Face à un concert de critiques, Julie Payette tente de rassurer ses employés

La gouverneure générale, Julie Payette
Photo: Justin Tang La Presse canadienne La gouverneure générale, Julie Payette

La gouverneure générale du Canada, Julie Payette, croit que les critiques auxquelles elle fait face à la fin de sa première année en poste s’inscrivent dans le cours des choses. Dans une note adressée à ses employés, elle les encourage à ne pas se laisser abattre par ces critiques.

Dans un courriel envoyé aux employés de Rideau Hall et daté du 27 septembre, Mme Payette a reconnu que certains articles et commentaires avaient « donné une image défavorable de notre travail au début de ce mandat ».

La gouverneure générale leur indique toutefois que cela ne devrait « en aucune manière » miner la fierté qu’ils ressentent à travailler à Rideau Hall.

Évoquant une année « extraordinaire », Mme Payette se dit fière de travailler « avec un groupe de personnes aussi dévoué et talentueux (sic) ».

Certaines personnes se demandent cependant ce qu’elle pense exactement avoir accompli, un an plus tard, et leurs préoccupations se retrouvent dans le domaine public et les médias.

Mme Payette s’est fait des opposants actifs, qui utilisent des mots tels que « catastrophe » et « scandaleux » pour décrire son style et son travail en tant que gouverneure générale.

Personne à Rideau Hall n’a souhaité parler ouvertement, craignant des représailles, mais le message général est le même : Julie Payette, dont l’intellect fougueux et la personnalité entêtée la servaient bien dans sa vie d’astronaute, ne peut s’adapter à ses nouvelles fonctions de gouverneure générale.

Leurs préoccupations vont de son éthique de travail — elle a participé à 195 événements officiels au cours de sa première année, contre 250 pour les derniers gouverneurs généraux — à sa tendance à la microgestion.

Elle a de plus rompu avec une tradition voulant que les gouverneurs généraux se rendent dans toutes les provinces et tous les territoires au cours de leur première année de fonction. Mme Payette n’a toujours pas visité le Manitoba, la Saskatchewan et le Yukon.

Selon un initié, l’un des plus gros problèmes est le choix de Mme Payette de passer en revue tous les parrainages du gouverneur général — des organisations qu’elle soutient et qui peuvent citer son rôle dans le matériel promotionnel —, mais un an après le début de son mandat, les nouveaux critères n’ont toujours pas été dévoilés.

Elle n’est pas la première à revoir ces critères – Michaëlle Jean avait présenté de nouvelles directives lors de son entrée en fonction –, mais le temps pris par Mme Payette a déçu certaines organisations qui ont reçu l’appui du gouverneur général pendant des décennies.

La décision de Mme Payette de nommer un ami intime sans expérience comme principal conseiller a également fait beaucoup de vagues, et plusieurs employés supérieurs sont partis depuis son assermentation.

Mme Payette a refusé d’accorder une entrevue à La Presse canadienne.

Lors d’un entretien avec le réseau CPAC la semaine dernière, Mme Payette a vivement rabroué certains de ses détracteurs, notamment en affirmant que les membres du personnel qui l’avaient quittée l’avaient fait parce qu’ils cherchaient à faire avancer leur carrière et en ajoutant qu’ils étaient en bons termes.

Des critiques trop dures ?

Certains craignent que Mme Payette ne soit traitée trop durement pour avoir changé son espace de travail.

La ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a déclaré qu’il était nécessaire de respecter les traditions, mais également de permettre aux nouveaux dirigeants de faire valoir leurs forces.

« Je pense qu’elle a travaillé dur pour ça », a soutenu Mme McKenna.

Barbara Messamore, professeure agrégée d’histoire à l’Université de la vallée du Fraser en Colombie-Britannique, a fait remarquer que le poste de gouverneur général « n’était pas bien adapté aux introvertis », ce qui pourrait être l’un des problèmes de Mme Payette.

Mais elle a également précisé que les trois derniers gouverneurs généraux avaient maintenu des « calendriers rigoureux » et que Julie Payette ne devrait peut-être pas être jugée parce qu’elle ne les respecte pas.

Des leçons apprises

La principale intéressée a déclaré à CPAC qu’elle avait appris de son erreur, lorsqu’elle avait pris la parole lors d’une conférence de scientifiques et avait critiqué des personnes qui ne croyaient pas au changement climatique ou qui croyaient au créationnisme.

« Le but de mon allocution n’était pas de critiquer, mais bien d’encourager le débat, d’encourager la discussion. Une démocratie, une société de savoir, une société tout court est beaucoup mieux avec un débat », a-t-elle affirmé.

Mme Payette dit avoir bien réfléchi aux réactions qui ont suivi son discours, et a admis qu’elle aurait pu choisir ses mots avec plus de soin.

« De mon côté, j’ai fait une allocution comme j’avais fait de très nombreuses allocutions comme astronaute auparavant, mais je ne suis plus astronaute. Je suis gouverneure générale, et donc je représente tous les Canadiens et pour moi c’est important », a-t-elle soutenu.

Vendredi, Mme Payette a lancé un nouveau site Web, avec sa touche personnelle. Il dévoile deux initiatives qu’elle veut mener. La première s’appelle GGActive et est destinée à encourager les Canadiens à être actifs physiquement, tandis que la deuxième, le programme en ligne GGDirect, permettra aux groupes sélectionnés d’interagir directement avec Mme Payette sur des thèmes tels que le Canada, l’espace et les sciences.