Le Parti conservateur de Scheer, c’est celui de Harper, soutient Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau a apposé le tampon «Harper» sur le front d’Andrew Scheer dès son élection à la tête du Parti Conservateur du Canada, il y a un an et demi.
Photo: Lars Hagberg La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau a apposé le tampon «Harper» sur le front d’Andrew Scheer dès son élection à la tête du Parti Conservateur du Canada, il y a un an et demi.

Justin Trudeau estime que le Parti conservateur d’Andrew Scheer se situe exactement au même endroit que le PC de Stephen Harper, c’est pourquoi les libéraux continueront à souligner à gros traits les similitudes entre les deux chefs, en cette année électorale.

Le Parti libéral du Canada (PLC) a apposé le tampon « Harper » sur le front d’Andrew Scheer dès son élection à la tête du parti, il y a un an et demi, le qualifiant immédiatement de « conservateur social de droite ». Les libéraux ramènent fréquemment le nom de M. Harper dans la conversation et glissent son nom dans les courriels de collecte de fonds adressés aux militants.

« Nous nous concentrons sur ce qui est vraiment important, pendant que les conservateurs d’Andrew Scheer intensifient les mêmes politiques polarisantes et négatives utilisées par Stephen Harper », écrivait encore cette semaine la présidente du PLC, Suzanne Cowan, dans un courriel.

Lors d’une entrevue récente, le premier ministre Trudeau a déclaré à La Presse canadienne que l’approche du Parti conservateur sur un éventail de sujets démontre qu’Andrew Scheer n’a pas de projets ou d’idées qui diffèrent de ceux de Stephen Harper.

« Les Canadiens ont eu beau rejeter clairement l’approche de gouvernance de Stephen Harper proposée lors des élections de 2015, et pourtant, sur le climat, l’économie, l’engagement international, les questions de migration, les questions autochtones, [les conservateurs] sont toujours dans le même registre qu’avant les élections de 2015, estime M. Trudeau. Je pense que ça mérite d’être signalé aux Canadiens. »

Le chef libéral ajoute presque aussitôt que lors des prochaines élections, il ne cherchera pas à « diffamer » ou à « diaboliser » ses adversaires. Il soutient toutefois ne pas voir de diffamation en comparant MM. Scheer et Harper, et il promet simplement de souligner les différences de politiques entre lui et M. Scheer, et de dénoncer les conservateurs s’ils tentent selon lui de diviser le pays.

« Je ne m’excuserai pas d’être très passionné, parfois trop enthousiaste, dans la façon dont je m’engage dans un débat vigoureux, mais je vais demeurer autant que possible sur le fond. »

Trudeau « accroché à 2015 »

M. Trudeau a également soutenu que le chef conservateur lui-même n’avait pas été capable de souligner clairement ce qui le différenciait de son prédécesseur. Il a évoqué une réunion de l’Assemblée des Premières Nations, au début de l’année, au cours de laquelle un chef autochtone a directement demandé à M. Scheer en quoi il était différent de Stephen Harper. Le nouveau chef a alors demandé à ses hôtes « un peu de patience en attendant la publication de la plate-forme » du parti, relate M. Trudeau.

Certains observateurs de la scène politique canadienne surnomment même M. Scheer « Stephen Harper avec un sourire ».

Brock Harrison, un porte-parole de M. Scheer, soutient que si quelqu’un est resté accroché à 2015, c’est bien M. Trudeau. « Il veut répéter la campagne de 2015 parce que pratiquement tout ce qu’il a fait depuis avec son gouvernement aura été un échec », a soutenu M. Harrison. Selon lui, M. Trudeau devra bien expliquer aux citoyens pourquoi il n’a pas « équilibré le budget, sécurisé la frontière, construit des oléoducs et soulagé les familles canadiennes ».

Le député conservateur Pierre Poilievre a eu le même genre d’arguments, dans une entrevue récente, en suggérant que M. Trudeau ramène Stephen Harper dans le débat pour faire diversion sur ses erreurs et parce que son principal adversaire le rend nerveux. « Cet argument risque de revenir constamment : c’est une tactique courante chez ceux qui sont nés avec une cuillère en or dans la bouche. »

Cette image d’« enfant de riche » accolée au chef libéral risque aussi de revenir constamment dans la campagne de l’automne prochain.