Marché médicinal: les patients dénoncent à leur tour la pénurie de cannabis

Clayton Goodwin et d’autres patients étaient au Parlement pour sommer le fédéral de forcer la main des producteurs autorisés par Santé Canada, afin qu’ils garantissent l’approvisionnement des clients médicaux.
Photo: Jack Guez Agence France-Presse Clayton Goodwin et d’autres patients étaient au Parlement pour sommer le fédéral de forcer la main des producteurs autorisés par Santé Canada, afin qu’ils garantissent l’approvisionnement des clients médicaux.

La pénurie de cannabis au pays affecte aussi les consommateurs de cannabis médicinal. À bout de patience, ils somment Ottawa d’intervenir pour forcer les producteurs de marijuana à prioriser leurs commandes plutôt que celles du marché récréatif.

Clayton Goodwin, un ancien combattant devenu militant pour l’accès au cannabis, se heurte lui aussi à des ruptures de stock chez son producteur. Med Releaf n’a plus de l’huile de CBD, qu’il consomme pour soigner son stress et ses douleurs.

« Il faut une priorisation des patients. Il faut deux systèmes séparés », a-t-il martelé en point de presse. La légalisation du cannabis récréatif s’est avérée un échec, selon lui, car le marché médicinal en a payé les frais. « Quand vous ratez quelque chose au départ, vous le corrigez. Vous protégez les plus vulnérables », a-t-il lancé à l’endroit du gouvernement. Une critique reprise par d’autres consommateurs de cannabis médical récemment.

Les gens qui ont une prescription médicale, c’est quand même leur choix d’aller choisir le cannabis et de l’acheter du producteur de leur choix

M. Goodwin et d’autres patients étaient au Parlement pour sommer le fédéral de forcer la main des producteurs autorisés par Santé Canada, afin qu’ils garantissent l’approvisionnement des clients médicaux.

La ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, a cependant aussitôt rejeté l’idée. « Nous reconnaissons qu’il y a certains produits où l’inventaire est moins élevé. Mais grosso modo, tout autour du Canada, nous voyons quand même une disponibilité des produits de cannabis », a-t-elle fait valoir. « Les gens qui ont une prescription médicale, c’est quand même leur choix d’aller choisir le cannabis et de l’acheter du producteur de leur choix. »

M. Goodwin rétorque que, pour changer de producteur ou de souche de cannabis, il faut retourner consulter son médecin — ce qui entraîne des délais. Et les produits ne sont pas automatiquement équivalents.

Aurora, qui a racheté Med Releaf cet été, a assuré que ses ruptures de stock étaient temporaires et qu’elle s’efforçait de répondre aux marchés médical et récréatif à la fois. « Notre priorité demeure les patients », a plaidé Heather MacGregor.

Allan Rewak, du Conseil du cannabis canadien, qui rassemble les gros joueurs de l’industrie, assure que les producteurs travaillent d’arrache-pied pour remplir leurs stocks. Mais il argue que ces pénuries ne sont propres qu’à certaines compagnies.