Rahaf Mohammed al-Qunun a eu «l’impression de revivre»

Rahaf Mohammed al-Qunun a répété avoir été harcelée physiquement et psychologiquement pendant des années.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Rahaf Mohammed al-Qunun a répété avoir été harcelée physiquement et psychologiquement pendant des années.

La Saoudienne Rahaf Mohammed al-Qunun, qui a fui sa famille et son pays il y a quelques jours pour trouver refuge au Canada, a donné une longue entrevue à CBC, lundi. « J’ai eu l’impression de revivre, surtout quand j’ai senti l’amour et l’accueil », a-t-elle déclaré à la journaliste Susan Ormiston.

« Nous, les femmes saoudiennes, nous sommes traitées comme des esclaves. Nous ne pouvons pas prendre de décisions sur notre propre mariage, nos études ou notre métier », a-t-elle affirmé.

La jeune femme a répété avoir été harcelée physiquement et psychologiquement pendant des années. Plus récemment, elle dit avoir été battue par sa mère et son frère parce qu’elle s’était coupé les cheveux. « Ils m’ont enfermée pour six mois. […] [Ma nouvelle coupe] me faisait paraître un peu plus comme un homme, et, dans le cadre de l’islam, c’est proscrit pour une femme de ressembler à un homme. »

Elle a attendu le dernier jour d’un voyage familial au Koweït, où la loi lui permet de voyager seule, pour s’enfuir. À CBC, elle a raconté avoir attendu que les autres membres de sa famille se couchent pour acheter un billet d’avion pour la Thaïlande. Elle a quitté l’hôtel tôt le lendemain matin.

À Bangkok, elle a été arrêtée par les autorités thaïlandaises, qui ne lui ont pas permis d’entrer dans le pays, ont saisi son passeport et l’ont enfermée dans une chambre d’hôtel. Rahaf Mohammed al-Qunun s’y est alors barricadée, attirant l’attention du monde grâce à des messages sur Twitter.

Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés lui a alors offert son soutien et l’a aidée à préparer une demande d’asile. Quand les agents onusiens ont frappé à sa porte, elle avait peine à en croire ses oreilles, a-t-elle déclaré au réseau anglais de la télévision publique canadienne. Elle leur a demandé de prouver leur identité, craignant que sa famille ait retrouvé sa trace. Quand les doutes se sont dissipés, elle a fondu en larmes.

Mme Mohammed al-Qunun a reçu un message de sa famille dans les derniers jours, daté de samedi, indiquant qu’elle était répudiée en raison de sa désobéissance. Elle laisse derrière elle ses cinq sœurs, qu’elle ne pourra peut-être jamais revoir.

Encore des menaces

Après avoir initialement envisagé d’envoyer une demande à l’Australie, Rahaf Mohammed al-Qunun a finalement obtenu l’asile au Canada. Elle est arrivée à l’aéroport de Toronto samedi, accueillie par la ministre des Affaires étrangères elle-même, Chrystia Freeland.

Dans l’entrevue accordée à CBC lundi, où elle s’est exprimée en arabe, Mme Mohammed al-Qunun conseille aux Saoudiennes de se battre pour leurs droits. Elle ne leur recommande toutefois pas de fuir le pays comme elle, puisque cela comporte de très grands risques. Cette option ne doit être utilisée qu’en dernier ressort, a-t-elle dit.

Une nouvelle vie s’annonce pour la jeune femme. Elle compte d’abord apprendre l’anglais, puis aimerait étudier afin de devenir ingénieure. Pour l’instant, elle vit dans une demeure surveillée par des gardiens en tout temps, car, en ligne, elle reçoit une centaine de menaces par jour. « Évidemment, je me sens en sécurité puisque je suis au Canada. Mais je ne pourrais pas dire que ma situation est entièrement sans danger. Tout le monde me connaît, maintenant, et beaucoup de gens me haïssent, que ce soit des membres de ma famille ou d’autres Saoudiens. »