Le bilan de Julie Payette

Julie Payette reconnaît qu’elle a procédé à certains ajustements au cours des derniers mois. Mais elle n’est pas prête à dire que sa première année a été «turbulente», comme le titrait en septembre le «National Post».
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Julie Payette reconnaît qu’elle a procédé à certains ajustements au cours des derniers mois. Mais elle n’est pas prête à dire que sa première année a été «turbulente», comme le titrait en septembre le «National Post».

La gouverneure générale Julie Payette a été « surprise » de voir paraître dans les médias à l’automne des informations voulant qu’elle était à couteaux tirés avec son personnel de Rideau Hall, et qu’elle pourrait même quitter son poste avant la fin de son mandat.

Cette couverture médiatique « qui ne correspondait pas du tout à la réalité, pas du tout » a été le moment le plus difficile de cette première année passée aux commandes de l’institution, a-t-elle indiqué en entrevue de fin d’année avec La Presse canadienne.

Selon des articles parus dans les médias, l’ex-astronaute avait peine à s’adapter à ses nouvelles fonctions, sa tendance à la microgestion suscitait un certain mécontentement chez ses employés, et elle était parfois récalcitrante à remplir certaines obligations inhérentes à sa fonction.

Il y a effectivement eu un roulement du personnel des communications à Rideau Hall. Et il suffit de voir les schémas élaborés par Julie Payette sur les tableaux blancs disséminés dans la résidence, incluant dans son bureau, pour voir qu’elle a les deux mains solidement installées sur le volant.

La gouverneure générale reconnaît qu’elle a procédé à certains ajustements au cours des derniers mois, notamment sur le plan de la communication. Mais elle n’est pas prête à dire que sa première année a été tumultueuse, ou « turbulente », comme le titrait en septembre le National Post.

« Elle a été très occupée, très très occupée… mais tumultueuse ? C’est un adjectif intéressant », dit-elle.

« Peut-être que ce qui m’a prise un peu par surprise, c’est que je n’ai jamais été dans un milieu où il fallait parler de ce qu’on faisait », ajoute la représentante de la reine au Canada.

« On ne manque aucun » deadline, « jamais. […] Honnêtement, ici, ça roule », assure-t-elle.

La sanction du cannabis

Il y a certes eu des tractations lorsqu’est venu le temps d’accorder la sanction royale au projet de loi C-45 sur le cannabis, en juin dernier. « C’est sûr qu’il y a énormément » d’aller-retour, mais ultimement, « il n’y a eu aucun problème », insiste-t-elle.

Et s’il y a eu des hésitations, ce n’était pas parce qu’en tant que scientifique, elle avait un problème avec la légalisation de la substance.

« Absolument pas. Ce n’est pas du tout notre prérogative. Il y a des pouvoirs importants qui sont donnés à cette institution de la Couronne que je représente, mais ils sont régis par des règles très strictes », tranche Julie Payette.

La fonction vient aussi avec un devoir de réserve, comme l’a rapidement appris sa titulaire : un mois après son entrée en fonction, elle a fait froncer des sourcils après avoir raillé dans un discours ceux qui remettent en question les changements climatiques et qui croient au créationnisme.

Le premier ministre qui l’a nommée, Justin Trudeau, ne lui en a pas tenu rigueur — en fait, il l’a félicitée. Car s’il a jeté son dévolu sur la Québécoise qui a fait deux missions dans l’espace, c’est qu’elle incarne l’importance qu’il dit accorder à la science dans la prise de décision.

Entre science et tradition

Dans le bureau de Julie Payette, tout est science. Il y a bien un portrait de la reine Élizabeth II et du prince Philip sur l’une des tablettes de sa spacieuse étagère murale, mais ils sont entourés d’une kyrielle de souvenirs spatiaux.

On pourrait croire que le rôle de gouverneur général, qui est ancré dans le protocole et le respect de la tradition, est à des années-lumière de celui d’un astronaute. Et que ce décalage, donc, a pu être difficile à gérer pour l’ingénieure de formation.

Celle-ci exprime son désaccord : « Les deux ne sont pas incompatibles ! Au contraire ! […] Il y a des traditions qui font partie du travail, il y a un certain décorum aussi qui vient beaucoup avec l’institution, qui est très important », relève-t-elle.

Les astronautes n’y échappent pas, insiste Julie Payette. Et pour appuyer son propos, elle cite en exemple les rituels auxquels a dû s’astreindre son ami et collègue David Saint-Jacques avant de décoller du Kazakhstan vers la station spatiale internationale, le 3 décembre dernier.

« À Baïkonour, il y a énormément de traditions : on doit planter un arbre […] ensuite, il faut regarder un film précis avant, ensuite il y a un « toast » le matin avec la famille, les conjoints. […] C’est plein, plein, plein de traditions », souligne celle qui a assisté au lancement en personne.

Et malgré les turbulences qui ont pu secouer sa première année en poste à Rideau Hall, elle a bien l’intention d’en conserver les commandes jusqu’à la fin de son mandat, qui est d’une durée de cinq ans. « Je l’ai bien dit, et je n’ai certainement pas dit le contraire », tranche-t-elle d’un ton déterminé.

« Open for business »

La gouverneure générale compte cependant emprunter un virage vers davantage de transparence.

« J’en prends personnellement la responsabilité ; on va mieux communiquer, et on ouvre les portes ! Ici, c’est ouvert. On est « open for business », mais en plus, on est vraiment ouvert comme institution », plaide-t-elle.

« Une des petites choses que nous avons en tête maintenant que la première année est passée, c’est que nous allons partir sur la route et l’un de nos objectifs, c’est d’aller là où les autres gouverneurs généraux avant moi n’ont pas eu la chance d’aller », expose Mme Payette.

Elle compte par ailleurs emménager à Rideau Hall, où tous ses prédécesseurs habitent depuis 1867, d’ici l’été prochain. « Il n’y avait pas de sortie d’urgence dans les quartiers ici. Un astronaute pas de sortie d’urgence, c’est… on est en train de travailler là-dessus », lance-t-elle.

Une fois l’entrevue bouclée, Julie Payette se prête au jeu de la séance photos. Un exercice qui ne semble pas particulièrement lui plaire — peu importe où elle place ses bras, la gouverneure générale est « inconfortable », dira-elle au photographe qui tente de la mettre à l’aise.

Mais aussitôt la séance terminée, elle retourne vers son étagère pour montrer aux journalistes deux échantillons d’eau datant de temps immémoriaux, prélevés dans la mine Kidd Creek, à Timmins, en Ontario — soudainement, une fois la caméra rangée, elle a retrouvé ses aises.