Pacte sur les migrations: le ministre Hussen riposte

Le ministre canadien de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Le ministre canadien de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen

Le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen, accuse ses adversaires politiques de s’adonner à une « course vers le bas » lorsqu’ils s’attaquent au pacte onusien sur les migrations. Selon lui, le Parti conservateur propage des faussetés seulement pour bloquer la popularité croissante du nouveau parti de Maxime Bernier.

« C’est très, très inquiétant de voir le chef de l’opposition officielle perpétuer de mauvaises informations au sujet de cette entente non-contraignante. Le Parti conservateur semble engagé dans une course vers le bas contre le Parti populaire du Canada pour voir qui peut le plus faire peur aux Canadiens », a déclaré M. Hussen alors qu’il se trouvait à Marrakech où le Pacte pour des migrations sûres, ordonnées et régulières a été endossé par plus de 150 pays lundi.

M. Hussen reproche au chef Andrew Scheer de « préférer colporter la peur. C’est très dommage, mais nous irons de l’avant. Cette entente ne menace pas la liberté des médias, elle ne crée pas de nouveaux droits pour les migrants, elle demande seulement de traiter les migrants comme les êtres humains qu’ils sont. » À son avis, la collaboration à laquelle les pays de la planète sont conviés avec ce Pacte sera bénéfique pour le Canada. « En travaillant avec les pays source ou de transit, cela permettra au Canada de gérer certains défis liés aux migrations irrégulières beaucoup plus en amont, de sorte que ces gens n’entreprennent pas ces périples si dangereux. »

Endossé à ses débuts en 2016 par tous les pays de la planète à l’exception des États-Unis, le Pacte perd de plus en plus d’appuis. En Belgique, il a fait éclater la coalition gouvernementale. L’Autriche s’en est dissociée sous l’impulsion du parti d’extrême-droite Freedom Party faisant partie de la coalition au pouvoir. L’Australie a aussi pris ses distances à cause du passage du Pacte disant que l’incarcération des migrants doit être une solution de « dernier ressort ». Or, le pays des kangourous incarcère les migrants irréguliers dans des îles éloignées. L’Italie et la Suisse ont décidé de ne pas se prononcer avant que leur Parlement ne débatte de la question. La Hongrie, la Pologne, la République tchèque, la Bulgarie, la Lettonie, le Brésil et Israël se sont aussi retirés.

Plusieurs critiques du Pacte craignent que celui-ci n’entame la souveraineté des États dans l’élaboration de leurs politiques migratoires. D’autres, comme Maxime Bernier, estiment que le Pacte crée une sorte de droit à la migration pour les gens vivant dans des pays pauvres. Il s’agit là, selon le ministre Hussen, de deux « mythes » qu’il veut dissiper. Il estime que le Canada a déjà les meilleures politiques migratoires au monde et que c’est lui qui inspirera les autres pays et non l’inverse.

Le Pacte a aussi fait sourciller à cause d’un passage où il est question de « sensibiliser les professionnels des médias aux questions de migration » et de « cesser d’allouer des fonds publics » aux médias « qui propagent systématiquement l’intolérance, la xénophobie, le racisme et les autres formes de discrimination envers les migrants ». À ce sujet, le ministre rappelle que le Code criminel interdit déjà le discours haineux au Canada et que dans de tels cas, la liberté de la presse ne s’applique pas. Encore là, il estime que ce passage s’appliquera peut-être à d’autres pays où le professionnalisme de la presse est moins aigu qu’au Canada.