Repousser les limites de la science

Sandra Mathieu Collaboration spéciale
Le chercheur Pierre Thibault s’est penché sur les nombreuses énigmes que recèlent les cellules humaines et cancéreuses.
Photo: Jaron Nix Unsplash Le chercheur Pierre Thibault s’est penché sur les nombreuses énigmes que recèlent les cellules humaines et cancéreuses.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

S’il n’avait pas opté pour les sciences, on trouverait peut-être Pierre Thibault dans une salle de presse. « J’aurais aimé être journaliste parce que je suis curieux de nature, et c’est également un domaine qui fait appel à l’imagination et qui permet d’aller au fond des choses et de résoudre des énigmes », raconte-t-il. C’est parce que le chercheur s’est plutôt penché sur les nombreuses énigmes que recèlent les cellules humaines et cancéreuses qu’il reçoit le prix Acfas Urgel-Archambault 2018 pour les sciences physiques, mathématiques, informatique et génie.

« Je consacre ma vie à développer des outils de détection et de caractérisation pour mieux comprendre ce qui se passe à l’intérieur des cellules, explique le lauréat, reconnu comme une autorité dans son domaine. L’objectif est d’identifier des cibles thérapeutiques pour contrer certaines activités aberrantes des cellules cancéreuses et, ainsi, faciliter le développement de la médecine personnalisée et de l’immunothérapie. »

Membre fondateur de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC), Pierre Thibault dirige l’unité de recherche en protéomique, la science qui étudie les protéomes, c’est-à-dire l’ensemble des protéines d’une cellule, d’un organite, d’un tissu, d’un organe ou d’un organisme. Il y a entre autres mis en place un programme de recherche sur les mécanismes moléculaires régulant la fonction des protéines impliquées dans l’immunité et le cancer.

L’importance de la multidisciplinarité

Travaillant toujours dans des environnements de recherche multidisciplinaires, M. Thibault se dit fier que ses recherches aient pu trouver des applications dans la sphère biomédicale. « J’ai eu la chance de collaborer avec des chercheurs hors pair avec lesquels j’ai travaillé en synergie », confie M. Thibault, qui est également professeur titulaire au Département de chimie de l’Université de Montréal.

Le scientifique insiste sur l’importance de cette multidisciplinarité en science. « Il faut élargir ses horizons, car chaque domaine a beaucoup à apprendre à l’autre et de l’autre, affirme-t-il, adressant particulièrement ce conseil aux chercheurs de la relève. En sortant de notre zone de confort et en apprivoisant le langage de l’autre, on confronte nos idées et on fait avancer la science. »

 

Médecine personnalisée

Les développements technologiques accélérés des dernières années et les progrès significatifs observés dans tous les domaines permettent à M. Thibault d’être optimiste pour la suite des choses. Il fait confiance aux générations futures pour reprendre le flambeau.

Son plus grand rêve ? « Depuis l’aube de l’humanité, l’âge moyen a grimpé en flèche et, grâce aux progrès du dernier siècle, l’espérance de vie est passée de 45 à 75 ans, souligne-t-il. Mon ultime souhait, c’est que l’on soit en mesure de soigner d’innombrables maladies à partir d’une médecine personnalisée, c’est-à-dire offrir un traitement en fonction des besoins de chaque patient, une approche précieuse dans le domaine de l’immunothérapie anticancéreuse. Nous y sommes presque et il faut se donner les moyens ! La clé est assurément la recherche multidisciplinaire. »