Les jeunes Canadiens appelés à faire rayonner la démocratie dans le monde

Le premier ministre Paul Martin a esquissé hier les contours de «Corps Canada», un programme destiné à aider les pays en crise à rebâtir leurs institutions démocratiques. Du même coup, il a annoncé son intention de travailler à la création d'un G-20 des chefs d'État.

Par l'entremise de Corps Canada, le premier ministre souhaite aider des «pays vulnérables», tels qu'Haïti ou l'Afghanistan, à «créer et gérer leurs propres institutions publiques et privées». Le nouvel organisme, dont M. Martin avait déjà fait mention dans le Discours du Trône, sera coprésidé par l'astronaute Julie Payette et l'ancien sous-ministre aux Affaires étrangères Gordon Smith.

«C'est un leurre de croire qu'une intervention militaire, si indispensable soit-elle, puisse suffire à rétablir à long terme la sécurité dans un pays. Sans institutions publiques solides [...], la stabilisation par des forces de maintien de la paix ne peut qu'être éphémère», a déclaré hier le premier ministre lors d'une conférence organisée par le Conseil des relations internationales de Montréal.

Corps Canada fera appel à des experts et des jeunes en début de carrière formés par exemple en droit ou en gestion. «Nous donnerons à de jeunes Canadiens la possibilité d'aider leurs prochains et de connaître le monde avant de se lancer dans leur vie professionnelle», a fait valoir M. Martin, qui n'a pas précisé les montants dévolus au projet.

Un G-20 des chefs d'État

Alors qu'il était ministre des Finances, Paul Martin s'était fait un ardent promoteur du G20 qui regroupe depuis 1999 les ministres des Finances des pays industrialisés et ceux de pays en émergence. Il poursuit dans la même veine en avançant l'idée d'un G20 des chefs d'État. Une proposition pour laquelle le président américain Georges W. Bush a manifesté un «intérêt sincère», lors de sa récente rencontre avec le premier ministre canadien.

Selon le premier ministre, les institutions internationales créées il y a 30 à 50 ans, «ne sont pas encore suffisamment adaptées pour relever ces nouveaux défis [posés par la mondialisation].» Ce forum permettrait aux chefs d'État, selon M. Martin, d'aborder «dans le cadre le plus informel possible», des sujets tels que le VIH/sida, la lutte contre le terrorisme ou l'accroissement des écarts entre riches et pauvres.

Réagissant au discours de premier ministre, la porte-parole du Bloc québécois sur les questions internationales a déploré le mutisme du premier ministre sur le sujet à la Chambre des communes: «On aimerait bien qu'il parle à Ottawa parfois de la politique étrangère et qu'il réponde aux questions», a déclaré Francine Lalonde. Le Bloc craint que le G20 des chefs d'État ne soit «une façon de passer à côté des Nations unies et du multilatéralisme qui repose sur le droit».

100 millions pour lutter contre le sida

Le premier ministre a aussi profité de son discours pour annoncer l'investissement de 100 millions dans un programme de l'Organisation mondiale de la santé qui vise à fournir des traitements antirétroviraux à trois millions de sidéens d'ici à 2005, communément appelé «3 en 5».

«Cette contribution fait de nous le plus important donateur pour ce programme», a noté le premier ministre, mentionnant au passage l'adoption prévue cette semaine d'une loi permettant la production de médicaments contre le sida à faible coût pour l'Afrique. Cette contribution s'ajoute aux 100 millions versés depuis quatre ans au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

«L'objectif du programme 3 en 5 est de construire la capacité des pays de recevoir l'aide qu'on leur donne par l'entremise du fonds global», a précisé la ministre responsable de la Coopération internationale, Aileen Carroll.