Blanchet met en garde contre les opérations de séduction de ses adversaires

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, entouré des députés de son parti, lors d'une conférence de presse
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, entouré des députés de son parti, lors d'une conférence de presse

L’unité canadienne est maintenue avec « des mirages et des chèques », selon le nouveau chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui met les Québécois en garde contre les exercices de séduction des autres partis fédéraux à neuf mois de la prochaine élection fédérale.

« Le flirt avec le NPD n’a rien donné au Québec, a-t-il dit. Les « mamours » avec le Parti libéral n’ont rien donné au Québec. On a envoyé des gens à Ottawa qui prennent leurs ordres du premier ministre qui lui a tendance à avoir une oreille bien tendue pour les lobbys de Toronto.

« Peut-être que c’est le temps que le Québec se redonne de nouveau une députation qui parle juste pour le Québec », a-t-il ajouté en marge du caucus présessionnel de son parti, mardi.

M. Blanchet a réagi aux propos du premier ministre manitobain Brian Pallister qui, la veille, avait accusé le Québec de prendre des positions contraires aux intérêts du reste du Canada. M. Pallister avait cité en exemple l’opposition du gouvernement Legault au défunt projet d’oléoduc Énergie Est et sa politique pour réduire les seuils d’immigration.

« J’ai l’impression que les intérêts des différents morceaux du Canada sont très souvent divergents et que c’est avec des mirages et des chèques qu’on réussit à garder ensemble des gens dont les intérêts pourraient très bien ne pas être les mêmes », a affirmé le nouveau chef bloquiste.

Yves-François Blanchet estime que le premier ministre du Manitoba fait la démonstration que « la vision de l’Ouest canadien et la vision du Québec » « sont incompatibles » sur plusieurs points.

Il a critiqué les « partis canadiens » « irresponsables » qui sont « favorables à l’exploitation commerciale » et à l’« augmentation de la consommation du pétrole extrait des sables bitumineux », alors que la fonte des glaciers s’accélère.

Le premier ministre manitobain avait affirmé que Justin Trudeau ferait preuve d’un « manque de respect total » s’il acceptait de considérer les demandes électorales soumises par François Legault lors de leur rencontre à Sherbrooke jeudi dernier.

Toute tentative d’apaisement du Québec de la part de quelque parti fédéral que ce soit est « fondamentalement inacceptable », selon M. Pallister.

M. Legault a fait monter les enchères lors de son entretien avec le premier ministre Justin Trudeau.

Ses demandes sont multiples : 300 millions $ pour l’accueil des demandeurs d’asile, la baisse temporaire des seuils d’immigration de 20 pour cent dans les catégories des réfugiés et de la réunification familiale gérées par Ottawa, l’ajout d’un test des valeurs et d’un test de français pour les immigrants qui s’installent au Québec, une déclaration de revenus unique administrée par le Québec, de l’argent pour le projet de tramway à Québec et le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal ainsi que le versement de la compensation promise par Ottawa aux producteurs laitiers depuis la signature du nouvel ALENA.

Le chef conservateur Andrew Scheer a déjà répondu favorablement à certaines demandes du Québec. Il a promis lundi de donner davantage d’autonomie au gouvernement québécois en matière d’immigration tout en demeurant vague sur les pouvoirs qu’il serait prêt à accorder.

« Lorsque M. Legault se fait faire des reproches par le Manitoba, il va devoir regarder lui aussi où est-ce que M. Scheer va s’en aller le lendemain matin, a affirmé Yves-François Blanchet. Est-ce qu’il va retourner séduire M. (Doug) Ford ou séduire l’Ouest canadien ? Ce sont des visions du Canada qui ne sont pas compatibles. »

Le Bloc québécois axera ses interventions lors de la reprise des travaux parlementaires la semaine prochaine autour de trois priorités : l’environnement, l’économie et l’identité.

Le député Mario Beaulieu compte d’ailleurs déposer un projet de loi afin d’ajouter un critère de « connaissance suffisante de la langue française » pour les immigrants installés au Québec qui désirent obtenir la citoyenneté canadienne, mais des députés libéraux du comité de procédure tentent de l’en empêcher, jugeant l’initiative inconstitutionnelle.

Les prochains mois seront chargés pour le nouveau chef du Bloc québécois qui fera la tournée des régions du Québec pour renflouer les coffres de son parti. Yves-François Blanchet prétend que 300 000 $ se sont ajoutés à la caisse bloquiste depuis l’annonce en décembre de son entrée en politique fédérale.

Il compte se présenter dans une circonscription de la Montérégie pour l’élection fédérale de 2019 et espère doubler le nombre de sièges du Bloc québécois à la Chambre des communes. Le parti compte actuellement dix députés.