Élections partielles: victoire douce-amère pour Jagmeet Singh

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, lundi soir
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Le chef du NPD, Jagmeet Singh, lundi soir

Le chef du NPD a réussi son pari lundi soir en se faisant enfin élire à la Chambre des communes, mais sa victoire aura été obscurcie par la perte de la circonscription symbolique d’Outremont, où les libéraux ont repris leurs droits. Jagmeet Singh ne renonce pas pour autant au Québec, promettant de présenter aux militants de la province un plan de séduction d’ici une semaine.

M. Singh a remporté la victoire dans Burnaby-Sud avec 39 % des voix. Il n’a jamais été sérieusement menacé par le candidat libéral, Richard Lee, qui est arrivé deuxième avec 26 %. M. Lee était pourtant connu dans cette circonscription de Colombie-Britannique, l’ayant représentée pendant 16 ans à titre de député libéral provincial.

« Nous faisons l’histoire ce soir », a lancé M. Singh aux militants qui s’étaient rassemblés à Burnaby-Sud pour écouter la soirée électorale. « Lorsque j’étais enfant, je ne me serais jamais imaginé qu’une personne comme moi pourrait aspirer à devenir premier ministre », a dit le politicien sikh.

 

M. Singh est devenu chef du NPD il y a 16 mois, mais son leadership était malmené parce qu’il ne réussissait pas à remettre le parti sur les rails après son résultat électoral de 2015 en deçà des attentes. Son absence à la Chambre des communes était considérée comme un élément aggravant la situation et nombreux stratèges et militants néodémocrates attendaient avec impatience son élection pour donner un coup de barre.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La candidate libérale Rachel Bendayan célèbre sa victoire dans Outremont, lundi soir.

Mais la soirée n’a pas été faite que de bonnes nouvelles car M. Singh a du même souffle concédé la victoire dans la circonscription montréalaise d’Outremont. La libérale Rachel Bendayan a facilement réussi à s’y faire élire en obtenant 41 % des voix. Elle a devancé son adversaire néodémocrate, Julia Sanchez, qui a obtenu 28 % du vote. En 2015, Thomas Mulcair, alors chef du NPD, avait conservé son fief d’Outremont avec 44 % des voix tandis que Mme Bendayan, qui en était alors à sa première tentative électorale, avait reçu 34 %.

La défaite est d’autant plus symbolique que c’est dans Outremont qu’avaient été jetées en 2007 les bases de la future vague orange avec l’élection de M. Mulcair. Ravir ce qui était jusqu’alors un château fort libéral — que des ministres comme Martin Cauchon et Jean Lapierre avaient représenté — avait autorisé les militants néodémocrates à rêver à une percée québécoise.

M. Singh a reconnu qu’il avait du travail à faire pour conserver les acquis néodémocrates dans la province. « En 2011, Jack Layton a réussi à réunir sous une même bannière des voix progressistes du Québec et du reste du Canada, a-t-il rappelé lundi soir. Ce rassemblement était essentiel pour bâtir une meilleure société. Comme chef, je tiens à vous dire ceci : je m’engage à redoubler d’efforts pour renouer avec les Québécois, pour réaliser le rêve de Jack Layton. Pour cela, je serai au Québec la semaine prochaine pour présenter un plan pour renouer avec les Québécois et pour leur offrir un plan rassembleur, un plan unique pour le Québec pour améliorer la condition de chacun. »
 

 

La ministre Mélanie Joly, qui se trouvait dans Outremont pour célébrer la victoire libérale, tenait un tout autre discours. « Je pense qu’on peut dire, sans l’ombre d’un doute, que la vague orange est derrière nous. C’est la fin de la vague orange au Québec. » Le NPD n’a plus que 15 députés au Québec, dont quatre ont annoncé qu’ils ne se porteraient pas candidats cet automne.

Mme Bendayan a analysé que sa victoire était la preuve « que la politique peut être positive ». « Si certains politiciens se concentrent sur les turbans et les voiles, je crois que le gouvernement n’a pas sa place dans le garde-robe des Canadiens. Alors que certains travaillent fort pour nous diviser, nous venons ensemble ! Alors que certains partagent les valeurs des suprémacistes blancs, nous venons ensemble ! Alors que certains exploitent les peurs et la colère des citoyens, nous venons ensemble ! Ensemble, faisons tomber les murs qui nous divisent. »

Le Parti vert triomphe

Est-ce un signe que la tempête est véritablement terminée au Bloc québécois ? Le parti d’Yves-François Blanchet a légèrement augmenté ses appuis dans Outremont en obtenant 10,5 % des voix, comparativement aux 8,4 % récoltés en 2015. Mais la surprise est plutôt venue du Parti vert, qui a fracassé des records : son candidat Daniel Green, bien connu des milieux écologistes, a récolté 13 % du vote alors que le parti d’Elizabeth May n’avait obtenu que 3,6 % à la dernière élection générale. M. Green, qui a longtemps milité à la Société pour vaincre la pollution, est le chef adjoint du Parti vert. Il avait déjà tenté de se faire élire dans une circonscription montréalaise en 2015, puis à une élection partielle en 2017, mais il n’avait jamais dépassé la marque des 8 % d’appuis. Le Parti vert est ainsi arrivé troisième dans Outremont, devant le Bloc, le Parti conservateur et le nouveau Parti populaire de Maxime Bernier.

