Di Iorio n’a pas encore décidé à qui il donnera son salaire de député

Le député libéral de Saint-Léonard — Saint-Michel, Nicola Di Iorio
Photo: Facebook Le député libéral de Saint-Léonard — Saint-Michel, Nicola Di Iorio

Le député fantôme Nicola Di Iorio n’a toujours pas versé à un organisme de charité le salaire qu’il empoche malgré son absence d’Ottawa, contrairement à ce qu’il a prétendu en début de semaine.

L’élu montréalais, qui n’avait pas mis les pieds en Chambre depuis le printemps dernier, a refait surface dans l’enceinte mardi passé pour répliquer à ceux qui lui ont reproché d’avoir été payé même s’il ne se pointait pas au parlement.

Deux fois, il a martelé qu’il « n’empochait pas de salaire », et il a de nouveau fait allusion au don charitable, rappelant avoir annoncé qu’il ne « conserverait pas son salaire de député pendant cette période de septembre à janvier ».

Or, dans un échange avec La Presse canadienne, deux jours plus tard, le député Di Iorio a écrit qu’il n’avait pas encore décidé à qui donner son salaire.

« Je vais faire une annonce du montant et de l’organisme […] dans la nouvelle année », a-t-il débuté, promettant qu’il s’agira d’un montant « substantiel » puisqu’il le bonifiera d’une « donation personnelle ».

Puis, il a ajouté ceci : « Depuis que j’ai révélé la décision que j’avais prise de faire don de mon salaire, j’ai été approché par des organismes que je n’avais pas considérés. Certains ont porté à mon attention des causes que je n’avais pas envisagées et qui méritent réflexion ».

Trudeau embêté

Le premier ministre Justin Trudeau a semblé agacé de se faire interroger sur la situation de son député, vendredi, lors d’une entrevue de fin d’année avec La Presse canadienne.

Si bien que lorsqu’on lui a demandé s’il jugeait normal, comme chef, de voir un de ses députés toucher un salaire sans se présenter au parlement, il a paru vouloir se dissocier de Nicola Di Iorio.

« Je suis chef du parti politique auquel il est associé, a-t-il lâché. Mais en tant que député il a des responsabilités aussi directement [envers les] citoyens qui l’ont élu. »

Le whip en chef du gouvernement, Mark Holland, indiquait la veille que selon « sa compréhension », le député de Saint-Léonard — Saint-Michel « donne son salaire […] depuis septembre ».

Délai de démission

L’élu libéral a réannoncé sa démission il y a un peu plus d’un mois — il l’avait annoncée une première fois en avril dernier, pour ensuite signaler, en septembre dernier, qu’il pourrait revenir sur sa décision.

Finalement, il est revenu à sa position initiale : il quittera son siège aux Communes… mais pas avant le 22 janvier prochain.

Ces tergiversations ont fait sourciller l’opposition à Ottawa.

Le député néodémocrate Nathan Cullen a soulevé le 26 novembre dernier une question de privilège en Chambre afin de faire part de ses préoccupations face à la situation.

C’est pour lui répliquer que Nicola Di Iorio est revenu s’asseoir dans son siège de député, mardi dernier.

Et lorsqu’il s’est levé pour offrir sa version des faits, il a signalé qu’il n’avait rien à voir avec l’élaboration du calendrier de sa démission. « La date prévue pour mon départ n’a pas été choisie par moi », a-t-il tranché, sans pour autant préciser d’où venait la décision.

Le whip Mark Holland a assuré que son bureau n’avait « absolument pas » joué de rôle dans le choix de la date.

« J’ignore à quoi il faisait référence, a-t-il offert en parlant du député montréalais. Les députés décident eux-mêmes de leur date de départ. »

Le premier ministre Trudeau s’est aussi tenu à distance lorsqu’on lui a demandé s’il avait donné une consigne sur la date. « Moi, personnellement, je n’ai pas dit ça », a-t-il plaidé.

A-t-il délégué quelqu’un pour dire à Nicola Di Iorio quand il devrait plier bagage ? « Pas à ce que je sais », a répondu Justin Trudeau.

Longue vacance

La circonscription de Saint-Léonard — Saint-Michel restera vraisemblablement vacante jusqu’aux prochaines élections générales.

Car une disposition de la Loi sur la modernisation des élections, qui a reçu la sanction royale jeudi dernier, empêche le premier ministre de déclencher une élection complémentaire « dans les neuf mois précédant […] la tenue d’une élection générale ».

Le scrutin fédéral doit avoir lieu le 21 octobre 2019. Le député Di Iorio quittera son poste neuf mois, moins un jour, avant cette date.