Briser le silence autour de la maltraitance

Alice Mariette Collaboration spéciale
En plus d’avoir un toit au-dessus de la tête, ce jeune Philippin reçoit un enseignement scolaire régulier.
Photo: Stairway En plus d’avoir un toit au-dessus de la tête, ce jeune Philippin reçoit un enseignement scolaire régulier.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’organisme Stairway, partenaire de longue date de l’Oeuvre Léger, a pour mission la protection des enfants vivant dans les rues de la capitale philippine.

Dans les rues de Manille, des dizaines de milliers d’enfants vivent, totalement livrés à eux-mêmes. Une réalité insupportable et difficile à imaginer. « Ce ne sont pas des choses qui existent ici au Québec, des enfants qui vivent dans la rue », souligne Anna Tyszkiewicz, gestionnaire du programme Asie pour l’Oeuvre Léger. C’est donc pour ces centaines de jeunes, très souvent victimes d’abus, que la fondation Stairway agit au quotidien. Sa mission principale : recueillir et soigner les adolescents dans son centre de Puerto Galera.

Sur l’île de Mindoro, véritable oasis philippine de paix et de verdure, l’immense centre de Stairway propose un programme de résidence pour les garçons adolescents qui vivent dans la rue. « Tout est volontaire, les enfants ne sont pas forcés, ils prennent eux-mêmes la décision de participer aux programmes », précise Anna Tyszkiewicz. Pendant près d’un an — ou plus si nécessaire —, les intervenants de Stairway tentent de réadapter ceux qui sont passés par la rue et les centres de détentions.

Ces jeunes, une quinzaine à la fois, participent à des thérapies individuelles et de groupes, suivent un enseignement scolaire régulier, mais aussi des formations professionnelles et techniques. Ils peuvent pratiquer des activités ludiques, sportives et culturelles, comme le théâtre ou le basket. « Stairway fait beaucoup de travail avec les travailleurs sociaux pour apprendre aux enfants de ne pas juste sortir physiquement de la rue, mais aussi d’en sortir psychologiquement et émotivement », précise Anna Tyszkiewicz. En plus, pour qu’ils se sentent plus à l’aise, les jeunes participants sont accompagnés par un intervenant qui a lui-même suivi le cheminement avec Stairway. Un long travail qui porte souvent ses fruits, selon Mme Tyszkiewicz. « Les enfants reviennent ensuite à Manille, ils vont dans des centres, des familles d’accueil ou dans leur famille et Stairway garde un contact avec eux même plusieurs années après pour être sûr que tout se passe pour le mieux », ajoute-t-elle.

Agir pour les enfants

En dehors des activités sur l’île, l’organisme oeuvre en véritable chef de file pour la protection des enfants aux Philippines. Il est partenaire du Département de l’Éducation du pays et membre de l’équipe nationale de formation sur la protection de l’enfance, la sécurité en ligne et la cyberintimidation. De plus, la fondation accompagne les enfants lorsque ceux-ci arrivent dans les postes de police philippins, afin de faciliter le dialogue. « C’est difficile de parler des parties intimes avec les jeunes, donc Stairway a par exemple doté chaque poste de police de poupées pour aider à la compréhension », présente Mme Tyszkiewicz. Par ailleurs, chaque année, la fondation offre aux policiers une formation sur la prévention de l’exploitation sexuelle des enfants.

En outre, la campagne nationale « Briser le silence » compte parmi ses membres une trentaine d’organisations philippines. La fondation a développé une méthodologie visant là aussi la prévention des abus sexuels envers les jeunes. « À l’Oeuvre Léger, nous souhaitons prendre la formation Break the Silence et la transposer à un de nos partenaires qui travaille avec les enfants au Kenya. Cela serait une transition avec un partenaire, qui pourrait agir comme un consultant, comme l’organisme qui partage son savoir », lance Anna Tyszkiewicz, précisant que cela est déjà fait dans plusieurs autres pays d’Asie.

Partenaire de longue date

Cela fait près de 20 ans que l’Oeuvre Léger est partenaire de la fondation Stairway, fondée par Lars C. Jorgensen, d’origine danoise, et Monica D. Ray, d’origine américaine, venus tous les deux aux Philippines pour aider les enfants vivant dans les rues. « On va choisir les partenaires quand ils sont encore naissants, embryonnaires, on les accompagne jusqu’à ce qu’ils soient indépendants, on fait beaucoup de renforcement de capacités pour que l’organisme devienne vraiment solide et capable de réussir sa mission de trouver des fonds pour ses activités », détaille Anna Tyszkiewicz. Si Stairway est déjà capable de survivre sans la contribution de l’Oeuvre Léger, celle-ci désire lui permettre d’innover encore plus. Par exemple, les partenaires travaillent actuellement au développement d’une plateforme de cyberapprentissage pour répondre aux droits des enfants aux Philippines et à travers le monde.