Élections fédérales: une percée verte au Québec en octobre?

La candidate néodémocrate dans Outremont, Julia Sánchez, a vu les appuis de son parti fondre de 40% depuis les dernières élections. Pour leur part, les verts ont triplé leur nombre de votes depuis 2015.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La candidate néodémocrate dans Outremont, Julia Sánchez, a vu les appuis de son parti fondre de 40% depuis les dernières élections. Pour leur part, les verts ont triplé leur nombre de votes depuis 2015.

L’élection partielle dans Outremont, où le Parti vert a gonflé ses appuis lundi, fait craindre au Nouveau Parti démocratique une nouvelle dynamique électorale au Québec. Et la chef des verts y voit justement déjà la confirmation que la vague orange de 2011 sera suivie d’une percée verte l’automne prochain.

Comme le laissaient présager les sondages, le NPD a perdu la circonscription d’Outremont, qui avait été laissée vacante par Thomas Mulcair. La candidate néodémocrate Julia Sánchez a récolté 26 % des voix, derrière la libérale Rachel Bendayan qui a reçu 40 % des votes. Ce qui a surpris cependant, ce sont les 12,5 % de voix récoltées par le Parti vert, qui est arrivé troisième.


 

Le lieutenant québécois du NPD, Alexandre Boulerice, ne cachait pas sa déception mardi. « Mais pour les gens qui nous rayaient de la carte au Québec en disant qu’on allait disparaître, un score de 26 % montre qu’on a été capables de s’enraciner dans certains endroits », a-t-il fait valoir.

Reste que le Parti vert a plus que triplé ses appuis (3,6 % en 2015, 12,5 % lundi soir), tandis que le NPD y a perdu 18 points de pourcentage (44 % en 2015, 26 % lundi soir).

« C’est vrai que, quand les gens se disent que leur priorité, c’est l’environnement, le premier réflexe est de voter pour le Parti vert », a expliqué Alexandre Boulerice. « Alors, est-ce qu’il y a un danger pour le NPD ? Oui, effectivement », a-t-il reconnu pour la première fois.

Ce risque de déplacement de l’électorat vers le Parti vert avait été évoqué au Devoir en novembre par d’anciens néodémocrates déçus du chef Jagmeet Singh et de sa performance dans les sondages. L’ancien élu Alain Giguère craint encore plus aujourd’hui que son parti ne se fasse dépasser par celui d’Elizabeth May, à la lumière des résultats de la partielle dans Outremont.

« Ça veut dire que le NPD risque de passer derrière le Parti vert. C’est un danger », a-t-il martelé mardi. « Déjà, dans les sondages, ils sont forts, dangereusement forts, par rapport au NPD. C’est un problème. »

Un sondage de la firme Angus Reid accordait mardi 14 % d’appuis au NPD au Québec et 10 % au Parti vert. Les libéraux et les conservateurs y sont au coude à coude, à 24 % tous les deux, suivis du Bloc québécois à 22 %. En juin, la même maison plaçait le NPD à 9 % et le Parti vert à 5 %.

La chef du Parti vert prédit que la vague orange est terminée. « Maintenant, nous attendons la vague verte », a lancé une Elizabeth May tout sourire. L’ex-député du NPD Jean Rousseau a rejoint son parti et d’autres anciens élus souhaitent en faire autant, selon la chef.

Alexandre Boulerice rétorque toutefois que le NPD saura offrir une plateforme ambitieuse en matière d’environnement cet automne, tout en formulant aussi — contrairement au Parti vert — d’autres promesses progressistes en matière de transport en commun, de logement abordable ou d’assurance-médicaments.

La fin de la vague orange ?

Mme May n’était cependant pas la seule à prédire un automne difficile pour le NPD. « Pendant longtemps on a parlé de la fameuse vague orange qui avait déferlé sur le Québec. Je pense qu’avec l’élection des libéraux hier, c’est la fin de la vague orange, et qu’on peut parler d’un ressac de la vague orange », a lancé la ministre du Tourisme, Mélanie Joly.

D’autres libéraux se sont montrés plus prudents. Le ministre des Transports, Marc Garneau, a noté que le candidat vert dans Outremont, Daniel Green, est bien connu puisqu’il a été candidat lors d’autres scrutins. Le taux de participation n’était en outre que de 21 % lundi.

