Jody Wilson-Raybould «ne pourra pas tout dire»

L'ancienne ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, mardi à Ottawa
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne L'ancienne ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, mardi à Ottawa

C’est mercredi après-midi que l’ancienne ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould livrera en comité parlementaire « sa vérité » dans l’affaire SNC-Lavalin, au grand plaisir de certains de ses ex-collègues du cabinet désireux de mettre cette affaire derrière eux. Mais déjà, elle prévient les députés qu’elle ne pourra pas tout dire parce que le décret la libérant de ses obligations au secret ne couvre pas la totalité des communications pertinentes à cette histoire.

Dans la lettre qu’elle a fait parvenir au Comité permanent de la justice mardi signifiant qu’elle acceptait de témoigner, Mme Wilson-Raybould écrit que le décret « ne suffit pas » parce qu’il couvre seulement la période pendant laquelle elle était ministre de la Justice et procureure générale. « Il ne lève donc pas les restrictions s’appliquant à mes communications lorsque j’étais ministre des Anciens combattants, celles liées à ma démission ou ma présentation au cabinet après ma démission », écrit-elle dans cette lettre obtenue par La Presse canadienne.

Le chef conservateur, Andrew Scheer, a déploré dans un communiqué de presse que « Justin Trudeau essaie de tromper les Canadiens en leur faisant croire qu’il laisse Mme Wilson-Raybould parler librement ».

Lundi, la députée de Vancouver Granville avait écrit au Comité qu’elle ne témoignerait pas avant que le gouvernement renonce au secret professionnel de l’avocat et lève le secret du cabinet limitant son droit de parole publique. Mme Wilson-Raybould demandait aussi que le Comité obtienne un « énoncé formel » quant à la retenue dont elle doit faire preuve pour ne pas nuire aux deux causes impliquant SNC-Lavalin qui se trouvent devant les tribunaux.

Le président du Comité, le libéral Anthony Housefather, lui a répondu que ces conditions étaient remplies. Non seulement le gouvernement a-t-il adopté lundi soir un décret levant les règles du secret, mais « le Comité a demandé et reçu un avis juridique sur la convention relative aux affaires en instance devant les tribunaux et […] l’a examiné la semaine dernière ».

La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, se réjouit de cette comparution. « C’est important qu’elle parle pour lever tout le mystère. C’est important afin que nous tous puissions poursuivre notre travail », a-t-elle dit.

Mme Bennett a fait valoir que le Parlement faisait relâche la semaine prochaine et que « la plupart des gens estiment que, si ça pouvait avoir lieu cette semaine, ce serait une bonne chose ».

Son collègue à Pêches et Océans, Jonathan Wilkinson, estime pour sa part que toute cette histoire de SNC-Lavalin est « créée par la bulle d’Ottawa ». Il rappelle qu’il était présent la semaine dernière lorsque Mme Wilson-Raybould a livré sa version des faits au cabinet.

« Je suis d’avis qu’il ne s’est rien passé de fâcheux. C’était complètement approprié. Mais Jody a la chance de livrer sa version et c’est approprié aussi. »

Ce sera la première fois qu’on entendra la version des faits de Mme Wilson-Raybould depuis que le Globe and Mail a allégué il y a trois semaines, sur la foi de sources anonymes, que l’ex-ministre avait subi des pressions pour suspendre la poursuite contre SNC-Lavalin.

Cette allégation a jeté un nouvel éclairage sur la rétrogradation en janvier de Mme Wilson-Raybould au poste moins prestigieux des Anciens combattants. L’opposition et plusieurs observateurs en déduisent qu’elle a été tassée pour avoir refusé de se plier aux demandes du premier ministre et de son entourage.

Il appert toutefois que M. Trudeau avait d’autres visées pour sa ministre : selon une source libérale, il lui avait d’abord offert l’important poste des Services aux Autochtones, mais elle l’a refusé.

Mme Wilson-Raybould a démissionné du cabinet il y a deux semaines après que Justin Trudeau a soutenu que sa présence à la table des ministres était la preuve qu’aucun geste inapproprié n’avait été commis à son endroit.