Statistique Canada esquisse un portrait de la consommation de cannabis

Statistique Canada rapporte que 47,7% des répondants volontaires à son sondage ont fait leurs achats auprès du marché légal de cannabis.
Photo: Alice Chiche Agence France-Presse Statistique Canada rapporte que 47,7% des répondants volontaires à son sondage ont fait leurs achats auprès du marché légal de cannabis.

Trois mois après la légalisation du cannabis, Statistique Canada dresse un premier portrait du nouveau marché récréatif. Selon ce bilan, près de la moitié des consommateurs avouent avoir eu recours au marché légal de marijuana, malgré le fait que le prix du cannabis légal y est en moyenne 30 % plus élevé que sur le marché noir.

Depuis un an, l’agence de la statistique invite les Canadiens à lui révéler leurs habitudes de consommation de cannabis. Les données du dernier trimestre de 2018, publiées mercredi, avaient ceci de particulier qu’elles englobaient les premiers résultats depuis que le gouvernement de Justin Trudeau a légalisé la drogue le 17 octobre.

L’enquête participative révèle que le prix moyen d’un gramme de cannabis séché a augmenté de 17 % au pays. Et ce, parce que le prix du marché légal est plus élevé que celui du marché illégal — 9,70 $ le gramme contre 6,50 $ le gramme respectivement. La moyenne du prix s’établit ainsi à 8,03 $ aujourd’hui. Elle oscillait autour de 6,83 $ lors des neuf premiers mois de 2018, lorsque le cannabis était entièrement illégal (un chiffre qui n’est pas loin du prix actuel sur le marché noir).

Statistique Canada rapporte en outre que 47,7 % des répondants volontaires à son sondage ont fait leurs achats auprès du marché légal de cannabis.

L’échantillon de l’enquête est cependant très petit : 385 répondants, qui ont volontairement choisi de partager leurs habitudes de consommation de cannabis. « Bien que ces observations aient fait l’objet de tests statistiques, les estimations présentent un biais statistique potentiel puisque l’échantillon est autosélectionné et que le nombre de réponses est limité, note Statistique Canada. Il convient donc de faire preuve de prudence lors de l’interprétation des données. »

Pas étonnant

Les experts en la matière ne sont pas surpris de ces premiers constats. Mais ils préviennent du même souffle que la différence de prix ne pourra pas trop durer si le gouvernement souhaite que le marché légal puisse réellement rivaliser avec le marché noir.

L’ancienne ministre libérale Anne McLellan explique ces statistiques par la pénurie de cannabis légal au Canada. Lorsque la situation se sera résorbée et que les tablettes des détaillants seront à nouveau remplies, les prix baisseront inévitablement, à son avis. Et les consommateurs se tourneront vers le marché légal, car ils pourront désormais y trouver les produits et les souches de cannabis qu’ils recherchent, estime celle qui avait présidé le comité consultatif chargé de conseiller le gouvernement Trudeau en vue de la légalisation.

« Nous nous attendions à cette situation. On savait qu’il faudrait un peu de temps pour que ce nouveau marché légal se normalise », explique Mme McLellan au Devoir. « Ma seule préoccupation, c’est de savoir à quelle vitesse le niveau de l’offre rejoindra celui de la demande. Si vous voulez que les prix soient raisonnables, si vous voulez que les consommateurs passent du marché illégal au marché légal, il faut que l’offre et la demande se rejoignent aussi rapidement que possible », fait valoir l’ancienne ministre, qui espère des améliorations en ce sens d’ici six mois.

Ce délai n’a toutefois rien d’étonnant, insiste-t-elle. Anne McLellan reproche cependant au passage au Québec et à l’Ontario d’avoir mal géré le dossier. En Ontario, Doug Ford a changé le modèle de vente après son élection pour le confier au privé, à deux mois de l’entrée en vigueur de la légalisation. « Au Québec, je crois que c’est une très mauvaise politique publique que de hausser l’âge légal de 18 à 21 ans », a-t-elle en outre dénoncé.

Au final, Anne McLellan estime que le prix du cannabis légal ne devrait pas surpasser celui du marché noir par plus de 1,50 $ le gramme s’il veut être compétitif. « Le prix ne sera jamais le même, convient-elle. Nous avons toujours su qu’il y aurait une prime à payer pour obtenir un produit dont la qualité a été testée. Mais ce doit être un écart raisonnable. »

L’expert en toxicomanie Jean-Sébastien Fallu convient lui aussi que ces premières données statistiques sont « tout à fait en phase avec ce qui était attendu ». Notamment parce que le marché noir offre des prix de gros pour les achats de grandes quantités, contrairement au marché légal où le prix demeure élevé peu importe la taille de la commande. Et c’est ce qui explique probablement également selon lui que 52,3 % des consommateurs ont continué d’acheter leur cannabis auprès du marché noir.

« Il était prévisible qu’à partir du moment où le marché légal n’offre pas de prix de gros, les plus gros consommateurs vont avoir tendance à rester dans le marché illégal parce que la différence de prix peut être assez importante », explique le professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal.

En effet, 42 % des répondants ont confié à Statistique Canada qu’ils avaient eu recours au marché illégal parce que le cannabis légal était trop cher. Et les consommateurs illégaux ont acheté en moyenne deux fois plus de cannabis par transaction — 17,3 grammes sur le marché noir contre 8,3 grammes lors de transactions légales.

« La différence de prix [entre les marchés légal et illégal] encourage un statu quo pour une bonne partie des consommateurs », note M. Fallu.

De nouveaux consommateurs

Statistique Canada révèle par ailleurs que 23 des 300 répondants qui ont accepté de détailler leur consommation dans une seconde série de questions ont ainsi acheté du cannabis pour la première fois entre le 17 octobre et le 31 décembre. Dix-sept d’entre eux ont rapporté qu’ils avaient commencé à en consommer parce que la drogue avait été légalisée.

Là encore, Jean-Sébastien Fallu ne s’en étonne pas. « On sait que souvent, après un changement plus libéral des lois en matière de cannabis, il y a une curiosité. Des gens vont essayer », relate-t-il, en rappelant que l’échantillon statistique est très restreint.

1 commentaire
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 10 janvier 2019 05 h 07

    Fumer des feuilles mortes

    Il faudrait peut-être mentionner la faiblesse psychoactive de la marijuana que vend le monopole d'État.

    Je suis un fumeur occasionnel et je fume peu à la fois, mais encore faut-il que mes deux ou trois bouffées procurent une ivresse!

    Pour l'instant, à la SQDC on a droit à du cannabis à fumer éventé, desséché, parfois à l'état de poussière et aux effets psychoactifs ténus.

    On constate l'état du produit qu'après l'avoir extrait de son suremballage. Mais contrairement à la SAQ, la SQDC ne remplace ni ne rembourse les produits altérés ou faiblement dosés.