Harper veut créer une assurance-médicaments pour tout le Canada

L'avenir du système de santé sera au coeur des prochaines élections fédérales, et tous les partis cherchent à imposer leur vision. Aux libéraux fédéraux qui se présentent comme les meilleurs protecteurs du système, le chef conservateur Stephen Harper a répondu hier avec une proposition de son cru qui inclut la création d'un système canadien d'assurance-médicaments.

Ottawa — Un gouvernement conservateur offrirait aux provinces non seulement un financement stable pour la santé, mais aussi un allégement de leur fardeau en prenant la responsabilité de l'assurance-médicaments dans tout le pays, a indiqué le chef conservateur Stephen Harper lors d'un discours à Toronto hier.

«Je proposerai une solution de rechange aux pressions croissantes que subissent les provinces en matière de santé. Je proposerai un rôle accru du gouvernement fédéral dans le cadre de l'assurance-médicaments. Plus précisément, je proposerai que le gouvernement fédéral soit directement responsable du nouveau plan d'assurance-médicaments national qui a été promis [en 2003]», a-t-il dit, en évoquant ce qu'il ferait, s'il était élu, lors de la conférence des premiers ministres sur la santé prévue pour cet été.

«L'augmentation du coût des médicaments est l'une des dépenses les plus importantes du système de santé. Le gouvernement fédéral exerce déjà une juridiction importante sur les produits pharmaceutiques», a-t-il poursuivi pour justifier sa position.

Le ministre fédéral de la Santé, Pierre Pettigrew, a réagi positivement, mais a mis en doute la capacité des conservateurs de réaliser leur promesse. «Ils vont dans la bonne direction. [...] Mais comment [M. Harper] peut-il faire coïncider ça avec le reste de son programme?» a-t-il demandé, avant d'affirmer que le PC promettait des taux d'imposition aussi bas qu'aux États-Unis, une élimination de la dette et un réinvestissement dans la défense.

Entouré de ses candidats torontois, M. Harper tenait, lui, à répliquer aux libéraux qui tentent, à la veille des élections, de le présenter comme une menace pour le système de santé public.

«[Le premier ministre] Martin a décidé de mener une campagne de peur sur mes politiques sur la santé, mais ma position est claire. Je soutiens pleinement notre système de santé public universel. Je crois que tous les Canadiens devraient avoir un accès opportun à des soins de qualité, peu importe leur capacité de payer», a-t-il dit.

M. Harper s'est servi de l'Accord sur la santé conclu entre Ottawa et les provinces en janvier 2003 pour illustrer ce qui le différencie de M. Martin. Le chef conservateur dit appuyer l'entente sans réserve et vouloir en assurer la mise en oeuvre, mais soutient que le chef libéral offre un soutien tiède, préférant promouvoir «un nouvel accord de dix ans que personne n'a vu et qu'aucune province n'a accepté».

Il y avait quand même quelques similitudes entre les préoccupations des deux hommes. Ainsi, comme M. Martin, Stephen Harper dit vouloir s'attaquer à ce qu'il considère comme le premier défi du système de santé, l'accessibilité, et déplore à son tour la longueur des listes d'attente et des délais de consultation auprès d'un spécialiste.

Contrairement à Paul Martin, il estime que la gestion du système n'est pas le véritable enjeu. «Peu importe qui fournit les soins de santé, ce qui compte, c'est qui peut y avoir accès», a-t-il dit, ce qui équivaut à dire qu'il est ouvert à des fournisseurs privés comme publics pour autant que l'accès soit universel.

À son avis, l'accord de 2003 offre des pistes de solutions, qu'il s'agisse du financement ou des réformes envisagées. Il veut donc collaborer avec les provinces pour les mettre en application, tenir les gouvernements responsables de leurs promesses et prévoir des investissements à long terme pour aider les provinces.

Mais M. Harper rejoint à nouveau Paul Martin lorsqu'il parle de «prévoir des mesures de la performance et [d']assurer que l'argent sert à améliorer les résultats pour les patients». Même chose quand il dit qu'il faut un «financement adéquat, prévisible et croissant» assorti d'une «responsabilisation quant à la façon dont ces fonds sont dépensés». Mais il précise, lui, vouloir le faire dans le cadre de l'Accord de 2003 auquel les provinces ont souscrit.

Les libéraux comptent faire de l'avenir du système de santé un enjeu central de la campagne électorale et veulent s'imposer comme les seuls capables de le préserver. Ils s'engagent à tenir une conférence des premiers ministres, cet été, dont le but sera d'assurer la viabilité financière à long terme du système tout en jetant les bases d'un plan de réformes sur 10 ans. Ils s'opposent à une expansion du recours à des fournisseurs privés par les systèmes provinciaux publics.