Caroline Mulroney n’ira pas s’expliquer à Ottawa

La ministre responsable des Affaires francophones de l'Ontario, Caroline Mulroney
Photo: Chris Young Archives La Presse canadienne La ministre responsable des Affaires francophones de l'Ontario, Caroline Mulroney

Le gouvernement ontarien ne révisera pas sa décision de faire disparaître le commissariat aux services en français et d’annuler la création d’une université française à Toronto. Et il n’entend pas non plus s’expliquer devant une instance fédérale.

Un comité parlementaire à Ottawa a tenté d’effacer les lignes partisanes dans ce dossier, adoptant mardi à l’unanimité une motion pour inviter la ministre ontarienne Caroline Mulroney à venir justifier ce que plusieurs considèrent comme une gifle aux Franco-Ontariens.

Les députés fédéraux voulaient discuter « de la vitalité des communautés francophones de l’Ontario à la lumière des récentes décisions [...] lors d’une réunion publique, télévisée, d’une durée de deux heures », stipulait la motion.

Aussitôt arrivée, l’invitation a été déclinée. Au cours d’une conférence de presse à Toronto, debout aux côtés de son premier ministre Doug Ford, la ministre Caroline Mulroney a plaidé qu’elle n’avait pas à s’expliquer ailleurs que dans son arène provinciale.

« Les raisons pour les politiques que nous avons annoncées sont connues. Et je suis prête à en discuter de plus en plus avec les gens ici à Toronto et à travers l’Ontario. Mais je vais rester ici à Queen’s Park », a-t-elle tranché.

Du côté d’Ottawa, la ministre responsable du dossier des langues officielles, Mélanie Joly, attendait toujours impatiemment de s’entretenir avec sa vis-à-vis. Le bureau de Caroline Mulroney a proposé une rencontre vendredi, trop tard au goût de son interlocutrice fédérale.

À son arrivée à son bureau mardi matin, Justin Trudeau a quant à lui de nouveau critiqué la décision du gouvernement Ford. Il s’est dit « très préoccupé » et souligné qu’il était « important qu’il sache que les gens à travers le pays sont préoccupés ».

Le premier ministre n’a pas voulu dire, cependant, s’il entend exprimer cette préoccupation directement à Doug Ford, dont la fronde contre les francophones de l’Ontario a alimenté les querelles partisanes entre libéraux et conservateurs à la Chambre des communes.

La période des questions de lundi a donné lieu à des échanges acrimonieux entre les deux camps. La ministre Joly, en particulier, a tiré à boulets rouges sur le chef Andrew Scheer, l’accusant de se subordonner à la volonté de « son patron Doug Ford, en Ontario ».

De l’argent pour contester

Les libéraux semblent vouloir battre le fer pendant qu’il est chaud : ils ont finalement dévoilé mardi après-midi l’identité des experts du programme de contestation judiciaire, un programme dont ils avaient annoncé le rétablissement il y a près de deux ans, en février 2017.

Deux comités composés de 14 membres à temps partiel ont été mis sur pied ; l’un sera responsable des droits en matière de langues officielles, l’autre, des droits de la personne. Ils évalueront les demandes de financement de causes types et accorderont les appuis financiers.

Des 5 millions de dollars qui seront investis annuellement dans le programme, au moins 1,5 million sera alloué à la clarification des droits en matière de langues officielles, selon ce qu’a précisé le gouvernement libéral mardi.

« Le respect et le plein exercice des droits linguistiques, incluant les droits à l’instruction des communautés de langue officielle en situation minoritaire, sont d’une importance cruciale pour notre gouvernement », a déclaré la ministre Joly dans un communiqué.

Le programme de contestation judiciaire était passé à la trappe sous le précédent gouvernement conservateur. Il permet à des individus ou des groupes de toucher un appui financier pour défendre leurs droits en matière de langues officielles devant les tribunaux.

Il avait été fort utile aux Franco-Ontariens dans leur bataille judiciaire contre la décision du gouvernement progressiste-conservateur de Mike Harris de fermer l’hôpital Montfort, le seul hôpital universitaire francophone de l’Ontario.


Les membres du comité d’experts sur les droits en matière de langues officielles

  • Emmanuelle Richez, professeure adjointe de sciences politiques à l'Université de Windsor;
  • James Shea, président de la commission scolaire Western Québec School Board;
  • Thomas Maillet, avocat en pratique privée;
  • Marie-Claude Rioux, directrice générale de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse;
  • Johane Tremblay, avocate générale et directrice des Affaires juridiques à la retraite du Commissariat aux langues officielles;
  • Gilles LeVasseur, avocat et professeur de gestion et de droit à l’Université d’Ottawa;
  • André Poulin-Denis, avocat au sein du cabinet Gowling WLG.