Un deuxième Canadien manque à l’appel en Chine

«Nous n’avons pas été en mesure de le contacter depuis qu’il nous a avertis de cette situation», a relaté la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, mercredi.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «Nous n’avons pas été en mesure de le contacter depuis qu’il nous a avertis de cette situation», a relaté la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, mercredi.

Alors que le gouvernement canadien tente toujours de joindre son ancien diplomate Michael Kovrig, arrêté par le régime chinois lundi, un second Canadien manque maintenant à l’appel. Ottawa a perdu la trace d’un homme qui venait d’alerter le Canada qu’il faisait l’objet d’un interrogatoire de la part des autorités chinoises.

Michael Spavor, fondateur d’un organisme à but non lucratif qui organise des voyages d’échange culturel en Corée du Nord, « est actuellement porté disparu en Chine », selon un communiqué d'Affaires mondiales Canada.

M. Spavor a contacté le ministère cette semaine, lui rapportant qu’il se faisait interroger à un aéroport du pays. « Nous n’avons pas été en mesure de communiquer avec lui depuis qu’il nous a avertis de cette situation, a relaté la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, mercredi. Nous travaillons très fort pour déterminer où il se trouve et nous avons soulevé le dossier avec les autorités chinoises. Nous sommes en contact avec sa famille », a rapporté la ministre.

L’homme était connu du service diplomatique de l’ambassade canadienne en Chine, ce qui porte à croire qu’il voyageait fréquemment au pays, possiblement pour y faire des affaires. Le gouvernement canadien n’a cependant pas voulu tracer de lien pour l’instant entre sa disparition possible et la détention de Michael Kovrig.

À ce sujet, la ministre Freeland s’est une fois de plus dite « profondément préoccupée » par l’arrestation de cet ex-diplomate qui est en congé sans solde du ministère des Affaires étrangères.

Plusieurs experts en matière de sécurité nationale et d’anciens ambassadeurs canadiens en Chine estiment que sa détention n’est rien de moins qu’une riposte à l’arrestation de Meng Wanzhou, la dirigeante financière du géant des télécommunications chinois Huawei. « Les autorités chinoises n’ont pas caractérisé la situation de M. Kovrig comme une réponse de représailles », a pris soin de noter la ministre Freeland, en conférence de presse.

Le gouvernement canadien ne sait cependant toujours pas ce qui lui est reproché. Les autorités chinoises n’ont pas précisé les accusations portées contre lui. Les fonctionnaires canadiens ne savent pas où il se trouve et n’ont pas réussi à lui parler.

Malgré ces deux cas diplomatiques, le Canada n’a pas haussé le niveau d’avertissement de risque pour les voyageurs canadiens, qui sont invités à faire preuve d’une grande prudence. Les diplomates en poste en Chine ont cependant été sommés de prendre davantage de précautions. Ottawa a en outre rappelé au régime chinois qu’il est responsable de la sécurité de son personnel diplomatique.

Sécurité nationale évoquée

Michael Kovrig a été arrêté à Pékin, lundi, par le Bureau de la sécurité d’État chinois. Le journal Beijing News rapportait mercredi, selon Reuters, qu’il serait soupçonné de « prendre part à des activités qui menacent la sécurité nationale de la Chine ». Une allégation qui est passible d’une peine d’emprisonnement à vie et qui laisserait entendre, selon des diplomates en Chine interrogés par Reuters, que Pékin envisage de l’accuser d’espionnage.

Ces mêmes accusations avaient été portées contre le Canadien Kevin Garratt, arrêté en Chine en 2014 peu après l’arrestation à Vancouver d’un autre Chinois, Su Bin, qui faisait aussi l’objet d’une demande d’extradition des États-Unis.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Lu Kang, a quant à lui déclaré que l’organisme international pour lequel travaille désormais M. Kovrig — l’International Crisis Group — n’est pas enregistré en Chine et que ses activités dans le pays sont donc illégales. L’ONG a rétorqué qu’elle ne faisait rien d’illégal, pas plus qu’elle ne menace la sécurité nationale chinoise.

Extradition politique ?

L’arrestation de Michael Kovrig a eu lieu dix jours après celle de Meng Wanzhou à Vancouver. Les États-Unis réclamaient son arrestation pour qu’elle réponde à des accusations de fraude liées à des contrats qui auraient violé les sanctions américaines décrétées contre l’Iran. Le régime chinois argue qu’il s’agit d’une accusation politique.

La ministre Freeland a pris soin, mercredi, de marteler que le Canada est un État de droit et que son système judiciaire est indépendant. « Il n’y a pas eu d’intervention politique », a-t-elle souligné.

Le président américain, Donald Trump, venait cependant de miner cette assurance avant même qu’elle ne soit soutenue par Ottawa en laissant entendre mardi qu’il pourrait révoquer l’ordre d’extradition contre Mme Meng si cela servait ses intérêts en matière de sécurité ou de commerce.

Le premier ministre Justin Trudeau a tenté de corriger le tir mercredi. « Quoi qui se passe dans d’autres pays, le Canada demeurera toujours un pays qui respecte la loi », a-t-il répliqué lorsqu’invité à réagir aux commentaires du président Trump.

Sa ministre Freeland s’est montrée plus directe. « C’est le devoir des parties qui présentent une demande d’extradition de s’assurer que cette demande vise à s’assurer que justice est faite, qu’elle vise à respecter l’État de droit. Et nos partenaires, avec lesquels nous partageons des traités d’extradition, ne devraient pas chercher à politiser ce processus ou à s’en servir à d’autres fins que celle de la quête de justice et du respect de l’État de droit. »

Mme Meng a été libérée sous caution, mardi. Les États-Unis ont maintenant 50 jours pour présenter une demande d’extradition, après quoi le ministère de la Justice aura un mois pour décider s’il entame le processus officiel pour ce faire. Si les tribunaux statuent que Mme Meng devrait être renvoyée aux États-Unis, la ministre de la Justice du Canada devra décider si elle l’accepte.

Avec La Presse canadienne