La riposte de l’entourage de Trudeau viendra mercredi

Le premier ministre Justin Trudeau n’a pas voulu dire si Jody Wilson-Raybould pourrait demeurer membre du caucus des députés libéral après le témoignage accablant qu’elle a livré mercredi.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le premier ministre Justin Trudeau n’a pas voulu dire si Jody Wilson-Raybould pourrait demeurer membre du caucus des députés libéral après le témoignage accablant qu’elle a livré mercredi.

Jody Wilson-Raybould a eu son droit de parole et a tiré à boulets rouges sur l’entourage de Justin Trudeau, l’accusant de lui avoir fait subir des pressions indues et répétées dans le dossier de SNC-Lavalin. L’ancien bras droit du premier ministre aura maintenant son droit de réplique. Gerald Butts sera convoqué à son tour en comité parlementaire pour livrer sa version des faits.

Au lendemain du témoignage fracassant de l’ancienne procureure générale, l’ex-secrétaire principal de Justin Trudeau a réclamé de se faire entendre. « Je crois que mes preuves seront utiles au comité de la justice et des droits de la personne. Je demande respectueusement l’occasion de participer au comité », a-t-il fait valoir par écrit, dix jours après sa démission du bureau du premier ministre.

Le Comité permanent de la justice a convenu, jeudi, de l’inviter à comparaître mercredi prochain afin qu’il réponde au compte rendu qu’a livré Mme Wilson-Raybould au sujet de leurs échanges. Le comité convoquera en outre une deuxième fois le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, et la sous-ministre de la Justice, Nathalie Drouin.

Jody Wilson-Raybould a relaté, mercredi, que M. Butts et la chef de cabinet de Justin Trudeau, Katie Telford, ont fait pression sur sa propre chef de cabinet afin de convaincre son bureau d’annuler la décision de la directrice des poursuites pénales de ne pas accorder d’accord de poursuite suspendue à SNC-Lavalin. « Il n’y a pas de solution qui n’inclue pas d’interférence », aurait dit M. Butts. « On ne veut plus débattre de légalité », aurait affirmé Mme Telford.

Les députés de l’opposition auraient souhaité entendre aussi Katie Telford, de même que les autres conseillers de Justin Trudeau et le premier ministre puisque Mme Wilson-Raybould les a incriminés.

Justin Trudeau a pour sa part continué de marteler que son équipe n’avait rien fait de mal. Quant au sort de Jody Wilson-Raybould au sein du caucus libéral, M. Trudeau n’avait toujours pas pris de décision jeudi.

« J’ai pris connaissance de son témoignage. J’ai encore des réflexions à avoir par rapport à son statut au sein du caucus », a-t-il expliqué, de passage à Montréal.

Mme Wilson-Raybould s’est abstenue à deux reprises, en comité parlementaire, d’indiquer si elle avait toujours confiance en son premier ministre. « J’ai démissionné du conseil des ministres parce que je n’étais plus à l’aise de siéger autour de la table du cabinet », s’est-elle contentée de répliquer.

Mais les avis sont partagés, chez ses collègues. Une élue libérale s’est avouée mal à l’aise de la voir demeurer membre du caucus et participer aux rencontres à huis clos. Certains libéraux estiment que le lien de confiance est grandement menacé.

D’autres, en revanche, n’ont pas d’objection. « C’est son choix. C’est le choix du premier ministre », a affirmé le député Rob Oliphant, qui estime que ce n’est pas à lui de réclamer son expulsion. Le député Adam Vaughan se dit du même avis. « Elle a choisi de siéger comme libérale. Elle devrait continuer de siéger comme libérale. »

Jody Wilson-Raybould compte en outre deux fidèles soutiens, qui l’ont défendue publiquement depuis le début cette affaire : la présidente du Conseil du Trésor, Jane Philpott, et la députée Celina Caesar-Chavannes. Son expulsion du caucus libéral pourrait froisser ses alliés.

Pour le bien des emplois

L’ex-ministre de la Justice a martelé mercredi qu’elle avait été la cible de pressions répétées, voire de menaces à peine voilées de la part de l’entourage du premier ministre.

Justin Trudeau a réitéré jeudi qu’il était « totalement en désaccord » avec son récit. « Comme Mme Wilson-Raybould l’a dit elle-même, je lui ai dit à plusieurs reprises que c’était sa décision, et sa décision seule. »

La ligne de défense du gouvernement a été martelée ad nauseam : il est tout à fait normal de protéger les emplois, tout en respectant l’intégrité des institutions et l’état de droit — ce que M. Trudeau assure avoir fait.

