SNC-Lavalin: Jody Wilson-Raybould est invitée à témoigner en comité

<p>Jody Wilson-Raybould a claqué la porte du conseil des ministres la semaine dernière dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin.</p>
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne

Jody Wilson-Raybould a claqué la porte du conseil des ministres la semaine dernière dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin.

L’ex-ministre Jody Wilson-Raybould a été conviée à témoigner au comité qui se penche sur les allégations d’ingérence politique du bureau du premier ministre. Le carton d’invitation vient des mêmes libéraux du comité qui avaient balayé l’idée du revers de la main la semaine dernière.

« Nous sommes convaincus que leurs points de vue nous aideront, nous et les Canadiens, à mieux comprendre la situation », ont déclaré les libéraux membres du comité permanent de la justice et des droits de la personne à l’issue d’une réunion à huis clos, mardi.

Une motion de l’opposition exigeant que le premier ministre lève le secret avocat-client qui limite Mme Wilson-Raybould dans les propos qu’elle peut exprimer publiquement — à titre de procureure générale, elle était l’avocate du gouvernement — n’a cependant pas été retenue.

À la sortie de la rencontre du comité, le député conservateur Pierre Paul-Hus s’est inquiété du fait que la ministre démissionnaire puisse se retrouver à livrer un témoignage tandis qu’elle est toujours tenue au secret professionnel.

Le premier ministre Justin Trudeau a spécifié mardi pendant la période des questions en Chambre qu’il avait demandé à son nouveau ministre de la Justice et procureur général, David Lametti, de lui fournir un avis juridique à ce sujet.

L’avis sera remis « en temps opportun », s’est contenté d’offrir M. Lametti.

Apparition surprise

Ce nouveau rebondissement dans l’affaire SNC-Lavalin est survenu quelques heures après que Mme Wilson-Raybould eut causé la surprise, mardi après-midi, en émergeant de la section de l’édifice de l’Ouest où Justin Trudeau et ses ministres se réunissent hebdomadairement.

À sa sortie, elle s’est brièvement adressée aux médias — chose qu’elle ne faisait que très rarement à l’époque où elle était ministre. « Je consulte toujours mon conseiller juridique, ce que je pense que les gens comprennent, ou devraient comprendre, sur les règles et les lois sur le privilège, sur la confidentialité, sur ma responsabilité en tant que membre du Parlement », a-t-elle déclaré.

« Mes responsabilités éthiques et professionnelles en tant qu’avocate sont multiples et incroyablement compliquées, alors je travaille toujours avec mon avocat », a ajouté l’ex-ministre de la Justice et procureure générale avant de s’engouffrer dans un ascenseur — là, elle a pris la peine de mentionner qu’elle était encore membre du caucus libéral quand la question lui a été posée.

Le premier ministre Justin Trudeau a par la suite expliqué l’étonnante présence de Jody Wilson-Raybould — qui a claqué la porte du conseil des ministres la semaine dernière dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin — à cette réunion qui s’est étirée sur environ quatre heures.

« Mme Wilson-Raybould a demandé de venir parler au cabinet, et on l’a invitée [à] venir. Mais évidemment, ce qui est discuté au cabinet demeure une confidence du cabinet », a-t-il spécifié avant de s’engouffrer dans la Chambre des communes pour la période des questions.

Dans les banquettes conservatrices, on a consacré une bonne partie de la période des questions à accuser les libéraux de museler l’élue de la Colombie-Britannique, en la dépeignant comme une victime dans toute cette histoire.

Selon son ami et collègue député britanno-colombien, Jonathan Wilkinson, rien n’est plus éloigné de la réalité. « Je pense que Jody ne se poserait jamais en victime. C’est quelqu’un qui dit ce qu’elle pense, et qui est très à l’aise de le faire — et c’est l’une des choses que nous aimons tous chez elle », a assuré le ministre des Pêches en mêlée de presse.

Butts éclipsé

L’étonnante apparition de l’ex-ministre a relégué au second plan l’autre grosse histoire avec laquelle le bureau du premier ministre doit composer : la démission du secrétaire principal de Justin Trudeau, l’influent Gerald Butts.

En matinée, c’était pourtant ce départ qui alimentait les discussions de couloir. Et les ministres prêts à se livrer n’avaient que de bons mots pour Gerald Butts.

Plusieurs membres du cabinet ont cependant préféré passer tout droit devant le barrage de journalistes à la porte de la réunion du conseil des ministres.

Justin Trudeau faisait partie du groupe qui a gardé le silence.

« Gerry est un ami. Il a fait beaucoup, beaucoup, pour le Canada, pour notre gouvernement », a insisté la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

« On est […] surtout reconnaissant du travail qu’il a fait », a renchéri Jean-Yves Duclos, ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social.

Et comme la question revenait souvent — pourquoi a-t-il démissionné s’il n’a rien fait ? — le ministre des Finances a tenté une réponse. « Il a décidé que c’est important de protéger sa réputation et à mon avis, c’est une bonne décision », a dit Bill Morneau.

Le proche conseiller de Justin Trudeau a annoncé lundi qu’il quittait ses fonctions en niant « catégoriquement » avoir exercé des pressions sur l’ex-ministre de la Justice pour qu’elle évite un procès pour fraude et corruption à SNC-Lavalin.

Quelques jours auparavant, Jody Wilson-Raybould avait claqué la porte du cabinet. Elle avait été rétrogradée à la mi-janvier lors d’un remaniement, étant mutée au poste de ministre des Anciens Combattants.

Enquête publique demandée

Pendant ce temps, à la Chambre des communes, l’opposition affûtait ses couteaux.

Le Parti conservateur, le Nouveau Parti démocratique et le Bloc québécois ont fait front commun pour réclamer une enquête publique sur l’affaire SNC-Lavalin, à l’origine de la démission du bras droit du premier ministre.

Comme les néodémocrates avaient le contrôle du sujet du débat, mardi, ils ont déposé une motion demandant à Justin Trudeau de renoncer au secret professionnel et exhortant le gouvernement à lancer une enquête publique sur l’affaire SNC-Lavalin.

« Les Canadiens méritent des réponses crédibles », a lancé le député Charlie Angus dès l’ouverture du débat.

Leur démarche sera appuyée par les conservateurs, a confirmé le chef Andrew Scheer. Les bloquistes aussi voteront en faveur de la motion qui devrait être mise aux voix mercredi après-midi.

Il reste à voir ce que feront les députés du Parti libéral, qui disposent d’une majorité aux Communes et peuvent donc aisément bloquer l’adoption de la motion.

D’ailleurs, dans les rangs libéraux, on a abondamment signalé que le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mario Dion, avait déjà accepté de déclencher une investigation.

Le ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, a été de ceux-là, assurant que tous voulaient « faire la lumière sur les derniers événements », mais en faisant référence à cet examen par le commissaire à l’éthique.

Sénat : les conservateurs s’activent

Au Sénat, où les travaux reprenaient mardi, les sénateurs conservateurs ont signalé qu’ils voulaient aussi s’en mêler.

Le leader de l’opposition officielle, le sénateur Larry Smith, a déposé mardi un préavis de motion visant à permettre à un comité sénatorial de faire enquête sur l’affaire SNC-Lavalin.

La motion devrait être débattue mercredi ou jeudi.