Travaux parlementaires à Ottawa

La nouvelle Chambre des communes a été construite dans la cour intérieure de l’édifice de l’Ouest, sous un gigantesque plafond de verre. Cette conversion de l’espace a permis d’ajouter 50% de superficie à l’édifice.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne La nouvelle Chambre des communes a été construite dans la cour intérieure de l’édifice de l’Ouest, sous un gigantesque plafond de verre. Cette conversion de l’espace a permis d’ajouter 50% de superficie à l’édifice.

L’enceinte parlementaire fédérale fêtait ses 140 ans lorsque, en 2007, le gouvernement a décidé de lui assener une bonne cure de rajeunissement. Les travaux étaient colossaux : rénover six édifices tour à tour afin de ne jamais avoir à suspendre l’activité parlementaire. La bibliothèque du Parlement a ainsi été restaurée la première, suivie de deux bâtiments voisins du parlement — l’édifice Wellington et le Sir-John-A.-Macdonald, abritant chacun bureaux de députés et salles de comité. En 2011, ce fut au tour de l’édifice de l’Ouest de fermer ses portes pour qu’il soit réhabilité, mais surtout bonifié avec la Chambre des communes temporaire devant remplacer celle de l’édifice du Centre, qui fermera ces jours-ci pour environ une décennie. Le Sénat, également logé dans l’édifice du Centre, sera quant à lui relocalisé au Centre de conférences du gouvernement, préalablement remodelé lui aussi. Survol du plus gros chantier patrimonial de l’histoire du Canada.

1,7 milliard

La facture des rénovations de l’enceinte parlementaire atteint pour l’instant 1,7 milliard de dollars. L’édifice de l’Ouest a été restauré au coût de 863 millions ; l’édifice du Sénat, 219 millions ; l’édifice Wellington, 425 millions ; le Sir-John-A.-Macdonald, 99,5 millions ; et la bibliothèque, 129 millions. Ce total n’inclut toutefois pas le plus gros édifice, l’édifice du Centre, dont le coût des travaux n’a pas encore été chiffré. Le bâtiment, qui est vidé ces jours-ci, fera l’objet d’une évaluation de son état en 2019. Ce n’est qu’ensuite que l’on connaîtra l’ampleur des rénovations à y faire.

Photo: Services publics et Approvisionnement Canada 63 000 pierres ont été déplacées, nettoyées au laser et réinstallées aux murs de l’édifice de l’Ouest. 200 maçons y ont travaillé tous les jours. 

63 000 pierres

Les murs extérieurs de l’édifice de l’Ouest comprennent pas moins de 140 000 pierres de maçonnerie ayant dû être nettoyées au laser. Pour 45 % d’entre elles, le mortier a aussi dû être refait : les pierres ont été retirées, numérotées, puis méticuleusement replacées au bon endroit de la façade. Un casse-tête de 63 000 pièces ! 14 % des pierres ont par ailleurs dû être remplacées. Au plus fort des rénovations, 200 maçons s’affairaient quotidiennement. 3000 tonnes de sable et 108 000 seaux de mortier ont été utilisés. 1,4 million de nouvelles briques ont été posées.

4600 m²

Le majestueux toit de verre qui recouvre la nouvelle Chambre des communes a nécessité l’installation de 4600 mètres carrés de verre au-dessus de la cour intérieure de l’édifice. C’est l’équivalent d’un terrain de football, qui tient en place grâce à 7 kilomètres de poutres d’acier. Les 500 travailleurs qui oeuvraient en moyenne chaque jour sur le site ont en outre creusé trois étages de sous-sol. Pour ce faire, 158 000 tonnes de roches ont été excavées, soit l’équivalent de 28 piscines olympiques. Plus de six millions d’heures de travail ont été effectuées pour retaper l’édifice de l’Ouest.

Photo: Justin Tang La Presse canadienne Relogée dans une ancienne gare de train datant de 1912, la Chambre haute s’élève sur ce qui en était le quai d’embarquement d’où les soldats canadiens sont partis pour la Première Guerre mondiale et par où Elvis Presley est arrivé à Ottawa pour son spectacle d’avril 1957.

