Elizabeth May croit le temps venu pour les verts

«Avec la crise des changements climatiques, il y a un besoin d’une voix claire qui comprend la menace et offre en même temps de l’espoir», a expliqué May en entrevue.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «Avec la crise des changements climatiques, il y a un besoin d’une voix claire qui comprend la menace et offre en même temps de l’espoir», a expliqué May en entrevue.

Les malheurs de Jagmeet Singh font le bonheur d’Elizabeth May. La chef du Parti vert estime qu’elle tirera profit de la déconfiture du Nouveau Parti démocratique en offrant une solution aux électeurs angoissés par la crise climatique. Et c’est pour promouvoir un Parti vert de plus en plus populaire dans les sondages que Mme May entame aujourd’hui à Montréal une tournée canadienne qui la mènera dans neuf provinces… et aux côtés de Bonhomme Carnaval à Québec.

« Avec la crise des changements climatiques, il y a un besoin d’une voix claire qui comprend la menace et offre en même temps de l’espoir. […] C’est clair que la population du Québec — et peut-être celle de la Colombie-Britannique — comprend bien que nous faisons face à une menace plus dangereuse que toutes les autres, presque comme une guerre nucléaire », explique Mme May en entrevue. « C’est le moment des verts, ce n’est pas le moment orange », dit-elle en français.

Les résultats de financement donnent raison à Mme May. Le Parti vert a récolté 3,1 millions de dollars en 2018, dont la moitié dans les trois derniers mois de l’année, ce qui en fait sa meilleure année hors période électorale (le parti avait récolté 4,5 millions en 2015). À titre de comparaison, le NPD a récolté 5,1 millions en 2018.

Les sondages expliquent aussi en partie l’optimisme de Mme May. Si le Parti vert demeure bon quatrième dans les intentions de vote pancanadiennes, il récolte désormais systématiquement 7 % ou 8 %, alors que le NPD stagne dans la fourchette des 11-16 %. Au Québec, le dernier coup de sonde de Léger place la formation de Mme May à 5 %, juste derrière le NPD, à 8 %.

La tendance s’observe aussi à l’échelle des provinces. À l’Île-du-Prince-Édouard, le Parti vert caracole depuis le mois d’août en tête des intentions de vote. La province, qui compte déjà deux élus verts, pourrait élire cet automne le premier gouvernement vert du pays. En Colombie-Britannique, trois verts font partie de la coalition gouvernementale. Le Nouveau-Brunswick a élu ses trois premiers verts en septembre dernier et l’Ontario, son premier en juin. Au total, en incluant Mme May, le Canada compte maintenant 10 élus verts.

Mme May pense que beaucoup d’électeurs néodémocrates déçus viennent vers elle. Et elle cite en guise de preuve… Thomas Mulcair ! L’ancien chef du NPD recyclé en analyste politique à CTV a déclaré dimanche que puisque M. Singh a donné son appui à un pipeline de gaz liquéfié en Colombie-Britannique, « les gens qui pensent que les questions environnementales devraient arriver en tête de priorités vont commencer à s’intéresser au Parti vert d’Elizabeth May ». Déjà, en novembre, des militants et d’anciens députés néodémocrates du Québec avaient confié au Devoir se demander si le temps n’était pas venu de passer au Parti vert ou de fusionner avec lui.

« En 2015, il y avait deux forces qui travaillaient contre le Parti vert, analyse Mme May. Les gens se disaient qu’en votant vert, ils permettaient à Stephen Harper d’être réélu. Et ils se disaient qu’il y avait peut-être une possibilité que ce soit le moment de Thomas Mulcair. Ce moment est vraiment passé. C’est nous qui avons le momentum. »

Mme May note que des gros noms du parti, comme Hélène Laverdière et Romeo Saganash, ont annoncé qu’ils ne se représenteront pas à l’élection et que d’autres, comme l’ancien candidat à la chefferie Nathan Cullen, n’ont pas encore décidé. « C’est un moment de crise pour le NPD. C’est malheureux pour eux, mais c’est clair que c’est bon pour nous ! »