Assurance-emploi: les libéraux jettent du lest avant les élections

Les libéraux comptent marquer des points dans l’est du pays en améliorant les conditions des chômeurs saisonniers.
Photo: Jacques Nadeau Les libéraux comptent marquer des points dans l’est du pays en améliorant les conditions des chômeurs saisonniers.

Ottawa — Dans l'espoir de regagner la faveur des électeurs de l'Est du Québec et des Maritimes à la veille d'un scrutin, le gouvernement Martin a annoncé hier de timides améliorations à l'assurance-emploi.

Mais à gauche comme à droite, l'annonce a été fort mal reçue.

Il reste qu'avec ces changements, les travailleurs saisonniers pourront recevoir jusqu'à cinq semaines de prestations de plus, s'ils résident dans une région où le taux de chômage dépasse 10 %. Il faudra compter quelques semaines avant que les modifications ne soient mises en place, mais elles seront rétroactives au 11 mai. De 100 000 à 120 000 prestataires pourront ainsi bénéficier de versements additionnels pouvant atteindre 1000 $ par demande.

Ottawa prolongera aussi d'un an les mesures transitoires qui existent depuis 2000 dans les régions du Bas-Saint-Laurent, de la Côte-Nord (au Québec) et de Madawaska-Charlotte (Nouveau-Brunswick). En vertu de ce régime spécial, les travailleurs de ces régions ont besoin d'accumuler moins d'heures pour avoir droit à l'assurance-emploi, tout en touchant des prestations plus longtemps.

Au cours des deux prochaines années, ces changements coûteront de 230 à 270 millions au gouvernement. Le Bloc québécois n'a pas manqué de relever que cette somme ne représente qu'une infime fraction du surplus de 43,8 milliards accumulé dans la caisse d'assurance-emploi.

Le ministre des Ressources humaines, Joe Volpe, s'est défendu de faire preuve de cynisme en faisant cette annonce à quelques jours du déclenchement attendu de la campagne électorale.

«Devrais-je être préoccupé par le ''timing'' et le cynisme, ou devrais-je plutôt m'occuper à combler des besoins?» a-t-il demandé.

Le député libéral Georges Farrah, qui siège à un comité libéral chargé de trouver des solutions aux «effets pervers» du régime d'assurance-emploi, a été plus direct.

«Si c'est le ''timing électoral'' qui a fait en sorte qu'on puisse régler une partie de la situation, alors bravo, on aide des gens qui sont en difficulté», a-t-il lancé.

Déception

Quoi qu'il en soit, les représentants des chômeurs se sont montrés fort déçus de l'annonce fédérale.

«Ils nous ont entendus, mais ils ne nous ont pas écoutés», a dénoncé Danie Harvey, coordonnatrice du Comité des Sans-Chemise de Charlevoix.

«Ce qui est dangereux avec ça [les modifications], c'est que ça permet au gouvernement libéral d'avoir un mandat de quatre ans et après ça, de se foutre de notre gueule encore une fois, a-t-elle déploré. Les mesures transitoires, ça fait deux fois qu'on les prolonge. Pendant ce temps-là, ils [les libéraux] gagnent du temps.»

Mme Harvey a reconnu que l'ajout de cinq semaines de prestations était une bonne nouvelle en soi, mais elle s'empresse d'ajouter que ce changement ne comblera pas complètement le «trou noir» [période sans revenu entre l'arrêt des prestations et la reprise du travail] de tous les travailleurs saisonniers.

Certains d'entre eux ne travaillent qu'une dizaine de semaines par année et touchent de l'assurance-emploi pendant une vingtaine de semaines, de sorte qu'ils se retrouvent avec un «trou noir» d'une dizaine de semaines.

«Ça ne comble pas le trou noir, ça fait juste l'alléger», a lancé Danie Harvey.

«Rien n'est proposé au sujet des vraies lacunes de l'assurance-emploi, comme les critères d'admissibilité et le taux des prestations hebdomadaires», a renchéri le député néo-démocrate Yvon Godin.

Face à ces protestations, le député Farrah a admis qu'il n'avait «pas pu tout avoir».

«Il y en a qui disent: ''ça nous en prendrait encore plus'', mais je pense que c'est un pas dans la bonne direction, s'est-il défendu. C'est une mesure concrète.»

M. Farrah a aussi évoqué les tensions qui existent au sein des ministres de Paul Martin sur la question.

«Il y en a qui pensent qu'il y a beaucoup trop d'argent qui est dépensé dans l'assurance-emploi, a-t-il expliqué. Il y des guerres intestines qui sont quand même très importantes.»

La Chambre de commerce du Canada n'a d'ailleurs pas tardé à publier un communiqué dénonçant les changements. «En prolongeant la période de prestations, le gouvernement freine l'acquisition de compétences poussées et empêche la restructuration de certaines régions et industries», a soutenu la présidente de l'organisme, Nancy Hughes Anthony.