Armes de poing: consultation à Ottawa et divisions à l’horizon

Le ministre fédéral de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, Bill Blair
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le ministre fédéral de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, Bill Blair

Le gouvernement libéral fait un pas de plus vers une éventuelle restriction des armes de poing et d’assaut. Ottawa a indiqué qu’il avait entamé une consultation d’experts sur la pertinence de ne plus permettre la possession d’armes ne servant pas à la chasse et qu’il inviterait aussi les citoyens à se prononcer.

Déjà, des lignes de fracture apparaissent au sein du NPD et du Parti libéral.

« Nous tenons de vastes consultations pour voir de quelle façon on peut améliorer la sécurité de nos communautés, a expliqué le premier ministre Justin Trudeau. Je sais que personne [au Parlement] ne veut voir des innocents être victimes de la violence par armes à feu, où que ce soit au pays. Nous allons oeuvrer pour élaborer la bonne marche à suivre. »

Son nouveau ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, Bill Blair, a renchéri que la consultation « examiner[a] de quelle façon les armes à feu se retrouvent dans les mains de criminels, de quelle façon on peut prohiber cet approvisionnement, mais aussi de quelle façon on peut réduire la demande de ce genre d’armes ».

Dans la foulée de la fusillade de juillet ayant fait deux morts (en plus du tireur) et 13 blessés, le conseil municipal de Toronto a adopté une résolution demandant à Ottawa et Queen’s Park d’interdire la vente d’armes de poing et de leurs munitions sur son territoire.

En août, Montréal a emboîté le pas en demandant une interdiction pancanadienne non seulement des armes de poing, mais aussi des armes d’assaut, comme le réclament des survivants de la tuerie à la mosquée de Québec. Le concept d’armes d’assaut n’est pas défini dans la Loi sur les armes à feu, mais les gens qui l’utilisent désignent en général des armes à l’allure militaire pouvant décharger en rafale plusieurs projectiles.

Bill Blair a indiqué que la consultation porterait sur les deux types d’armes. Le ministre ne se donne toutefois pas d’échéancier pour terminer la consultation. « Cela se terminera quand on aura terminé, et je m’engage à travailler avec diligence. »

S’engage-t-il à apporter les éventuels changements à la loi avant l’élection automnale de 2019 ? « Cela reste à déterminer. »

Des divisions à prévoir

Un tel interdit serait de nature à créer une vive confrontation au Parlement.

Les conservateurs s’y opposent totalement, le chef Andrew Scheer estimant que ce serait « symbolique » et ne produirait « aucun résultat » parce que les criminels n’utilisent pas des armes légales. Le député Pierre Paul-Hus aimerait que les gens réalisent qu’il existe de bonnes raisons de posséder une arme de poing. « Je suis propriétaire d’une arme de poing, j’ai ça depuis 30 ans. J’ai ça pour tirer dans un club de tir. […] C’est un plaisir comme un autre. Il n’y a aucune malice à avoir une arme. Ça ne fait pas de nous des criminels parce qu’on aime tirer. Pensez aux gens qui font du biathlon ! »

Le sujet semble déjà diviser les troupes néodémocrates, comme l’avait fait l’abolition du registre des armes à feu. Le chef Jagmeet Singh a écrit cet été à Justin Trudeau pour qu’il permette à Toronto d’interdire les armes de poing, mais certains de ses députés sont sceptiques. « Un interdit est-il la solution ? Je n’en suis pas certain. Je veux voir la preuve », indique au Devoir Charlie Angus, qui représente une circonscription rurale du nord de l’Ontario. M. Angus est arrivé second dans la course à la chefferie néodémocrate l’an dernier. « On entend dire que des armes [de poing] légales sont utilisées pour commettre des actes illégaux et des meurtres, mais quelles sont les statistiques ici ? Parlons faits et non idéologie. »

Mêmes propos mitigés chez Christine Moore, sa collègue d’Abitibi-Témiscamingue. « Le processus [d’acquisition] au niveau des armes restreintes et prohibées est quand même assez strict, ce qui fait que ceux qui en ont de manière légale m’inquiètent moins, dit-elle. C’est vraiment tout ce qui rentre illégalement et les gens qui les ont illégalement [qui m’inquiètent]. »

Peter Julian, un député en banlieue de Vancouver, estime que les armes automatiques n’ont « aucun sens », mais il reconnaît que des citoyens en possèdent actuellement de façon légale et qu’il faudrait que le législateur trouve pour eux un équilibre. Il évoque l’idée d’instaurer des règlements qui exigeraient par exemple que ces armes ne quittent pas le club de tirs où leurs propriétaires s’en servent.

Chez les libéraux non plus, le sujet ne fait pas l’unanimité. Une députée d’une zone rurale de Terre-Neuve, Gudie Hutchings, s’est montrée dubitative cet été. « Est-ce que cela permettra vraiment de prévenir et d’empêcher que les mauvaises armes se retrouvent dans les mains de mauvaises personnes ? Est-ce que ça fonctionnera ? », s’est-elle demandé. À l’autre extrême, son collègue torontois Adam Vaughan soutient qu’il n’y a « aucune raison » de posséder une arme de poing en ville.