Des systèmes à moderniser

Le dernier des bâtiments à être restaurés est le plus « jeune » de l’enceinte parlementaire. L’édifice du Centre n’a pas connu de rénovations majeures depuis sa reconstruction en 1916-1927, à la suite du grand feu qui l’avait ravagé. Tout doit être mis à niveau : la plomberie, la connectivité informatique et les systèmes électriques, de chauffage et de climatisation. L’accessibilité doit être améliorée et l’amiante, retirée. Les systèmes de protection contre les incendies et les tremblements de terre doivent être renforcés. Le déménagement est colossal : les bureaux du premier ministre, des chefs de l’opposition, des présidents des deux Chambres et d’une soixantaine de députés et sénateurs doivent être vidés.

Des sabres en taxi

Le déménagement de la Chambre des communes et du Sénat dans deux édifices distants de 500 mètres pose un pépin protocolaire encore irrésolu : la perpétuation des parades de l’huissier du bâton noir entre les deux enceintes, auparavant séparées par à peine un corridor. Le messager de Sa Majesté doit se rendre à la Chambre coiffé de son bicorne et armé de sa canne d’ébène à pommeau d’or pour convier les députés au Sénat à l’occasion de l’ouverture d’une législature, des discours du Trône et des cérémonies de sanction royale. La procession qui s’en suit comprend le sergent d’armes portant sabre et masse royale dorée et une poignée d’officiers parlementaires portant tricornes. Une des idées qui circule est de faire voyager tout ce beau monde à bord de taxis.

Photo: Services publics et Approvisionnement Canada Les rénovations du parlement ont tenté de se faire écologiques. Le Sénat a un toit vert et accueillera des ruches urbaines. L’édifice Wellington a en outre un mur de plantes.

De nouvelles reines au Sénat

Une série de dispositifs écologiques ont été inclus aux nouveaux bâtiments parlementaires. L’édifice du Sénat comptera à compter du printemps des ruches urbaines sur sa façade est. L’hôtel Château Laurier, situé en face, s’occupera de l’entretien et de la collecte du miel. Des toits verts ont été ajoutés à l’édifice du Sénat, au Sir-John-A.-Macdonald et au Wellington. Dans ce dernier cas, le toit recueille aussi l’eau de pluie pour arroser les plantes. Enfin, des panneaux solaires préchauffent l’eau chaude de l’édifice.
 

3 commentaires
  • Charles-Étienne Gill - Inscrit 31 décembre 2018 11 h 39

    fortunes monarchiques

    Une belle description qui aurait pu avoir été écrite par le service de presse de sa majesté. On dépense donc une fortune pour le statu quo. Un plafond de verre, un stationnement, mais on est incapable de changer le protocole. On peut dépenser plus d'un milliard, mais pas se donner la peine de revoir le fonctionnement de notre monarchie constitutionnelle? La question de fond, c'est pourquoi, le reste est une diversion.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 31 décembre 2018 17 h 22

    Typiquement anglais

    Ce qui est frappant, c’est le manque total d’imagination.

    On refera les salles législatives dans le style ancien qu’elles avaient depuis le XIXe siècle, à l’époque du bipartisme.

    Donc le sénat et la chambre des communes seront rectangulaires et non en demi-cercle comme le sont les assemblées législatives modernes. Ce qui n’empêche pas une assemblée législative en demi-cercle d’adopter une décoration ancienne, si on le veut.

    On a donc privilégié le respect de la tradition britannique plutôt que le respect de la fonction, ce qui aurait nécessité de s’adapter au multipartisme.

  • Steve Montpetit - Abonné 31 décembre 2018 17 h 54

    Svp mentionner les architectes

    Comment voulez-vous qu'on acquière une culture architecturale si même les journalistes du Devoir ne mentionnent pas les architectes qui ont conçu ces espaces.