Mme Wilson-Raybould a en outre incriminé Ben Chin, le chef de cabinet du ministre des Finances, Bill Morneau. M. Chin aurait le premier fait valoir à la chef de cabinet de l’ex-ministre de la Justice qu’il y avait un risque de pertes d’emplois si SNC quittait le Canada à la suite d’une condamnation au criminel.

M. Morneau a défendu son adjoint. Bien qu’il ne l’ait pas mandaté pour entreprendre ces démarches, il les appuie pleinement. « Le rôle de mon chef de cabinet est de s’assurer que nous avons des échanges avec d’autres pans du gouvernement afin de nous assurer qu’ils comprennent les conséquences économiques des décisions. C’est ce que Ben tentait d’accomplir », a insisté le ministre.

La GRC interpellée

Le chef conservateur a par ailleurs officialisé sa demande d’enquête de la Gendarmerie royale par écrit. La GRC a confirmé avoir reçu la missive, mais comme à son habitude refusé de confirmer ou nier la conduite d’une enquête.

Jody Wilson-Raybould a estimé, mercredi, que la pression qu’elle a subie ne contrevenait pas au Code criminel. Des experts consultés par Le Devoir sont du même avis. L’ex-ministre a également concédé que le premier ministre, son bureau ou le greffier du Conseil privé ne lui ont pas ordonné de conclure un accord avec SNC.

Néanmoins, les conservateurs soutiennent qu’il faut une enquête policière et la démission du premier ministre.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, a quant à elle réclamé le licenciement du greffier Michael Wernick. Les néodémocrates et Mme May exigent une enquête publique.

Avec Stéphane Baillargeon

Pas d’intervention de Québec

Sonia LeBel n’entrevoit pas la perspective où elle interviendrait dans une poursuite visant SNC-Lavalin. « Je n’ai pas l’intention d’intervenir dans ce dossier et rien ne me laisse penser que j’aurai à le faire », a déclaré la procureure générale du Québec, jeudi.

« Si un jour, la décision change parce que les circonstances changent ou les informations qu’on pourrait détenir changent, je devrai le faire en toute transparence. Je devrai expliquer à la population pourquoi j’interviens dans ce dossier-là pour éviter des allégations de pressions politiques et expliquer l’intérêt public », a-t-elle ajouté.

Mme LeBel pourrait voir, à son tour, une affaire visant le géant du génie-conseil atterrir sur son bureau. En effet, le DPCP travaillerait avec la GRC, selon La Presse, à préparer le dépôt d’accusations contre SNC-Lavalin.

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a pour sa part réitéré jeudi sa volonté de « protéger » SNC-Lavalin « dans la mesure où on peut le faire légalement ».
Marco Bélair-Cirino
3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 1 mars 2019 06 h 18

    est ce qu'Il ne se cache pas toujours derriere les sociétés qui si disent démocratique , l'horreur d'un pouvoir absolu enfin peut être est ce la seul facon d'atteindre la paix

    si la procureur en chef n'a pas de droits particuliers pourquoi l'appelle-t-on ainsi , en fait ses droits sont-ils limités par le pouvoir du premier ministre , dans ces conditions ses droits ne seraient ils qu'un effet de toges, servant a camouffler le pouvoir absolu du premier ministre quel inepsie pour une société qui se dit démocrartique

  • Steve Brown - Inscrit 1 mars 2019 06 h 40

    Ça relève d'une enquête criminelle

    La radio passe en boucle ce commentaire entendu à la chambre des communes, ( nul doute dit par un membre de l'opposition ) : Ils ont fait ça pour l'emploi? NON!, ils ont fait ça pour l'économie? NON!, la RÉPONSE EST DÉGOÛTANTE : ILS ONT FAIT ÇA POUR EUX-MÊME !

    Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça relève d'une enquête criminelle.

    Steve Brown
    Lévis

  • Yvon Bureau - Abonné 1 mars 2019 14 h 20

    Un "Conclave" svp

    Que toutes les personnes concernées soient rassemblées, enfermées ensemble, sans micro, sans média, cherchant ensemble uniquement les ententes les plus réalistes et les plus appropriées. Dans le seul intérêt de toute la population canadienne.
    En sommet/conclave prime et règne un tel intérêt, honorant le Politique noble rassembleur.
    Dans le plus secrêt créateur.