Faut-il élargir l’aide médicale à mourir?

Le rapport note que les directives anticipées poseraient un dilemme éthique significatif pour les professionnels de la santé.
Photo: Thirteen Of Clubs CC Le rapport note que les directives anticipées poseraient un dilemme éthique significatif pour les professionnels de la santé.

Faudrait-il étendre aux mineurs et aux personnes atteintes de maladie mentale le droit d’obtenir de l’aide médicale pour mettre fin à leurs jours ? Et devrait-on autoriser les citoyens à consentir à l’avance à leur mise à mort ? Le débat reste ouvert, car les trois études sur le sujet commandées par Ottawa dans la foulée de sa loi légalisant l’aide à mourir ne parviennent à aucune conclusion définitive.

Pour répondre aux trois épineuses questions posées par le gouvernement fédéral, le Conseil des académies canadiennes a regroupé 43 experts canadiens et étrangers. Leur mandat n’était pas de formuler des recommandations, mais de dresser un « état des connaissances ». Mais même dans ces conditions, le consensus a été difficile.

« Dans certains cas, même après priseen compte des données disponibles et discussions au sein du comité d’experts, ces derniers n’ont pu s’entendre et des différences notables d’opinion ont subsisté quant à l’interprétation des données probantes, ce qui reflète la nature complexe et conflictuelle des questions examinées », peut-on lire dans le résumé des rapports qui totalisent, à eux trois, 745 pages.

Concernant les mineurs, le rapport rappelle que dans les deux seuls pays au monde l’autorisant, la Belgique et les Pays-Bas, cette pratique demeure très rare. Il y a eu treize cas aux Pays-Bas en quinze ans et trois en Belgique depuis 2014.

Le rapport reconnaît qu’autoriser l’aide médicale à mourir aux mineurs malades « leur permettrait d’exercer un certain contrôle sur leur propre mort », mais qu’« une des conséquences involontaires possibles » serait que certains mineurs « se sentiraient poussés à la demander afin de mettre fin à la détresse financière ou émotionnelle que peut éprouver leur famille ». « On s’inquiète aussi qu’autoriser les mineurs matures à recevoir l’aide médicale à mourir normalise l’idée du suicide chez les jeunes. »

Protéger les mineurs

Le rapport souligne que les garde-fous pouvant être établis si l’aide à mourir est étendue aux mineurs ne sont pas nécessairement ceux qu’on pense.

Par exemple, établir un âge plancher en deçà duquel la procédure ne serait pas autorisée ne constitue pas une protection, notent les experts, parce qu’aucun âge ne garantit en soi la maturité de l’enfant. Quant au consentement parental (exigé en Belgique et aux Pays-Bas pour les 12 à 16 ans), le débat reste ouvert.

« D’autres soutiennent que le consentement parental ne représente pas une mesure de protection véritablement efficace, étant donné que certains parents, que l’instinct naturel porterait à vouloir sauver leur enfant à n’importe quel prix, sans égard aux circonstances, pourraient être incapables de consentir à la demander de ce dernier. »

En ce qui concerne les directives anticipées, le rapport mentionne qu’« il est peu probable qu’on atteigne un consensus à propos des situations ».

En effet, les demandes anticipées couvrent un large éventail de scénarios : il peut s’agir d’une personne perdant la capacité de consentir pendant les quelques jours séparant la demande d’aide à mourir et le passage à l’acte. Mais il peut aussi s’agir d’une personne demandant des mois, voire des années à l’avance d’être tuée si telle ou telle condition médicale survient.

Le rapport note que les premières situations sont plus faciles à trancher que les secondes. « Éliminer l’exigence du consentement exprès immédiatement avant que cette dernière soit accomplie crée la possibilité qu’une personne reçoive l’aide médicale à mourir contre sa volonté », peut-on lire.

Le rapport note en outre que les directives anticipées poseraient un dilemme éthique significatif pour les professionnels de la santé.

« Ils pourraient ressentir de la satisfaction et du soulagement à respecter le choix du patient », est-il écrit, mais « ils pourraient aussi avoir le sentiment que mettre délibérément fin à la vie de quelqu’un qui ne peut pas consentir à cet acte représente une énorme responsabilité ».

Enfin, la question de l’aide médicale à mourir dans les cas où le trouble mental est le seul problème médical invoqué semble avoir donné le plus de fil à retordre aux experts. « Les membres du groupe de travail ne s’entendent pas sur certaines questions fondamentales », est-il écrit. Les experts ne s’entendent pour dire s’il est possible ou non de faire la distinction entre les personnes qui ont pris « une décision autonome et mûrement réfléchie » de mourir et « celles dont le désir de mettre fin à leurs jours […] est pathologique et symptomatique de leur trouble mental ».

La ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, a reçu le rapport mercredi et entend en prendre connaissance pendant ses vacances de Noël. Elle ne se donne pas d’échéancier particulier pour répondre — ou pas — par les voies législatives à ce rapport.

Crise appréhendée dans les soins palliatifs

Québec — Si rien ne change, les grands malades ayant besoin de soins palliatifs pourraient être laissés à eux-mêmes, faute de médecins pour s’en occuper.

Des médecins oeuvrant dans le secteur des soins palliatifs ont lancé un cri du coeur, mercredi, estimant traverser une véritable crise aux conséquences inestimables.

En conférence de presse, ils ont demandé à la ministre de la Santé, Danielle McCann, d’intervenir de toute urgence pour éviter une rupture de services aux malades, souvent en fin de vie, figurant parmi les plus vulnérables du réseau.

« Est-ce que les soins palliatifs sont en fin de vie ? » s’est interrogé le chef du Service des soins palliatifs du CHU de Québec, le Dr Louis Roy. Le CHU regroupe les cinq hôpitaux de la capitale.

Selon lui, à Québec, faute de moyens et de personnel, on pourrait ne plus pouvoir répondre adéquatement à la demande dès janvier prochain.

La situation critique observée à Québec n’est d’ailleurs pas unique, car la crise s’étend à toutes les régions de la province, a déploré de son côté la présidente de la Société des médecins de soins palliatifs du Québec, la Dre Christiane Martel.

Lors d’une brève entrevue à La Presse canadienne, la ministre McCann ne s’est pas défilée, reconnaissant l’ampleur du problème et s’engageant à agir rapidement pour le régler.

Une rencontre est prévue prochainement, à ce sujet, avec le président de la Fédération des médecins omnipraticiens, le Dr Louis Godin, « qui a le pouvoir d’intervenir dans ces situations-là », pour pallier les pénuries de médecins dans un secteur ou une région.
La Presse canadienne