 

Les libéraux ont remporté l’élection partielle dans Outremont, mais ils ont perdu huit ou neuf points de pourcentage et se sont classés seconds dans les deux autres scrutins de York-Simcoe (derrière le conservateur Scot Davidson) et Burnaby-Sud (derrière le chef du NPD Jagmeet Singh).

Les troupes de Justin Trudeau ont refusé de voir dans les résultats de lundi un effet du scandale SNC-Lavalin et des allégations d’influence exercée par le bureau du premier ministre sur Jody Wilson-Raybould.

« J’ai fait du porte-à-porte à Outremont. Il n’y a pas une seule personne qui m’en a parlé », a affirmé le ministre du Patrimoine, Pablo Rodriguez, à l’instar de ses collègues.

Le sondage d’Angus Reid laisse entendre cependant que les conservateurs ont dépassé les libéraux dans les intentions de vote, à 38 % contre 31 % respectivement. La marge d’erreur est de 3 points de pourcentage, 19 fois sur 20.

Les bloquistes sont arrivés quatrièmes dans Outremont avec 11 % des votes, contre 8 % en 2015. « Je vois qu’on fait des gains et qu’on est en train de monter, donc je trouve ça enthousiasmant », a déclaré le député Gabriel Ste-Marie, en reconnaissant que le Bloc n’y avait pas eu de grandes ambitions.

Les conservateurs divisés ?

Les trois élections partielles de lundi étaient en outre le premier test électoral de Maxime Bernier et de son nouveau Parti populaire du Canada. La formation a récolté 2 % des votes dans Outremont (322 voix) et 1,9 % des votes (314 voix) dans York-Simcoe, en Ontario.

En revanche, à Burnaby-Sud, la candidate de M. Bernier, Laura-Lynn Thompson — l’animatrice d’une émission à caractère religieux s’étant fait connaître pour son opposition à l’enseignement de la théorie des genres —, a obtenu 11 %. Un score qui a ravi Maxime Bernier, qui l’explique par une bonne organisation de terrain.

 

Quant aux autres résultats, M. Bernier préfère les analyser en répartissant le pourcentage de votes récoltés dans les trois circonscriptions, ce qui lui donne une moyenne de 5,6 %. « À peu près 5-6 % après cinq mois d’existence, ça veut dire quoi ? 1 % par mois ? On peut se rendre à l’élection avec un très beau score, a-t-il dit. L’avenir est très prometteur pour nous. »

Son ancien collègue conservateur Gérard Deltell a au contraire minimisé les résultats au Québec et en Ontario. Quant au résultat de 11 % obtenu par M. Bernier sur la côte ouest, M. Deltell a argué qu’il ne connaissait pas la province pour éviter de l’analyser. « Cela dit, ne comptez pas sur moi pour mésestimer quelque adversaire que ce soit, a-t-il ajouté. Tous les adversaires, on les prend au sérieux, sans exception. »

8 commentaires
  • Gilbert Talbot - Abonné 27 février 2019 07 h 46

    Gouvernement minoritairecen vue pour les élections générales!

    Le résultat des partielles peut fournir de l'espoir aux Verts, mais de l'angoisse pour libéraux, NPD et Conservateurs. Il y en aura pour tous les goûts dans les prochains mois de campagne et le résultat pourrait aboutir à un gouvernement minoritaire bleu ou rouge, avec la balance du pouvoir entre les mains des verts comme en Colombie Britannique. D'ailleurs, il serait plus avantageux pour le NPD de s'associer aux Verts plutôt qu'aux libéraux, comme semble être la tendance de Jagmeet Singh.

    • François Beaulne - Abonné 27 février 2019 10 h 53

      Vous oubliez le Bloc dans votre analyse. Le Parti Vert est avant tout un parti anglo-canadien qui, outre les enjeux environnementaux d'intérêt général qui préoccupent autant les Québécois que les canadiens, les américains et les autres citoyens responsabes de la planète, n'a guère d'atomes crochus avec la spécificité québécoise. Parlez en à JiCi Lauzon qui a vite déchanté de sa relation avec eux lors de la dernière élection fédérale et qui en fait même un thème de sa dernière tournée artistique.
      Le Bloc, avec à sa tête Yves-François Blanchet, ancien Ministre de l'environnement du Québec, tout comme Thomas Mulcair, est mieux placé et plus crédible pour se faire le défenseur des enjeux environnementaux au Québec.

