Les députés, ces altruistes

Aucun ministre et aucun député d’arrière-banc, à une exception près, n’a manifesté l’intention de se griller un joint ou de vapoter un brin.
Photo: Sean Kilpatrick Archives La Presse canadienne Aucun ministre et aucun député d’arrière-banc, à une exception près, n’a manifesté l’intention de se griller un joint ou de vapoter un brin.

Ils ont, par leur vote, légalisé la marijuana à des fins récréatives, mais les députés fédéraux laissent à d’autres le loisir de se prévaloir de cette nouvelle possibilité. Aucun ministre et aucun député d’arrière-banc, à une exception près, n’a manifesté l’intention de se griller un joint ou de vapoter un brin.

L’idée d’inhaler ne serait-ce que quelques volutes de cannabis carbonisé a révulsé le député bloquiste Simon Marcil. « Eh criss, non ! Je suis asthmatique. Êtes-vous malades ? Je touche pas à ça, moi. J’suis pas au Cégep ! » Sa collègue Marilène Gill n’est pas tentée non plus par l’expérience. « Ça ne m’intéresse pas. C’est un choix de vie. Je ne fume pas, un peu comme M. Trudeau, je bois un peu d’alcool et pratiquement pas de café. » Leur collègue Luc Thériault, lui aussi asthmatique, pense à sa santé. « J’ai entendu un médecin de l’Université Laval qui travaille en cardiologie dire que ça augmentait le pourcentage d’ACV, alors on va rester tranquille. » Le chef bloquiste par intérim, Mario Beaulieu, les imitera dans leur abstinence.

En fait, aucun chef de parti n’a l’intention de s’administrer du THC, le premier ministre Justin Trudeau en tête. Lui qui avait pourtant admis avoir consommé de la marijuana dans sa vie a indiqué qu’il ne recommencerait pas. « J’ai déjà dit plusieurs fois que je ne suis pas un consommateur de drogue. Je ne bois pas beaucoup d’alcool, je ne bois pas de café et je n’ai pas l’intention d’utiliser la marijuana. »

Le ton était donné. Mercredi, au jour un de la légalisation, aucun ministre n’a dit vouloir tâter de la substance honnie aujourd’hui réhabilitée. Diane Lebouthillier (Revenu) a abandonné la pratique il y a longtemps et n’entend pas renouer avec ses folles années de jeunesse en travail social, a-t-elle expliqué. Jonathan Wilkinson (Pêches et Océans) reconnaît avoir lui aussi fumé dans sa jeunesse, mais le temps a fait son oeuvre. « Le cannabis n’a pas fait partie de mon environnement depuis plusieurs années et ça ne m’intéresse pas, mais c’est un choix personnel. » Idem pour Jim Carr (Commerce international). « Je suis d’une certaine génération. Je suis né en 1951. »

D’autres ministres disent n’en avoir jamais fait l’expérience et ne pas avoir l’intention de commencer maintenant. « Comptez pas sur moi pour faire le party ! », a lancé Marie-Claude Bibeau (Développement international). « J’ai une histoire plutôt ennuyante », a renchéri Jean-Yves Duclos (Famille), confirmant tous les clichés à propos des économistes.

Pour sa part, le chef du NPD, Jagmeet Singh, raconte n’avoir jamais consommé de cannabis à cause de mauvaises expériences familiales. « Moi personnellement, je n’ai jamais utilisé de drogues. J’ai fait face à l’impact de la dépendance dans ma vie. J’ai vécu la réalité de ce qui se passe quand quelqu’un est dépendant alors j’ai décidé de n’utiliser aucune drogue à cause de cela. »

Son lieutenant pour le Québec, Alexandre Boulerice, n’a rien voulu admettre sur son passé. « Les choses qui se sont passées derrière des portes closes dans les partys d’université, on va laisser ça là. » Mais il promet de rester sage à l’avenir. « Je ne vais pas m’en allumer un, je ne vais pas célébrer, ni aujourd’hui, ni demain, ni la semaine prochaine. »

Quant à la députée de Laurier — Sainte-Marie, Hélène Laverdière, ne lui parlez surtout pas d’allumer ! « Je suis en train d’essayer d’arrêter de fumer ! Et là j’ai perdu mes gommes en plus. » Pour sa collègue Christine Moore, qui attend son troisième enfant, la réponse s’impose. « Même si le pot est légal, il demeure contre-indiqué en grossesse. »

La retenue sera aussi au rendez-vous chez les conservateurs. « J’ai jamais fumé et je ne fumerai jamais », lance Jacques Gourde. Sylvie Boucher est du même avis. « J’ai ben trop de fun au naturel, j’ai pas besoin de ça dans ma vie ! » Maxime Bernier, lui, le chef du nouveau Parti populaire du Canada, laisse la substance à son passé. « Oui, j’en ai déjà pris. Non, je n’ai pas l’intention d’en prendre. »

Pour la députée libérale Alexandra Mendès, pas question de s’intoxiquer de quelque façon que ce soit, à part peut-être la cigarette. « Je n’ai jamais été sympathique à l’idée de perdre du contrôle, de la même façon je ne bois pas, alors ça, jamais ! » Son collègue Robert-Falcon Ouellet explique n’avoir jamais tâté du joint dans sa jeunesse pour cause d’enrôlement précoce dans les forces armées. Il se croit maintenant trop vieux pour commettre une entorse à son abstinence militaire. « J’ai 41 ans. Je commencerais à faire quoi, là ? À vivre comme un gars de 18 ans ? Non, je ne suis pas vraiment intéressé. »

De la trentaine de députés interrogés mercredi, seul le libéral Nathaniel Erskine-Smith, qui milite pour la légalisation de toutes les drogues, a admis son penchant pour le cannabis. « Si j’ai consommé de la marijuana avant la légalisation, ce serait un peu idiot d’arrêter maintenant, n’est-ce pas ? » Il admet consommer régulièrement. « Comme d’autres prennent un verre de vin ou un scotch le vendredi soir, j’utilise une vapoteuse. J’ai la maladie de Crohn, alors parfois j’y ai recours pour cette raison aussi. »

M. Erskine-Smith prédit que dans cinq ans, on ne se préoccupera même plus de demander aux gens s’ils consomment ou non du cannabis. « Parce que nous reconnaîtrons tous que nous sommes des adultes responsables et que c’est bien moins nocif que l’alcool ou le tabac. »