Rentrée difficile pour Justin Trudeau

Justin Trudeau a encaissé un coup dur lundi alors qu’une de ses députées a fait défection pour passer chez les conservateurs d’Andrew Scheer.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Justin Trudeau a encaissé un coup dur lundi alors qu’une de ses députées a fait défection pour passer chez les conservateurs d’Andrew Scheer.

Déjà attendu de pied ferme par l’opposition pour la rentrée parlementaire à Ottawa, le chef libéral Justin Trudeau a encaissé un coup dur lundi alors qu’une de ses députées a fait défection pour passer chez les conservateurs d’Andrew Scheer.

Leona Alleslev, députée ontarienne représentant Aurora-Oak Ridges-Richmond Hill, a offert de grandes généralités pour expliquer son geste. « Le monde a changé radicalement au cours des trois dernières années et nous nous retrouvons à un moment d’instabilité mondiale sans précédent. Nous voyons des changements fondamentaux dans l’économie mondiale alors que les négociations commerciales, les ententes internationales et les structures de défense sont menacées. Le Canada fait face à une tempête parfaite », a-t-elle indiqué en point de presse en compagnie de son nouveau chef. Cette ancienne militaire estime qu’elle se devait de dénoncer les politiques du premier ministre, mais que le faire en restant libérale aurait constitué un « déshonneur contraire à [s]on code de conduite ».

Mme Alleslev a laissé entendre qu’elle agissait ainsi en partie parce que les électeurs le lui avaient demandé. Elle réfléchissait à un changement depuis « un certain temps ». Son compte Twitter indique qu’à la fin juillet, elle relayait encore des publications de Justin Trudeau. Mme Alleslev n’était cependant pas présente à la retraite du caucus libéral de la semaine dernière, à Saskatoon.

Mme Alleslev a fait son entrée à la Chambre des communes en 2015 en remportant son siège avec 47,3 % des voix, devançant d’à peine 1093 votes son adversaire conservateur, qui avait obtenu 45,2 % du suffrage. À l’élection provinciale ontarienne de cet été, sa circonscription a accordé une majorité absolue à un porte-étendard de Doug Ford. Mme Alleslev craignait-elle pour sa réélection sous la bannière libérale l’an prochain ? « Ce n’est vraiment pas lié », a-t-elle soutenu.

Le premier ministre n’a pas critiqué son ancienne députée. « C’est quelque chose qui est tout à fait permis et acceptable dans notre système, de traverser [le parquet de la Chambre]. Je lui souhaite bonne chance », a dit M. Trudeau. La ministre Mélanie Joly a été moins magnanime. « Ce sera à elle de défendre ses actions. C’est elle qui a eu un mandat de sa communauté pour la représenter et c’est elle qui prend ensuite une décision sans la consulter. Normalement, on consulte la population parce que c’est elle qui nous donne la légitimité au Parlement. » Certains partis, comme le NPD, n’acceptent pas dans leurs rangs les transfuges avant qu’ils ne se soient fait réélire sous leur nouvelle bannière.

Maxime Bernier, qui a récemment quitté le Parti conservateur pour créer sa propre formation, estime que cet épisode confirme les travers qu’il attribue à son ancien port d’attache. « On me donne raison lorsque cette libérale s’en va rejoindre les rangs du Parti conservateur du Canada. […] Libéral et conservateur, c’est du pareil au même. Les gens qui veulent un vrai changement, eh bien, c’est nous qui incarnons le vrai changement pour un gouvernement plus petit, plus responsable et un gouvernement qui remet le pouvoir entre les mains des gens. »

Une rentrée de toutes les attaques

Andrew Scheer ne s’est pas contenté de cette seule bonne nouvelle. Il a profité de la rentrée parlementaire pour accueillir officiellement son nouveau député de Chicoutimi-Le Fjord, Richard Martel, élu à la partielle de juin, donnant ainsi l’impression qu’il était celui des chefs fédéraux ayant le vent dans les voiles.

En matinée, ses troupes ont d’ailleurs souligné la rentrée en arguant que les Canadiens étaient déçus de l’« été d’échecs » de Justin Trudeau. Les conservateurs ont déploré un retour à l’équilibre budgétaire trop lointain, des négociations difficiles sur le renouvellement de l’ALENA, l’arrivée de migrants à la frontière qui n’est toujours pas jugulée et le sort incertain de l’oléoduc Trans Mountain à la suite de la décision de la Cour d’appel fédérale. Les députés d’Andrew Scheer n’ont cependant pas précisé de quelle façon ils concluraient quant à eux les délicates négociations avec le gouvernement de Donald Trump. « Notre rôle, comme opposition officielle, c’est de surveiller ce gouvernement », s’est défendu Alain Rayes, sans indiquer si un gouvernement conservateur céderait une partie du marché de l’industrie laitière comme il l’avait fait pour conclure l’accord de libre-échange avec l’Europe.

Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, a de son côté promis de demander davantage de transparence au gouvernement libéral avant d’appuyer l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste — dont le projet de loi d’entrée en vigueur est présentement à l’étude aux Communes. « Le NPD ne s’oppose pas au commerce, mais nous voulons tout simplement des accords commerciaux qui sont équitables pour nos travailleurs. » M. Singh compte talonner cet automne le gouvernement pour qu’il améliore l’éducation des jeunes autochtones et qu’il finance le logement social au Canada.

Le Bloc québécois, réconcilié, a quant à lui promis de mettre en lumière que le Québec mérite d’être mieux représenté à Ottawa. « Dans les derniers mois, on a vu que, pour Ottawa, l’avenir passe par l’acquisition de pipelines, que la gestion de l’offre est négociable. On a vu un premier ministre intolérant face à toute personne qui aurait une vision différente de lui sur les questions liées à l’immigration », a fait valoir Louis Plamondon.