Ottawa a reçu des autorités américaines la demande d’extradition de Meng Wanzhou

La directrice financière de Huawei, qui est aussi la fille du fondateur de l’entreprise, est accusée aux États-Unis de fraude bancaire et de virement électronique frauduleux, ainsi que de deux chefs de complot en vue de commettre ces crimes.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne La directrice financière de Huawei, qui est aussi la fille du fondateur de l’entreprise, est accusée aux États-Unis de fraude bancaire et de virement électronique frauduleux, ainsi que de deux chefs de complot en vue de commettre ces crimes.

Le gouvernement canadien a reçu des autorités américaines la demande officielle d’extradition de la dirigeante de Huawei, alors qu’un juge de Vancouver a accepté de modifier légèrement les conditions de libération sous caution de Meng Wanzhou.

Si un juge devait condamner Mme Meng à l’extradition, le ministre de la Justice, David Lametti, devait décider ultimement si elle devrait être remise aux autorités américaines pour faire face à des accusations de complot, de fraude et d’obstruction. Le ministre Lametti a confirmé mardi aux journalistes à Ottawa que les États-Unis avaient demandé officiellement l’extradition de Mme Meng.

Un juge de la Cour suprême de la Colombie-Britannique avait plus tôt accepté mardi de modifier légèrement les conditions de libération sous caution de la dirigeante du géant chinois de la technologie. Mme Meng a demandé au tribunal de remplacer une personne qui avait fourni une caution pour sa libération par un couple qui a accepté de mettre sa maison en cautionnement, dans le cadre d’une caution totale de 10 millions $. Le procureur John Gibb-Carsley a accepté la proposition de l’avocat de la défense, David Martin.

La cause a été reportée au 6 mars, alors que l’on discutera de la compétence du Canada à donner suite à cette demande américaine d’extradition. Mme Meng a quitté le tribunal sans faire de commentaires.

La directrice financière de Huawei, qui est aussi la fille du fondateur de l’entreprise, est accusée aux États-Unis de fraude bancaire et de virement électronique frauduleux, ainsi que de deux chefs de complot en vue de commettre ces crimes. Elle avait obtenu sa libération sous caution à la suite de son arrestation, à la demande des autorités américaines, à l’aéroport de Vancouver le 1er décembre.

Le juge William Ehrcke a déclaré mardi qu’il ne savait pas s’il serait en mesure de continuer à entendre cette affaire qui pourrait bien, selon lui, durer des mois ou des années.

Le ministre Lametti a reconnu qu’il faut parfois beaucoup de temps avant qu’une personne épuise tous ses recours.

Sanctions américaines contre Téhéran

Le département américain de la Justice avait exposé lundi son dossier contre la directrice financière de Huawei. Selon les actes d’accusation retenus à Seattle et à New York, Mme Meng et son entreprise auraient menti sur la propriété réelle d’une filiale de Huawei à Hong Kong afin de contourner, entre 2007 et 2017, les sanctions commerciales américaines imposées par Washington à l’Iran. La filiale américaine de l’entreprise est aussi accusée d’avoir volé des secrets industriels et de l’équipement au fournisseur américain de téléphonie cellulaire T-Mobile.

Mme Meng et la compagnie ont nié tout acte répréhensible.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a réagi mardi aux actes d’accusation retenus contre Mme Meng en réclamant des États-Unis qu’ils retirent immédiatement leur demande d’extradition au Canada. Un communiqué du ministère ajoute que Washington fait usage de pouvoirs politiques pour empêcher des entreprises chinoises de mener leurs activités de façon juste et équitable.

La Chine demande également aux États-Unis de mettre fin à leur « répression déraisonnable » de Huawei et promet de « défendre fermement » ses compagnies.

L’arrestation au Canada de Mme Meng a déclenché les foudres de Pékin et causé une querelle diplomatique entre la Chine et le Canada, qui a culminé dimanche par le limogeage de l’ambassadeur John McCallum. L’ancien député et ministre libéral avait publiquement soutenu que Mme Meng avait bien des chances de contester avec succès son extradition aux États-Unis.