Le greffier du Conseil privé au secours des libéraux

Michael Wernick, greffier du Conseil privé, a nié tout parti pris même s’il s’est employé durant son témoignage à défendre Justin Trudeau et son équipe.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Michael Wernick, greffier du Conseil privé, a nié tout parti pris même s’il s’est employé durant son témoignage à défendre Justin Trudeau et son équipe.

Il est le plus haut fonctionnaire de la hiérarchie fédérale, ne peut, à ce titre, afficher de préférence partisane et a d’ailleurs servi sous Stephen Harper. Or le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, se porte avec passion à la défense de Justin Trudeau en soutenant qu’absolument rien d’inapproprié n’a eu lieu relativement à l’affaire SNC-Lavalin. Il estime même que le reportage du Globe and Mail à l’origine de cette controverse s’apparente à de « la diffamation » et sape inutilement la confiance de la population envers ses institutions.

« Je suis ici pour vous dire que l’article du Globe and Mail contient des erreurs, des spéculations non fondées et que, dans certains cas, il frise la diffamation », a-t-il alors qu’il comparaissait en comité parlementaire, jeudi.

M. Wernick était appelé à indiquer si, comme le quotidien torontois l’a allégué il y a deux semaines, l’ancienne ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould a fait l’objet de pressions pour suspendre les accusations criminelles contre le géant québécois de l’ingénierie et plutôt négocier un accord de culpabilité. Sa réponse est catégorique : non.

« Il n’y a eu aucune pression inappropriée exercée sur la ministre à aucun moment », a-t-il lancé aux députés. Il ne nie pas pour autant qu’une pression ait été exercée sur l’ancienne ministre, mais celle-ci ne débordait pas du cadre de ce qui est admissible. « Il y a une pression sur les décideurs pour prendre la bonne décision. »

Dans une déclaration envoyée au Devoir, le rédacteur en chef du Globe and Mail, David Walmsley, écrit que le témoignage « confirme notre reportage [selon lequel] une série de rencontres avec la procureure générale ont eu lieu après que la directrice des poursuites pénales a remis ce qui a été présenté comme une décision finale ».

M. Wernick a offert pour la première fois la chronologie entière des événements. Le 4 septembre, la directrice des poursuites pénales (DPP) décide de ne pas négocier avec SNC-Lavalin. Le 17 septembre, M. Trudeau s’entretient avec Mme Wilson-Raybould. Selon le greffier, qui a assisté à cette rencontre, celle-ci portait sur les questions autochtones. La ministre en a profité pour demander si son patron voulait qu’elle donne une directive à la DPP. M. Trudeau a répondu que la décision lui revenait.

M. Wernick a révélé avoir appelé la ministre le 19 décembre pour discuter notamment de SNC-Lavalin. « Je lui ai communiqué que plusieurs de ses collègues et le premier ministre étaient plutôt inquiets de ce qu’ils entendaient et lisaient dans la presse économique à propos du futur de la compagnie. […] Je suis absolument convaincu que ces conversations ne débordaient pas du cadre de ce qui est légal et approprié. J’informais la ministre du contexte. Elle a peut-être une autre interprétation de cette conversation, mais c’est au commissaire à l’éthique de trancher [sur la question de savoir quelle interprétation est la bonne]. »

Les députés de l’opposition ont fait valoir que, dans la mesure où le DPP avait décidé le 4 septembre de déposer des accusations contre SNC-Lavalin, toute représentation subséquente auprès de la ministre devenait de la pression indue, car visant à la faire changer d’avis.

M. Wernick estime qu’il n’en est rien. Comme la ministre avait le pouvoir de publier une directive dans la Gazette du Canada pour faire changer de cap la DPP, il était tout à fait approprié que les conversations se poursuivent. « La décision n’avait pas été prise, a-t-il soutenu. Elle avait encore le pouvoir selon la loi. »

Assassinat à l’horizon

Le greffier du Conseil privé a nié faire preuve de partisanerie en défendant bec et ongles ce que l’équipe de M. Trudeau a fait dans ce dossier. « Je suis un fonctionnaire de carrière qui a servi sept premiers ministres [provenant] des deux partis. J’ai été nommé à des postes de sous-ministre par le premier ministre [Jean] Chrétien, le premier ministre [Paul] Martin, le premier ministre [Stephen] Harper et le premier ministre Trudeau. Je suis neutre. »

En tant que grand patron de la fonction publique canadienne, M. Wernick dit être mû par la crainte que cette controverse ébranle la confiance des citoyens envers leurs institutions démocratiques. « Je m’inquiète qu’on se retrouve sur le genre de pente glissante [sur laquelle sont engagés nos voisins] au sud de la frontière. » Le greffier prédit même que, si le discours public demeure aussi vitriolique, cela « pourrait mener à l’assassinat. Je crains que quelqu’un se fasse tirer [dessus] cette année pendant la campagne électorale ».

