La bisbille au Bloc québécois continue

Le chef par intérim du Bloc québécois, Mario Beaulieu
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le chef par intérim du Bloc québécois, Mario Beaulieu

L’appui indéfectible qu’a offert le Bloc québécois au Parti québécois est mal passé dans les rangs du parti fédéral. Un membre du bureau national a démissionné, a appris Le Devoir. Le vice-président du parti y est quant à lui allé d’un rappel à l’ordre, arguant que le Bloc venait de faire une « erreur stratégique » en ravivant les divisions qui déchiraient encore le parti il y a à peine quelques mois.

À la veille du scrutin provincial, le chef et l’exécutif du Bloc québécois avaient désavoué une poignée de bloquistes qui venaient d’inviter les indépendantistes de Québec à appuyer les deux candidats locaux de Québec solidaire, Catherine Dorion et Sol Zanetti, devenus députés lundi soir. Le Bloc appuyait plutôt résolument le Parti québécois, martelaient Mario Beaulieu et le quartier général du parti.

Une sortie que n’a pas digérée Jocelyn Beaudoin, qui a quitté son poste de représentant des membres au bureau national du Bloc dès le lendemain. « Il s’agit d’une rebuffade magistrale pour nos membres », a-t-il déploré dans une lettre transmise à l’exécutif du parti et à ses députés le 28 septembre.

Le Bloc avait justement choisi de ne pas appuyer un parti ou un autre dans le cadre de l’élection québécoise, « sachant qu’un tel sujet allait diviser les membres », rappelle M. Beaudoin dans sa lettre, dont Le Devoir a obtenu copie. « À la première occasion où nous aurions pu nous élever au-dessus du débat et adopter une approche constructive, le parti se tire dans le pied », dénonce-t-il, en parlant d’un « manque de jugement politique majeur » qui illustre « que la division est encore le mot d’ordre ».

M. Beaudoin est un ancien président d’Option nationale. Il avait farouchement appuyé Martine Ouellet, lorsqu’elle était chef du Bloc. « Parce que la majorité des membres de notre parti provient du Parti québécois, supposément qu’il ne faudrait pas les décevoir. […] Si certains de nos membres ne comprennent pas que leur parti n’a plus le monopole de l’indépendance, c’est à nous de le leur expliquer », argue Jocelyn Beaudoin.

Or, son malaise n’était pas isolé, a constaté Le Devoir. Car le jour même de l’envoi de sa missive, le vice-président du parti, Gilbert Paquette, y est allé de sa propre série de remontrances, en reprochant lui aussi à M. Beaulieu et au parti de ne pas avoir consulté les instances avant de proclamer l’appui du BQ au PQ.

Cette sortie est venue « renforcer l’impression créée par l’ancien chef Gilles Duceppe par son attaque frontale sur la porte-parole de Québec solidaire [Manon Massé], à savoir que le Bloc se voyait comme une espèce d’appendice du Parti québécois », regrette M. Paquette dans une lettre distribuée au bureau national et aux députés. Le Bloc a pourtant besoin des appuis de tous les indépendantistes au fédéral, souligne-t-il. « Ce n’est pas en rebutant les membres de QS ou ceux d’ON qui s’y sont joints que nous pourrons gagner en 2019. » L’appui au PQ « ravive les divisions résultant de la récente crise interne dans notre parti et nuit à nos efforts de réunification ou de reconstruction », se désole M. Paquette, qui était lui aussi un proche allié de Martine Ouellet.

Et la réconciliation ?

À la suite de l’élection de lundi, les bloquistes voulaient se faire les architectes d’une réconciliation entre péquistes et solidaires. Leur processus de refondation, qui doit rassembler des membres de tous les partis souverainistes provinciaux et se conclure en janvier, était vu comme une première étape vers une réunification qui se ferait aussi sur la scène provinciale.

« Le processus de refondation arrive à point nommé, se réjouissait Mario Beaulieu au lendemain de l’élection mardi. Ça va permettre d’établir une réflexion et d’établir une nouvelle unité de tous les indépendantistes à Ottawa. »

Le doyen bloquiste Louis Plamondon était du même avis cette semaine. « C’est certain qu’il n’y a plus d’avenir pour la souveraineté sans l’union de toutes les forces souverainistes, observait-il. C’est sûr que nous, on souhaite que tous les souverainistes se stationnent derrière le Bloc pour l’élection fédérale. Ça va être la prochaine étape. Et peut-être que ça pourrait être le signal du premier grand geste d’unité. »

La fracture entre factions péquiste et solidaire ou anciennement d’ON est cependant encore présente dans les rangs bloquistes, a-t-on confié en coulisses au Devoir. Et l’élection québécoise a révélé que le clivage entre les deux camps qui opposaient l’ancienne garde bloquiste à Martine Ouellet et ses alliés — plus proches de l’héritage d’ON avec leur volonté de faire davantage la promotion de la souveraineté – n’avait pas complètement disparu.

