Les libéraux referment le dossier des commandites

Ottawa — Vingt-quatre heures après les arrestations de Charles Guité et de Jean Brault, les libéraux qui siègent au comité chargé d'enquêter sur le scandale des commandites ont sonné le glas des travaux, au grand dam de l'opposition.

La majorité libérale s'est imposée, hier, pour que le comité cesse de faire comparaître des témoins et rédige un rapport intérimaire résumant les témoignages entendus au cours des derniers mois.

Paradoxalement, ce rapport risque de ne voir jamais le jour puisque la Chambre des communes suspend ses travaux vendredi et que le déclenchement des élections semble prévu pour la semaine prochaine.

La stratégie a vivement irrité l'opposition, qui estime que le comité avait encore bien du travail devant lui afin de faire la lumière sur la direction politique dans le controversé programme.

«Pourquoi produire un rapport à ce moment-ci, alors que les acteurs politiques n'ont pas été identifiés?», a questionné le député bloquiste Michel Guimond.

Les libéraux affirment qu'ils savent «comment ça s'est passé. Mais je regrette, on ne le sait pas comment ça s'est passé!», a-t-il lâché, dans une envolée passionnée.

Le député de Beauport a longuement expliqué qu'il était convaincu que les libéraux agissaient de la sorte pour éviter de se placer dans une position inconfortable, à quelques jours du déclenchement des élections.

«C'est la preuve que les libéraux ne veulent pas aller au fond de l'affaire», a renchéri le conservateur Jason Kenney.

Bloquistes, conservateurs et néo-démocrates auraient voulu entendre, par exemple, une série d'anciens attachés politiques du bureau du premier ministre Jean Chrétien ou du bureau de l'ex-ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano.

Une tentative de dernière minute du Bloc québécois, qui voulait faire comparaître M. Chrétien et le premier ministre Paul Martin, aura également échoué, leur amendement étant défait une fois de plus par la majorité libérale.

Pour Marlene Jennings, rien n'aurait servi de poursuivre les travaux du comité, qui avait à son avis atteint ses objectifs.

«Quand l'opposition dit ''on ne sait pas qui était impliqué au niveau politique'', on le sait déjà», a souligné la députée libérale, qui s'appuie pour ce faire sur plusieurs témoins, dont Jean Pelletier (chef de cabinet de Jean Chrétien) et Charles Guité, qui ont nié toute ingérence politique dans le programme tout en admettant qu'il y avait eu des rencontres entre les ministres et les fonctionnaires.

Elle ajoute, par ailleurs, que la commission d'enquête du juge Gomery et les enquêtes policières prendront le relais puisqu'elles ont pour mandat de fouiller toute l'affaire et de formuler des recommandations ou des accusations.

Après une enquête de deux ans, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) déposait, lundi, six accusations de fraude et de complot pour fraude contre l'ex-gestionnaire du programme de commandites, Charles Guité, et contre Jean Brault, président et fondateur de l'agence Groupaction.

Si les libéraux espéraient que ces arrestations calment le jeu, personne n'aura entendu leurs prières. Aux Communes, hier, les partis d'opposition n'avaient qu'une seule question sur les lèvres: «Y avait-il une direction politique à la gestion du programme de commandites?»

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, n'a pas raté l'occasion de rappeler, une fois de plus, la déclaration du premier ministre Paul Martin qui affirmait, en février dernier, qu'il était impossible de croire qu'il n'y avait pas eu de direction politique dans les commandites.

«Le premier ministre est-il maintenant en mesure de dire à cette Chambre de qui provenait la direction politique du scandale des commandites?», a demandé M. Duceppe.

Pour sa part, le chef conservateur Stephen Harper a fait référence à ce qu'il appelle la «culture de corruption libérale».

En l'absence de M. Martin, la vice-première ministre a défendu le gouvernement devant les «attaques scandaleuses» de l'opposition, répétant que la justice suivait son cours.