Les partis d’opposition n’ont pas été rassurés par les propos du greffier, au contraire. « L’histoire ici, c’est que notre ancienne procureure générale a ressenti la pression de prendre une certaine position, analyse le député néodémocrate Murray Rankin. Il dit qu’elle ne peut pas se sentir comme ça. Comme s’il pouvait savoir comment elle se sentait ! » Le conservateur Pierre Paul-Hus estime pour sa part que la conversation de M. Wernick avec la ministre le 19 décembre était inappropriée. « Quand on vous dit : “Je vais tenter de te faire comprendre”, je pense que c’est une forme d’intimidation. »

Selon M. Rankin, il est évident que Mme Wilson-Raybould a perdu son prestigieux poste de ministre de la Justice en janvier parce qu’elle a refusé d’adopter une directive en faveur de SNC-Lavalin. « Elle a été congédiée. » Ce que réfute le greffier. « Le fait est qu’elle s’est fait offrir un autre poste à la table du cabinet, ce qui constitue un privilège que seulement 1 % de 1 % de 1 % des Canadiens ont. »

Mme Wilson-Raybould a finalement démissionné en tant que ministre des Anciens combattants la semaine dernière, après que M. Trudeau a laissé entendre que sa présence au cabinet était la preuve qu’elle ne pensait pas avoir subi de pressions inappropriées. Elle doit comparaître en comité mardi.

4 commentaires
  • Loraine King - Abonnée 22 février 2019 07 h 12

    Loyal

    Il m’a fallu lire plusieurs sources avant de comprendre la déclaration du greffier.

    “I think it’s totally unacceptable that a member of the Parliament of Canada would incite people to drive trucks over people after what happened in Toronto,” Wernick said in his opening remarks, referring to the van attack that killed 10 people on April 23 .” Totally unacceptable and I hope that you as parliamentarians are going to condemn that.”

    https://www.ctvnews.ca/politics/conservative-senator-won-t-apologize-for-telling-protesters-to-roll-over-every-liberal-1.4307250

    Il parlait donc du cas précis d’un sénateur qui venait d’encourager des manifestants devant le parlement descendus de l’ouest en camion à rouler sur chaque libéral au passage.

    Le greffier n’est pas partisan mais il est loyal.

  • Jean Lacoursière - Abonné 22 février 2019 08 h 15

    Neutre ?


    Monsieur Wernick a dit : « Je m’inquiète qu’on se retrouve sur le genre de pente glissante [sur laquelle sont engagés nos voisins] au sud de la frontière. » Il ajoute que si le discours public demeure aussi vitriolique, cela « pourrait mener à l’assassinat. Je crains que quelqu’un se fasse tirer [dessus] cette année pendant la campagne électorale ».

    Il est peut-être politiquement neutre, monsieur Wernick, mais ces phrases semblent tout droit sorties du bon vieux livre de jeux libéral : essayer de faire peur au monde.

  • Serge Grenier - Abonné 22 février 2019 08 h 18

    Tout cela ne tient pas la route

    Il n'y a rien là-dedans qui donne la moindre justification à la démission de Gerald Butts. Mais la démission a bel et bien eu lieu. Alors la question importante n'est pas ce que la Ministre a pu penser mais pourquoi Monsieur Butts a-t-il démissionné? Je pense que de savoir ce que qu'a pensé Monsieur Butts serait au moins aussi intéressant que de savoir ce que Madame Wilson-Raybould.

  • Denis Paquette - Abonné 22 février 2019 08 h 34

    le monde est aussi composé de gens sans nuances

    peut -être y a-t-il des gens qui ne savent que dire oui et d'autres de dire nom , l'humanité n'est elle pas faite ainsi, la difficult.é est quand ils occupent des rôles importants, comment faire alors qu'elle ait les nuances nécesssaires