  • Denis Paquette - Abonné 27 février 2019 08 h 05

    peut être sommes nous faits pour passer d'un écart a l'autre

    peut être que c'était surtout une question de temps, qu'il y a des changements qui nécessitent plus de patience, peut êtreque la vie est faite ainsi, peut -être avons nous besoin de ces écarts pour changer

  • Alain Lavallée - Inscrit 27 février 2019 09 h 13

    Outremont n'a jamais été un comté baromètre au Québec... le Québec s'annonce une course à 3, avec le BLOC et sans les Verts

    La minceur du taux de participation (20 %) comme indiqué permet difficilement de tirer de grandes conclusions. Le sondage Angus Reid de mardi est un meilleur indicateur.

    De plus le comté d'Outremont n'a jamais été un comté baromètre pour le Québec, à Outremont les Verts sont légèrement plus représentés là que dans les autres comtés du Québec.

    D'Ailleurs c'est exactement ce que confirme le sondage d'Angus Reid, fait mardi. IL place les Verts à 10 % , ils ont obtenu 12 % (ce qui est congruent avec les résultats).

    Le sondage Angus Reid aussi est plus représentatif du Québec que le comté d'Outremont. Et que dit-il ? Il dit que c'est une course à 3 qui se jouera entre les libéraux (24 %) , les COnservateurs (24 %) et le Bloc Québécois (22 %)... Trois partis qui sont dans la marge d'erreur...

    Puis loin derrière, très loin: le NPD 14 %, les Verts 10 %.

    Outremont qui a toujours voté bien moins pour le BLOC que l'ensemble du Québec, a même vu remonter le Bloc de 8 à 11 %, ce qui est déjà un autre indice que le BLOC sera un joueur important au QUébec pour l'élection fédérale d'octobre.

    • Hermel Cyr - Inscrit 27 février 2019 11 h 24

      Vos observations sont plus justes que ce que l'article tente de nous laisser croire.
      Depuis cette élection partielle, on dirait que la mouvance journalistique cherche à promouvoir les Verts, un parti qui n'a jamais eu d'accointance avec le Québec.
      Le pourcentage obtenu par ce parti reflète la notoriété de son candidat. Daniel Green court toutes les élections depuis deux ou trois décennie au Québec et au Canada, alors, il était le plus connu des candidats en lice.

  • Hermel Cyr - Inscrit 27 février 2019 09 h 52

    L'art de gonfler les baudruches

    Depuis l’élection dans Outremont, les médias n’en déverdissent pas ! « le Parti vert a gonflé ses appuis » … On croirait presque voir la victoire d’Austerlitz! Et on projette ce résultat très peu représentatif des forces en présence comme annonciatrice d’une « vague verte » lors des élections d’octobre prochain.

    Évidemment … facile… « vague orange », pourquoi pas « vague verte »? Ça nourrit l’imaginaire ! Ça fait de bons papiers au parfum de prophétie ! Ah ce que le monde aime ça les prophètes … et les cartomanciens et les voyants de début d’année ! … un p‘tit frisson d’irréel projeté, c’est bien plus grisant que la plate réalité ! … « cette année, un gros tremblement de terre, dans les prochains mois, une grosse inondation, un volcan va faire éruption … un pape va mourir ! Ah quelle vision !… et si ça se produit pas, de toute façon, on recommencera l’an prochain … et ça va toujours se vendre !

    Qui n’a pas entendu ceci « on est passé à autre chose … à une autre ère, celle de l’alternance CAQ-Libéraux » ? Des mantras, des lieux communs, qui finissent par être tellement intégrés que les véritables débats ne peuvent plus se tenir. Un parti sans programme peut être élu et un sourire Pepsodent vaut un programme progressiste élaboré par 80 000 militants politisés.

    C’est bien l’air du temps ça… la politique fiction, l’art de faire frissonner … l’art de souffler les ballons!

  • Gilles Théberge - Abonné 27 février 2019 09 h 56

    Aprèes un « coït » interrompu avec le NDP, voilà que l'on propose aux Québécois un autre méthode de contaception avec le parti Vert !

    Un auteur que j'avais fréquenté alors que j'étais étudiant, William Glasser, prétendait que à force de presévérer. on finit par avoir raison. C'est ce qu'espère Élisabeth May. Et j'incline à penser, qu'elle réussira. Comme quoi, les Québécois sont de bonne poires.

    Et c'est pourquoi, complètement écoeurés je m'en vais des cette aile, vers la Tunisie!

    Hélas, je vais revenir...