Ottawa n'en fait pas assez au goût de Québec

Si le gouvernement Martin pensait que ses modifications au régime d'assurance-emploi allaient lui permettre de marquer des points au Québec en vue de l'imminente campagne électorale, il a eu tout faux. Le gouvernement Charest, l'opposition péquiste et les grandes centrales syndicales jugent largement insuffisantes les nouvelles mesures annoncées par Ottawa hier.

«Il s'agit d'un premier pas très, très timide. Je dirais qu'on est déçu par plusieurs des mesures. Il est bien clair que ce n'est pas assez et qu'il faut aller plus loin», a affirmé le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, en conférence de presse hier.

Le ministre a souligné que les modifications ne tiennent pas compte des réalités des régions du Québec. En outre, des travailleurs saisonniers profiteront d'une augmentation du nombre de semaines de prestations d'assurance-emploi, mais à la condition qu'ils travaillent sur une plus longue période de temps. «Il y a plusieurs régions où, malheureusement, il n'y a pas de possibilité de travailler plus longtemps dans un même domaine. Il y a des emplois disponibles, mais ce n'est pas toujours possible et évident», a-t-il expliqué.

Claude Béchard déplore également que les mesures de transition de l'assurance-emploi

— qui permettent aux travailleurs de la Côte-Nord et du Bas-Saint-Laurent, là où le chômage saisonnier est élevé, d'accumuler moins d'heures de travail afin d'avoir droit aux prestations — ne soient prolongées que pour une période d'un an. Québec réclame plutôt des mesures «permanentes» et «structurantes». «On est aujourd'hui encore avec des projets-pilotes, encore avec un report d'un an et avec des mesures qui sont loin de stabiliser les régions. L'hiver va être tout aussi long que l'année passée pour les travailleurs saisonniers», a dit M. Béchard.

S'il refuse d'assimiler les modifications apportées par Ottawa à une stratégie électoraliste, Claude Béchard a cependant assuré qu'il allait exprimer ses revendications «avant, pendant, puis après les élections». «Je ne lâcherai pas le morceau. L'échéance électorale du gouvernement fédéral, ça ne me préoccupe pas. Moi, je veux modifier la Loi sur l'assurance-emploi parce qu'elle est injuste pour nos travailleurs saisonniers», a dit le ministre, dont le tout premier geste à son arrivée au pouvoir, il y a un peu plus d'un an, a été d'interpeller le gouvernement fédéral dans ce dossier.

Le gouvernement Charest critique aussi Ottawa pour ne pas avoir versé les 200 millions de dollars supplémentaires qu'il réclame depuis des mois, comme le gouvernement péquiste avant lui, pour le Fonds de développement de la main-d'oeuvre. «Il ne faut pas oublier qu'il y a 45 milliards de surplus dans la caisse d'assurance-emploi», a-t-il noté.

Le critique péquiste en matière d'emploi, Camil Bouchard, estime qu'Ottawa n'offre aux travailleurs québécois que des miettes — 250 millions de dollars sur deux ans destinés à l'ensemble des provinces — après avoir accumulé des surplus faramineux. «C'est un bel exemple de cynisme du gouvernement fédéral qui retourne l'argent de son pillage quand il veut, selon les modalités de son choix, au moment jugé le plus opportun pour lui, juste avant les élections», a-t-il dit.

Le président de la FTQ, Henri Massé, accuse les libéraux fédéraux de distribuer des «bonbons électoraux sans aucune saveur». Il entend faire de l'assurance-emploi un enjeu majeur des prochaines élections fédérales. La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, estime pour sa part que le gouvernement Martin n'apporte que des changements «cosmétiques» au régime actuel. Les grandes centrales réclament une réforme en profondeur de la Loi sur l'assurance-emploi.