Pas de partielle pour Jagmeet Singh

Sept élections partielles ont été tenues au Canada depuis l’arrivée de Jagmeet Singh à la tête du NPD.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Sept élections partielles ont été tenues au Canada depuis l’arrivée de Jagmeet Singh à la tête du NPD.

Les néodémocrates accusent Justin Trudeau de s’adonner à de la petite politique « cynique » et « mesquine », en déclenchant une élection partielle dans une seule des quatre circonscriptions vacantes au pays. Car ce faisant, le premier ministre empêche leur chef Jagmeet Singh de siéger aux Communes pendant au moins encore quelques semaines.

Le principal intéressé a évité de se poser directement en victime lundi, M. Singh s’abstenant d’expliquer la décision de M. Trudeau par un désir de lui bloquer la route du Parlement.

« C’est certainement un cas où Justin Trudeau a fait de petits jeux politiques mesquins », a néanmoins accusé M. Singh. « Dans le passé, chaque fois que des élections partielles avaient à être convoquées, les gouvernements les organisaient toutes en même temps », a-t-il plaidé le chef néodémocrate. « C’est un problème sérieux, parce que cela fait preuve d’un manque de respect envers les citoyens de ces circonscriptions qui méritent d’avoir une représentation politique. »

Élu chef du NPD le 1er octobre 2017, Jagmeet Singh avait d’abord choisi de ne pas briguer d’élection. Il a changé d’avis au mois d’août et annoncé qu’il tenterait de succéder à son député Kennedy Stewart à Burnaby-Sud, ce dernier s’étant fait élire maire de Vancouver la semaine dernière.

Or, Justin Trudeau n’a pas déclenché d’élection partielle à Burnaby-Sud. Pas plus qu’à Outremont ou York-Simcoe en Ontario, où Thomas Mulcair et le conservateur Peter Van Loan ont démissionné. Le premier ministre a plutôt annoncé dimanche une partielle à Leeds-Grenville-Thousand Islands et Rideau Lakes, en Ontario.

« Ça fait seulement quelques semaines que ces sièges ont été laissés vacants », a fait valoir M. Trudeau, au sujet des trois autres circonscriptions. « Nous déclencherons ces élections en temps opportun, conformément à la Loi électorale. »

Le premier ministre a six mois pour annoncer la date d’une partielle, suite au départ d’un élu. L’ancien député conservateur de Leeds-Grenville, Gordon Brown, est décédé en fonction le 2 mai. M. Trudeau devait donc y confirmer la tenue d’une élection au plus tard vendredi. À Outremont, M. Mulcair a officiellement quitté ses fonctions le 3 août –ce qui nécessite une annonce au plus tard le 30 janvier. Burnaby-Sud et York-Simcoe sont vacantes depuis le 14 et le 30 septembre –des partielles devront y être promises d’ici le mois de mars.

Le NPD n’en croit rien

Les députés de Jagmeet Singh ont aussitôt rejeté les explications Justin Trudeau. Peter Julian a déploré une « manipulation mesquine ». Son collègue Nathan Cullen a dénoncé de la « petite politique ». « Tout le monde sait que la raison pour laquelle il n’a pas convoqué [les autres partielles] c’est pour empêcher M. Singh d’être à la Chambre des communes et de contester les politiques soit-disant progressistes de M. Trudeau », a-t-il argué.

Sept élections partielles ont été tenues au Canada depuis l’arrivée de Jagmeet Singh à la tête du NPD – dont une à Scarborough-Agincourt en Ontario, non loin d’où réside le chef néodémocrate.

Jean Chrétien avait brigué une élection partielle six mois après avoir été élu chef du Parti libéral en juin 1990. Stephen Harper l’avait deux mois après son élection à la tête de l'Alliance canadienne en mars 2002. Jack Layton avait refusé de briguer un siège aux Communes, suite à son accession à la tête du NPD en janvier 2003. Il a été élu lors de l’élection générale suivante de juin 2004. Jagmeet Singh avait au départ l’intention de faire pareil. Il a toutefois décidé, début août, de changer d’idée pour se porter candidat dans Burnaby-Sud.
 



Une version précédente de ce texte, indiquant que Stephen Harper a été élu à la tête du Parti réformiste en mars 2002, a été modifiée.