Institutions démocratiques: Karina Gould a confiance en ses débats électoraux

La ministre s’inquiète à savoir que les conservateurs remettent déjà en question la légitimité du résultat électoral de 2019 à cause de l’aide financière promise aux médias écrits et à cause de cette Commission aux débats, dont le président a été imposé par le gouvernement libéral sans consultation des autres partis.
Photo: Adryan Wyld La Presse canadienne La ministre s’inquiète à savoir que les conservateurs remettent déjà en question la légitimité du résultat électoral de 2019 à cause de l’aide financière promise aux médias écrits et à cause de cette Commission aux débats, dont le président a été imposé par le gouvernement libéral sans consultation des autres partis.

La ministre responsable des institutions démocratiques, Karina Gould, estime que les chefs de partis fédéraux auront un puissant incitatif à participer aux débats qu’organisera à l’automne 2019 sa nouvelle Commission aux débats : les affrontements oratoires iront de l’avant quoiqu’il arrive, même si un leader décide de les snober.

La Commission, dévoilée cet automne par Mme Gould, est dirigée par l’ancien gouverneur général David Johnston. Elle a le mandat d’organiser deux débats électoraux, soit un en anglais et l’autre en français, avec l’aide d’un producteur choisi à la suite d’un appel d’offres. Le gouvernement libéral souhaite éviter le cafouillage de 2015 : le traditionnel débat anglophone du consortium des télédiffuseurs avait été annulé parce que le chef conservateur Stephen Harper avait refusé d’y participer. À la place, trois débats en anglais avaient été organisés par des publications écrites et un laboratoire d’idées (think tank), un sans le chef bloquiste et les deux autres sans la chef du Parti vert. Les cotes d’écoute avaient été bien inférieures aux éditions antérieures.

La Commission aux débats aura le mandat d’assurer que les deux débats vont de l’avant. Le consortium n’avait pas cette obligation. Il reviendra aux chefs politiques qui décident de ne pas y participer d’expliquer leur absence aux Canadiens. La cour de l’opinion publique leur demandera des comptes.

Mme Gould a refusé de rendre obligatoire la participation des chefs aux débats de sa Commission, par exemple en y rendant conditionnel le remboursement étatique des dépenses électorales d’un parti. Alors qu’est-ce qui garantit que cette Commission aura en 2019 plus de succès qu’en a eu le consortium des télédiffuseurs en 2015 ?

« La Commission aux débats aura le mandat d’assurer que les deux débats vont de l’avant. Le consortium n’avait pas cette obligation, explique Mme Gould en entrevue avec Le Devoir. Il reviendra aux chefs politiques qui décident de ne pas y participer d’expliquer leur absence aux Canadiens. La cour de l’opinion publique leur demandera des comptes. »

La Commission invitera les chefs qui répondent à deux des trois critères établis : avoir au moins un député déjà élu sous la bannière de leur parti, présenter des candidats dans au moins 90 % des circonscriptions du Canada, et avoir obtenu 4 % des votes lors d’une campagne électorale précédente ou avoir une chance légitime de remporter des sièges en 2019. Le caractère subjectif de ce dernier critère a fait l’objet de bien des critiques. Mme Gould estime qu’il est au contraire en droite ligne avec la pratique passée.

« C’est un critère sur lequel on s’était entendus lors de précédents débats », soutient la ministre, qui prétend que c’est en vertu de ce concept « que le Parti vert a pu être admis à son premier débat parce qu’il était à 4 % [dans les sondages] ». Elizabeth May a pu participer aux débats des chefs dès 2008. Les raisons de son inclusion sont obscures : le NPD, le Bloc et le Parti conservateur s’opposaient à sa présence, mais ont changé d’avis subitement.

Élections biaisées

La ministre s’inquiète par ailleurs à savoir que les conservateurs remettent déjà en question la légitimité du résultat électoral de 2019 à cause de l’aide financière promise aux médias écrits et à cause de cette Commission aux débats, dont le président a été imposé par le gouvernement libéral sans consultation des autres partis.

« C’est aussi comme cela que Stephen Harper traitait les médias quand il était premier ministre, rappelle-t-elle. Il ne participait pas aux mêlées de presse et ne donnait pas de conférence de presse. C’est de la rhétorique conservatrice typique, mais ce qui est le plus alarmant, c’est qu’ils tentent déjà de conditionner la perception des gens envers l’élection, et c’est très irresponsable. »

Le député Alain Rayes, par exemple, a dit de cette Commission aux débats que le Parti libéral de Justin Trudeau s’en servirait pour « influencer les élections qui s’en viennent en 2019 en sa faveur ».

La ministre s’insurge, rappelant que le commissaire Johnston « avait été nommé gouverneur général par Stephen Harper. Il est le Canadien le moins partisan qu’on puisse imaginer ». Mais alors pourquoi ne pas avoir au préalable consulté les partis d’opposition avant de le nommer et ainsi apaiser les craintes ? « En fin de compte, nous sommes le gouvernement, et le gouvernement fait les nominations en conseil. C’est comme cela que ça fonctionne. »