Le Québec, paradis du «pot» bon marché

La SQDC se serait appuyée sur les coûts québécois du cannabis illégal, recensés par Statistique Canada, pour établir ses prix.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La SQDC se serait appuyée sur les coûts québécois du cannabis illégal, recensés par Statistique Canada, pour établir ses prix.

Il semble qu’en matière de cannabis, les Québécois ont un bon dealer en la Société québécoise du cannabis (SQDC). Les fleurs séchées y sont vendues à des prix bien inférieurs à ceux affichés en Ontario et au Nouveau-Brunswick, les deux provinces voisines.

Une recension effectuée par Le Devoir permet de constater que, pour des produits identiques, l’Ontario exige des prix jusqu’à 40 % plus élevés et le Nouveau-Brunswick, jusqu’à 52 %.

Par exemple, le Pink Kush de San Rafael ’71, une variété d’Indica au taux de THC d’environ 20 % dont on dit qu’elle génère des arômes sucrés et citronnés avec des notes de pin, est offert à 28,70 $ pour un contenant de 3,5 grammes. Le même produit est vendu à 40,30 $ sur le site de l’Ontario Cannabis Store(OCS).

La différence de prix est exactement la même (+40 %) pour la boîte de 3,5 grammes de Delahaze, une variété du même producteur offrant elle aussi un niveau élevé de THC, tandis qu’elle est de 31 % pour le Tangerine Dream, toujours de San Rafael ’71. Le Cabaret d’Alta Vie, d’intensité moyenne et aux arômes floraux, se vend 34,50 $ pour 3,5 grammes au Québec contre 46,10 $ en Ontario (+34 %).

Au total, Le Devoir a recensé 11 produits de six producteurs distincts étant offerts à la fois par la SQDC et l’OCS dans des formats identiques, et dans tous les cas le prix québécois était bien inférieur au prix ontarien. La plus petite différence était celle séparant le contenant d’un gramme de Banana Split, un produit d’Aurora : il se vendait 11,30 $ au Québec contre 12,55 $ en Ontario (+11 %).

Prix de gros

Le Québec est aussi plus généreux lorsqu’il fait des prix de gros.

Ainsi, le contenant de 3,5 grammes de Houndstooth, produit par Tweed, est offert presque au même prix à la SQDC et à l’OCS, pour un prix de revient d’environ 10 $ le gramme. Mais en emballage de 15 grammes, le prix de revient du gramme plonge à 8,33 $ au Québec alors qu’il stagne à 9,53 $ en Ontario.

Seuls deux produits sont offerts à la fois au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick, et ils sont encore plus chers à l’est. Le Houndstooth de Tweed, justement, se vend à 159,99 $ les 15 grammes sur le site de Cannabis NB, pour un prix de revient de 10,67 $ le gramme.

On recherche le juste prix, c’est-à-dire assez bas pour qu’il soit attractif pour les clients du marché noir, mais pas trop bas non plus pour banaliser le produit

Pour sa part, le sachet de 3,5 grammes d’Harmoniser, de Solei, est vendu à 24,30 $ au Québec, à 31,70 $ en Ontario et à 36,99 $ au Nouveau-Brunswick (+52 %). Radio-Canada avait d’ailleurs conclu dans un récent reportage que le Nouveau-Brunswick pratiquait les prix les plus élevés au Canada.

Le porte-parole de la SQDC, Mathieu Gaudreault, explique que ces bas prix traduisent la volonté du gouvernement du Québec « que la SQDC ne soit pas un organisme commercial, c’est-à-dire qu’elle n’ait pas d’objectif de dividendes à retourner » au fonds consolidé du Québec.

« On recherche le juste prix, c’est-à-dire assez bas pour qu’il soit attractif pour les clients du marché noir, mais pas trop bas non plus pour banaliser le produit. »

La SQDC, dit-il, s’est appuyée sur les données de Statistique Canada pour établir ses prix, données qui démontraient que c’est au Québec que le gramme de pot illégal y était le moins cher au pays.

Ni l’OCS ni les producteurs n’ont répondu aux demandes d’explications du Devoir. À la différence de l’OCS, la SQDC facture un montant fixe de 5 $ plus taxes pour chaque livraison. Ce montant peut faire augmenter le prix du gramme de manière plus ou moins importante selon que le consommateur achète un seul gramme à la fois ou 30 d’un coup, le maximum permis. Cannabis NB facture 7 $, taxes comprises, pour chaque commande passée en ligne.

Les Ontariens ou les Néo-Brunswickois qui voudraient se prévaloir des prix d’amis québécois devraient toutefois voyager, car la SQDC ne livre ses produits qu’aux adresses situées en sol québécois. C’est d’ailleurs le cas de tous les sites provinciaux d’achat en ligne.

En Ontario, le site d’OCS est la seule source de cannabis légal, car le nouveau gouvernement de Doug Ford a rejeté le modèle de boutiques étatiques qu’avait échafaudé le précédent gouvernement libéral.

Les points de vente du secteur privé pourront ouvrir au printemps prochain, lorsque la réglementation nécessaire sera terminée.