« C’est une question philosophique quant à la façon de voir le Bloc québécois à l’avenir », a expliqué une source bloquiste au Devoir. « Certains disent que c’est la chasse gardée du Parti québécois. D’autres pensent qu’on doit être plus ouverts. »

Les tensions au sein du Bloc québécois avaient culminé avec la démission de sept des dix députés, l’hiver dernier. Ces derniers sont tous revenus au caucus bloquiste en septembre. Mais les deux camps restent encore aujourd’hui quelque peu sur leurs positions idéologiques, tant du côté des élus que de celui des employés.

20 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 5 octobre 2018 05 h 49

    « À la suite de l’élection de lundi, les bloquistes voulaient se faire les architectes d’une réconciliation entre péquistes et solidaires. Leur processus de refondation, qui doit rassembler des membres de tous les partis souverainistes provinciaux et se conclure en janvier, était vu comme une première étape vers une réunification qui se ferait aussi sur la scène provinciale. »?

    Le BQ appuie le PQ avant des élections et joue les rassembleurs le lendemain du scrutin. Ce n'est pas sérieux la façon dont cette formation indépendantiste se comporte.

    • Raymond Labelle - Abonné 5 octobre 2018 14 h 05

      Dans les deux comtés où BQ-Québec-ville avait appuyé QS, QS avait plus de chances que le PQ de battre la CAQ ou le PLQ (ce qui est d'ailleurs arrivé - Taschereau et Jean-Lesage). Et BQ-Québec-ville avait bien pris soin de préciser que son appui à QS ne visait que ces deux comtés.

      La direction centrale du Bloc avait alors tenu à préciser publiquement qu'elle appuyait le PQ dans ces comtés... sans consulter d'autres personnes du Bloc en son sein qu'elles disait vouloir rapailler, à savoir des partisans de Martine Ouellet. Alors que le Bloc se prétend un lieu de rassemblement de tous les indépendantistes.

  • Hélène Gervais - Abonnée 5 octobre 2018 07 h 30

    Si tous les indépendantistes ...

    Kébékois votaient pour le Bloc l'an prochain, ce dernier pourrait être un vrai parti politique avec des fonds pour ses recherches et avoir un droit de parole. Pour ce faire, le Bloc doit commencer par être unifié s'il veut que les indépendantistes y croient et ne pensent pas que le Bloc devrait être déconstruit. En ce qui concerne la belle-mère, soit M. Duceppe, pour ne pas le nommer, eh bien il serait mieux de se taire plutôt que de réciter des conneries comme il l'a fait concernant Manon Massé. Il s'est complètement tiré dans le pied ainsi qu'au PQ et au Bloc quant à moi.

  • Gilles Bousquet - Abonné 5 octobre 2018 07 h 32

    Députés bloquistes indépendantistes ou nationalistes-fédéralistes ?

    .Que les députés bloquistes qui veulent encore prioriser l'amélioration ( la défense) du Québec DANS LE CANADA, aille au NPD qui fait très bien ça. Les autres, les véritables Indépendantistes, doivent souligner les manques du fédéral envers le Québec plus la priorité de promouvoir le Québec un pays, à l'extérieur du Canada, comme le demandait Mme Ouellet.


    Tenter d'améliorer le Québec DANS LE CANADA, quand ça réussi, ça renforce la fédération canadienne au Québec, pas la séparation. Pas difficile èa comprendre, même si le PQ n'a pas compris ça depuis longtemps...aussi.

  • Clément Laberge - Abonné 5 octobre 2018 07 h 59

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    Et si on tirait la plogue et qu’on invitait tous les indépendantistes à consacrer leurs énergies à réinventer le Parti Québécois et/ou à développer Québec solidaire?

    • Gilles Théberge - Abonné 5 octobre 2018 14 h 32

      Pour ce qui est de développer QS, il faudrait que GND se calme le pompon, parce qu’il est plutôt intransigeant par les temps qui courent....!

    • Patrick Boulanger - Abonné 5 octobre 2018 21 h 24

      @ M. Théberge

      M. Nadeau-Dubois est intransigeant par rapport au quoi au juste selon vous?

  • Pierre Bergeron - Inscrit 5 octobre 2018 08 h 20

    MIsère!

    C'est repris de plus de plus belle.
    « Vous n'êtes tannés de vous égorgez, bande de caves »!

    • Patrick Boulanger - Abonné 5 octobre 2018 20 h 08

      Quand le BQ dérape, il me semble normal qu'il y ait de la bisbille.