Affaire Khashoggi: le Canada a entendu l’enregistrement audio

Le consulat saoudien, à Istanbul
Photo: Petros Giannakouris Associated Press Le consulat saoudien, à Istanbul

L’enregistrement sonore du meurtre puis du dépeçage du journaliste Jamal Khashoggi à l’intérieur du consulat saoudien à Istanbul existe bel et bien, et des représentants canadiens ont pu l’écouter. Mais cela n’influe toutefois pas sur la position du Canada, qui n’envisage toujours pas d’imposer des sanctions à l’Arabie saoudite.

Alors qu’il était de passage à Paris lundi, le premier ministre Justin Trudeau a confirmé que des représentants canadiens avaient pu écouter la bande qu’ont en leur possession les autorités turques. M. Trudeau n’a pas lui-même entendu l’enregistrement.

« Les agences de renseignement du Canada ont travaillé très étroitement avec les services de renseignement turcs sur cette question, a ajouté M. Trudeau. Le Canada a été pleinement informé de ce que la Turquie avait à partager. »

La rumeur de l’existence d’un tel enregistrement circulait depuis des semaines, véhiculée par des sources turques non identifiées, mais elle a été confirmée samedi par le président Recep Tayyip Erdogan lui-même.

La Turquie dit avoir partagé l’enregistrement avec les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Arabie saoudite. C’est parce qu’il est membre de l’OTAN que le Canada a été mis au courant.

Pas de sanctions

Jamal Khashoggi, un journaliste très critique de son pays qui travaillait désormais aux États-Unis, est mort le 2 octobre au consulat où il s’était rendu pour obtenir des documents de divorce.

Selon le réseau Al Jazeera, ses dernières paroles auraient été : « Je suffoque. Ôtez ce sac de ma tête, je suis claustrophobe. »

Son démembrement aurait duré une quinzaine de minutes. Il aurait ensuite été dissous avec des produits chimiques et jeté aux égouts.

Pour l’instant, la position canadienne demeure inchangée face à l’Arabie saoudite : Ottawa exige toujours la tenue d’une enquête « transparente » sur ce qui s’est produit et « condamne vivement » le meurtre du journaliste. Mais aucune sanction n’est annoncée. Il n’est par exemple toujours pas question de suspendre le contrat d’une valeur de 15 milliards conclu par l’ontarienne General Dynamics Land Systems pour vendre un nombre non divulgué — 742, selon des documents obtenus par la CBC — de véhicules blindés légers à Riyad.

Fin octobre, M. Trudeau avait indiqué que le Canada réviserait tous les permis d’exportation permettant de vendre des armes à l’Arabie saoudite. Cette révision est encore en cours, indique-t-on au bureau de la ministre des Affaires étrangères. Aucun permis n’a été suspendu.

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