicaments — pour que la couverture soit le plus uniforme possible à travers le pays — ainsi que de prévoir des fonds pour collecter davantage de données sur les médicaments d’ordonnance.

Pour en arriver à ces recommandations, le groupe de travail a enchaîné les tables rondes et rencontres avec des professionnels de la santé, des intervenants ainsi que des patients dans les derniers mois.

« S’il y a un point absolument cohérent parmi tous ceux que nous avons abordés, c’est que trop de gens passent entre les mailles du filet, que le système actuel est inadéquat, qu’il ne répond pas efficacement aux besoins de millions de Canadiens », a déclaré Eric Hoskins, un ancien ministre ontarien de la Santé qui préside le comité, lors d’une conférence de presse à Toronto mercredi.

À l’heure actuelle, près de 7,5 millions de Canadiens ne bénéficient d’aucun régime d’assurance pour les médicaments sur ordonnance. Et près d’un million de personnes doivent encore choisir entre payer leur chauffage et leur épicerie ou leurs médicaments, toujours plus chers.

« Les dépenses en médicaments d’ordonnance au Canada ont augmenté considérablement au cours des dernières décennies, passant de 2,6 milliards de dollars en 1985 à 34 milliards de dollars en 2018 ; on s’attend à ce qu’elles dépassent les 50 milliards de dollars d’ici 2028 », précise le rapport. Or contrairement aux soins hospitaliers et aux visites chez le médecin, les besoins en médicaments de la plupart des Canadiens ne sont pas couverts par l’assurance maladie publique.

Une version finale du rapport sera présentée au printemps avec cette fois-ci un plan détaillé pour la mise en place d’un tel régime à l’échelle du pays.

Le gouvernement fédéral a affirmé mercredi qu’il étudierait les propositions du comité en attendant son rapport final.

Rien de nouveau

« C’est une vieille idée, on en parle déjà depuis vingt ans. Quand le dossier semble faire des avancées, finalement il revient en arrière. C’est difficile de savoir si un jour ça va se réaliser », souligne d’un air sceptique le professeur à l’École de sciences infirmières de l’Université de Victoria Damien Contandriopoulos.

À ses yeux, la question la plus importante demeure : la couverture de cette assurance médicament sera-t-elle universelle ? Le rapport n’y répond pas.

Cet aspect ne manquera pas d’être abordé lors de la prochaine campagne électorale — en vue du scrutin d’octobre — alors que les néodémocrates se sont engagés à établir un régime public et universel d’assurance médicaments.

Le Québec peu concerné

Quelle que soit la décision d’Ottawa, le Québec risque d’être « sa principale opposition politique », croit M. Contandriopoulos.

Rappelons que la province a déjà son propre régime public d’assurance médicaments, qui couvre tous les citoyens qui ne sont pas déjà inscrits à un régime privé.

Avec La Presse canadienne