Transport ferroviaire: Ottawa accélère le retrait de vieux wagons-citernes

Les wagons-citernes qui avaient explosé remplis de pétrole au cœur de Lac-Mégantic il y a cinq ans ne pourront plus transporter du tout de matières inflammables volatiles dès janvier.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les wagons-citernes qui avaient explosé remplis de pétrole au cœur de Lac-Mégantic il y a cinq ans ne pourront plus transporter du tout de matières inflammables volatiles dès janvier.

Le transport de pétrole brut par train devra bientôt se faire uniquement à bord de wagons-citernes de nouvelle génération. Quant aux wagons-citernes qui avaient explosé remplis de pétrole au cœur de Lac-Mégantic il y a cinq ans, ils ne pourront plus transporter du tout de matières inflammables volatiles dès janvier.

Le ministre des Transports, Marc Garneau, a annoncé mercredi qu’Ottawa accélérait une nouvelle fois le retrait de vieux wagons-citernes qui sont moins résistants en cas d’accident. Les wagons DOT-111 impliqués dans la tragédie de Lac-Mégantic ne pouvaient déjà plus transporter de pétrole brut depuis deux ans. À compter de janvier prochain, ils ne pourront plus transporter du tout de matières inflammables volatiles, comme des mélanges liquides à base de pétrole. Il s'agit d'un retrait six ans plus tôt que prévu, puisqu’il devait se faire en 2025.

Un second type de wagons, les CP-1232 (sorte de modèle rénové du DOT-111), ne pourra quant à lui plus servir au transport de pétrole brut à compter du mois de novembre — plutôt qu’en 2020 — s’il n'est pas renforcé d’une coque thermique qui lui permet de résister en cas de d’incendie. Au total, ce sont 21 000 wagons-citernes au Canada qui ne pourront plus transporter de pétrole ou de matières inflammables volatiles.

« C’est une bonne nouvelle, a fait valoir le ministre Garneau. Parce que, quand tu vois passer un train dans ta communauté, tu vas savoir que c’est plus sécuritaire quand il transporte des matières dangereuses. »

Ottawa n’a pas eu à forcer la main de l’industrie ferroviaire, a admis le ministre. « On a toujours voulu accélérer le retrait de certains wagons, qui sont moins sécuritaires et, heureusement, l’industrie était sur la même page que nous. Au lieu d’être obligés d’attendre jusqu’en 2025, ils ont accéléré le retrait de certains wagons qui n’ont pas de chemise thermale. » Le Canadien pacifique et le Canadien national n’ont pas précisé au Devoir s’ils utilisaient encore des wagons DOT-111 ou CP-1232. Un porte-parole du CN, Jonathan Abecassis, a cependant reconnu que l’annonce fédérale accélérerait le retrait de certains wagons-citernes.

De la poudre aux yeux ?

Un expert de l’industrie ferroviaire craint toutefois que les vieux wagons ne soient simplement remplacés par les nouveaux modèles TC-117, qui ont été dévoilés en 2015 comme étant plus robustes, construits d’un acier plus épais, avec un bouclier à l’avant et à l’arrière de même qu’une coque thermale qui devait leur permettre de résister au feu. Or, ces wagons-citernes ont été impliqués dans un accident en Iowa en juin et ils ont, comme à Lac-Mégantic, été perforés. « On est en train de berner tout le monde, déplore Jacques Vandersleyen. On a promis des CT-117 hyper sécuritaires qui pouvaient résister à n’importe quoi. Et ce qu’on est en train de nous passer, c’est un sapin. »

Aux États-Unis, 92 % des 14 800 wagons-citernes transportant du pétrole brut au premier trimestre de 2018 étaient des CP-1232 renforcés ou des nouveaux DOT-117. Mais 7 % de la flotte comptait encore de vieux DOT-111 (45 wagons) et des CP-1232 sans chemise thermale (1066 wagons). L’Association of American Railroads rapporte que les wagons CP-1232 sans coque thermale devront cesser de transporter du pétrole brut au printemps 2020 aux États-Unis — cinq mois plus tard qu’au Canada. Quant aux DOT-111, ils pourront contenir des liquides inflammables encore jusqu’en 2025 aux États-Unis. Le gouvernement fédéral rétorque que les trains en provenance des États-Unis sont contrôlés de façon aléatoire à la frontière.

La Fédération canadienne des municipalités s’est réjouie du retrait progressif accéléré des vieux wagons-citernes, « un autre pas important vers un transport ferroviaire plus sécuritaire des marchandises dangereuses », a commenté la présidente Vicky-May Hamm, mairesse de Magog. La FCM espère toutefois d’autres réformes, notamment des améliorations aux passages à niveau en réparant les rails, en les encadrant de clôtures ou en ajoutant des feux clignotants. Car c’est là que surviennent la plupart des accidents, a déploré Mme Hamm. La FCM réclame également d’être avisée en amont du transport de matières dangereuses par train sur le territoire des municipalités plutôt qu’après, comme c’est le cas actuellement.