Paul Martin se défend de se faire soigner dans une clinique privée

Saguenay — Le premier ministre Paul Martin a nié, hier, recourir au secteur privé pour obtenir des soins de santé.

M. Martin, qui était de passage au Saguenay pour annoncer l'élargissement de la route 175, a profité de l'occasion pour réagir à un article paru le jour même dans le quotidien Ottawa Citizen, relativement à des soins de santé reçus récemment à la clinique Medisys de Montréal.

«C'est un bureau de médecins tout à fait accessible au public. J'ai utilisé ma carte de santé [d'assurance maladie] et, si c'étaient des tests sanguins, ils ont été payés par le gouvernement du Canada», a dit M. Martin en conférence de presse, en faisant allusion au régime d'assurance maladie des parlementaires de la Chambre des communes.

M. Martin bénéficie également d'une assurance maladie prodiguée par son ancienne entreprise, la Canadian Steamship Lines (CSL).

Sur la défensive, il a déclaré n'avoir jamais déboursé un sou de sa poche pour obtenir des soins de santé dans une clinique privée.

Depuis plus de 20 ans, le médecin du premier ministre est le Dr Sheldon Elman. Il pratique à la clinique médicale Medisys.

Dans une déclaration rendue publique hier, le cabinet du premier ministre rappelle qu'il s'agit d'une clinique ouverte au public. Cependant, cette clinique offre aussi des services privés à des cadres d'entreprise, privilège dont ne s'est pas prévalu le premier ministre, a-t-il assuré.

«Lorsqu'il a besoin d'autres services, que ce soit de la physiothérapie, des soins dentaires ou des analyses sanguines [qui ne sont pas couverts par le régime public de soins de santé du Québec], il a recours au régime de soins de santé fourni par son employeur — soit le même régime que tous les parlementaires. Il bénéficie également d'un régime de soins de santé offert par son ancienne compagnie [CSL], mais il ne s'agit pas d'un régime réservé aux cadres», précise la déclaration du cabinet du premier ministre.

M. Martin veut faire de la santé un des enjeux majeurs de la prochaine campagne électorale, qui doit être déclenchée sous peu. Le chef libéral se fait le champion d'un régime public, accessible à tous, partout au pays, et rejette l'idée d'un système à deux vitesses.

Une contradiction

Aux Communes, les partis d'opposition n'ont pas tardé à accuser le premier ministre Martin et les libéraux «d'hypocrisie», prêchant une chose mais pratiquant son contraire.

«Le premier ministre a dénoncé la pratique d'une médecine payée par les individus, alors qu'on apprend que c'est ce qu'il fait lui-même en se permettant de faire fi des listes d'attente en fréquentant des cliniques privées», a déclaré le chef conservateur, Stephen Harper.

Pour le Bloc québécois, la nouvelle vient mettre en lumière la contradiction du discours libéral, puisque le premier ministre répète que son gouvernement appuie un système de santé public sans encourager le recours au privé.

«La place du privé devrait être limitée à ce qu'elle est actuellement et non pas encouragée, a fait valoir le député du Bloc, Pierre Paquette. Et le geste du premier ministre laisse entendre que le gouvernement fédéral n'est pas fermé à l'idée que la réponse au problème de santé se fasse par une augmentation du privé.»