Enfin, sans surprise, le Parti conservateur d’Andrew Scheer a conservé son bastion ontarien de York-Simcoe, la troisième et dernière circonscription où se déroulait lundi une élection partielle. Scot Davidson a remporté le siège avec 53 %, bien loin devant la libérale Shaun Tanaka (30 %) et la néodémocrate Jessa McLean (7 %).
 

 

La soirée aura été rassurante pour le Parti conservateur, qui a vu ses résultats à peu près se maintenir partout. Dans Outremont, Burnaby-Sud et York-Simcoe, la formation a obtenu respectivement 6 %, 23 % et 53 % lundi soir, alors qu’elle avait eu 9,5 %, 27 % et 50 % en 2015. Les conservateurs ne semblent pas avoir été trop affectés par les trois candidats du Parti populaire de M. Bernier (PPC). Le PPC a obtenu 1,6 % dans Outremont et à peine plus dans York-Simcoe (1,8 %). Seule Laura-Lynn Thompson, dans Burnaby-Sud, une animatrice d’une émission à caractère religieux s’étant fait connaître à cause de son opposition à l’enseignement de la théorie des genres, a obtenu 11 %.

Avec Florence Ferraris 

5 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 26 février 2019 08 h 18

    Pourquoi

    une victoire douce-amère? L'anomalie était qu' Outremont soit NPD tout comme de nombreuses circonscriptions québécoises hors Montréal le sont actuellement.

  • Gilbert Talbot - Abonné 26 février 2019 08 h 29

    Parti Vert.

    Dans Burnaby-Sud, Le Parti Vert n'a opposé aucun candidat à Jagmeet Singh, ce qui a pu l'aider à se faire élire. Félicitations à Daniel Green pour son score impressionnant dans Outremont. Le Parti Vert nous réserve bien d'autres surprises á l'automne. Il a le vent dans les voiles. La vague orange sera suivie par la vague verte au Québec.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 26 février 2019 11 h 00

      "...score (du Parti Vert) impressionnant dans Outremont... La vague orange sera suivie par la vague verte au Québec." - Gilbert Talbot

      Si cela s'avère, la couleur des vagues change au Québec mais le résultat est toujours le même: zéro pouvoirs, zéro influence, zéro rapport de forces. Les Québécois, de plus en plus connus pour cultiver l'art subtil de se tirer dans le pied, profitent des élections pour "souffler des ballounes", pour ensuite les dégonfler au scrutin suivant.

      D'autre part, dire d'un score de 13% qu'il est... impressionnant n'impressionne personne à part ceux qui en fument du bon. Dans les faits le Parti Vert n'a réussi qu'à diviser le vote de gauche, permettant à la candidate libérale de s'approprier la victoire. Tout un exploit: il y a effectivement de quoi être très impressionné!

  • Charles-Étienne Gill - Inscrit 26 février 2019 14 h 49

    Quelle loyauté ?

    Il y a quelque chose de profondémment troublant à être un état «post-national».

    Voyez la citation suivant et le cadre proposé par Le Devoir (signé par Buzzeti) : « " Nous faisons l’histoire ce soir ", a lancé M. Singh aux militants qui s’étaient rassemblés à Burnaby-Sud pour écouter la soirée électorale. " Lorsque j’étais enfant, je ne me serais jamais imaginé qu’une personne comme moi pourrait aspirer à devenir premier ministre ", a dit le politicien sikh.»

    Si le Canada est une nation « civique » dans laquelle coexitstent des communautés religieuses qui sont amalgamées à des communautés ethniques, sans possibilité de culture homogène, est-ce que la Canada n'est pas condamné à être une espèce de grosse succursale, un centre administratif qui offre des services? Et quel genre de centre et quelle définition de l'identité et de la culture si elles peuvent s'aditionner?

    Qu'un immigrant qui parle de pauvreté et d'ostracisme rappelle ses origines modestes pour montrer le chemin fait, c'est normal, mais ça devient franchement mélangeant quand l'identité ethnico-religieuse prime. On l'appelle le politicien sikh, mais ça n'est pas anodin. Ce n'est pas un écart non plus puisqu'il revendique cette identité. N'est pas sikh qui veut, c'est pas comme devenir témoins de Jéhova ou même bouddhiste ( à la portée de tout le monde)... Certaines religions commandent d'avoir des parents de cette « origine » , il y a donc une confusion évidente : comment choisir la politique étrangère en fonction de telles appartenances?

    Imaginons un aspirant PM être « sioniste » (donc « d'origine » juive israélienne), imaginons une citation qui se terminerait par « a déclaré le candidat israélien-sioniste » ou encore « juif orthodoxe », il me semble que c'est différent que « a déclaré le politicien torontois ou québécois»...

    Quelle place pour les identités nationales endogènes (québécoises, candienne-anglaise, canadienne-française et autochtones) ? Le melting pot était préférable...

    • Serge Lamarche - Abonné 27 février 2019 00 h 23

      Le thème est que les gens sont tous pareils, peu importe leurs origines, religions, langues. Pas certain que les sikh puissent être comparés aux zionistes, les zionistes étant franchement racistes anti-arabes. Les sikh ne cherchent pas à éliminer les indous en Inde. C'est plutôt le contraire.