Scheer interdirait l’opposition aux pipelines

S’il est élu, Andrew Scheer restaurera les règles de consultation qu’avait mises en place en 2012 le gouvernement de Stephen Harper.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne S’il est élu, Andrew Scheer restaurera les règles de consultation qu’avait mises en place en 2012 le gouvernement de Stephen Harper.

Le chef conservateur Andrew Scheer estime que l’unique objectif des consultations publiques à propos des oléoducs devrait être de rendre ces infrastructures plus sécuritaires. Selon lui, utiliser ces forums dans le but de bloquer un projet n’est pas légitime. S’il est élu premier ministre en 2019, il empêchera que cela arrive, notamment en interdisant aux groupes n’étant pas directement touchés par un projet de prendre part aux consultations.

« Lorsque les gens soulèvent des préoccupations pour améliorer le projet, pour le rendre plus sécuritaire, pour assurer un environnement plus propre, nous devons absolument prendre ces préoccupations en considération. Mais cela ne doit pas devenir une excuse afin d’obtenir un « non » pour des raisons idéologiques », a lancé M. Scheer au cours d’une conférence de presse visant à expliquer comment il s’y prendrait, lui, pour réaliser l’agrandissement du pipeline Trans Mountain actuellement bloqué.

S’il est élu, M. Scheer restaurera les règles de consultation qu’avait mises en place en 2012 le gouvernement de Stephen Harper : seules les personnes « affectées par le projet telles que les propriétaires terriens, les communautés autochtones, les municipalités ou encore les personnes qui détiennent de l’expertise comme un ingénieur » auraient le droit de participer aux consultations. Le gouvernement de Justin Trudeau a renversé cette règle au début de 2018.

M. Scheer justifie ce changement par le fait qu’à son avis, bien des opposants aux pipelines sont financés par des intérêts étrangers. « Lorsque les groupes sont philosophiquement, idéologiquement opposés non seulement à ce pipeline-ci, mais à tous les pipelines et au secteur énergétique en général, nous ne croyons pas que les fonds étrangers devraient être autorisés à affluer au Canada et à interférer dans notre processus décisionnel. » Patrick Bonin, de Greenpeace, réplique que les pétrolières et les deux associations les représentant ont aussi des intérêts étrangers et qu’elles ont néanmoins le droit de faire valoir leurs points de vue dans le processus décisionnel canadien.

M. Scheer a suggéré à Justin Trudeau de nommer un représentant ministériel spécial pour compléter la consultation auprès des Autochtones « le plus rapidement possible » et de porter en appel la récente décision de la Cour d’appel fédérale ayant stoppé les travaux de Trans Mountain, mais il a été incapable de dire si cela permettrait de faire redémarrer la construction plus rapidement.

Une taxe rentable ?

M. Scheer a par ailleurs rejeté du revers de la main une étude publiée la semaine dernière par un groupe – pourtant dirigé par un ancien conseiller de Stephen Harper – indiquant que les citoyens bénéficieraient d’une taxe sur le carbone. C’est qu’Ottawa s’est engagé à retourner aux citoyens de la province où sa taxe sera perçue la totalité de la somme amassée. Comme la taxe sera aussi perçue auprès des entreprises mais que seuls les citoyens recevront un chèque (c’est du moins ce que présume l’auteur, Dave Sawyer), les individus toucheront donc plus que ce qu’ils ont payé. Pour une famille de Saskatchewan gagnant entre 60 000 $ et 80 000 $, le bénéfice net pourrait atteindre 1711 $ en 2022, lorsque la taxe carbone sera de 50 $ la tonne. Selon M. Scheer, l’auteur n’est « pas objectif » et son étude est « basée sur des suppositions ».