ALENA: le Canada ne cédera pas un pouce, dit Trudeau

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, s’est rendue une fois de plus mercredi matin au bureau du représentant américain au Commerce.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, s’est rendue une fois de plus mercredi matin au bureau du représentant américain au Commerce.

Le premier ministre Justin Trudeau a qualifié Donald Trump de briseur des règles lorsqu’il a plaidé, mercredi, pour le maintien du chapitre sur le règlement des différends que le président américain veut éliminer de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Au cours d’un entretien téléphonique avec une station de radio d’Edmonton, M. Trudeau a présenté certaines de ses critiques les plus acerbes à l’endroit de l’imprévisible président américain, alors que la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, reprenait les pourparlers de l’ALENA à Washington avec le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer.

Bien que Mme Freeland se soit dite d’accord avec l’évaluation de M. Trump faite par M. Trudeau, elle a insisté pour souligner la « bonne foi » et la « bonne volonté » de M. Lighthizer, alors que les négociations entrent dans une phase que plusieurs jugent critique.

M. Trudeau, quant à lui, a adopté un ton moins conciliant, affirmant à la station de radio CHED que le Canada ne céderait pas un pouce à la volonté de M. Trump de supprimer les panels de règlement des différends du chapitre 19 de l’ALENA. Ce chapitre permet aux entreprises de soumettre leurs différends à des arbitres indépendants, ce que M. Trump considère comme une violation de la souveraineté américaine. « Nous devons conserver le règlement des différends du chapitre 19 parce que cela garantit que les règles sont vraiment respectées. Et nous savons que nous avons un président qui ne suit pas toujours les règles telles qu’elles sont présentées », a affirmé M. Trudeau.

Alors qu’elle émergeait dans l’humidité étouffante de Washington après deux heures de pourparlers avec M. Lighthizer, la ministre Freeland a répété qu’elle ne négocierait pas en public, comme convenu avec M. Lighthizer. Mais elle a ajouté : « Je suis d’accord avec le premier ministre en public tout le temps, et en privé 99,99 % du temps […] Il a fait des commentaires importants. »

À la demande de M. Trump, les trois pays de l’ALENA négocient depuis plus d’un an pour renouveler l’accord trilatéral qui fait partie intégrante de l’économie du continent depuis plus de deux décennies. Les États-Unis et le Mexique ont conclu un accord le mois dernier, ce qui a forcé le Canada à négocier séparément avec les États-Unis.

Lors de l’entretien radiophonique à Edmonton, M. Trudeau a réitéré sa défense acharnée de l’exception culturelle du Canada dans l’ALENA. Des sources bien au fait de la position de négociation canadienne disent que l’exception culturelle, que défend le Canada depuis la réouverture des pourparlers de l’ALENA, reste un point de friction dans les négociations, aussi avancées soient-elles.

Une partie de ce désaccord sur l’exception culturelle tourne autour de la décision du Canada d’autoriser la diffusion des publicités du Super Bowl américain. La décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes d’autoriser la diffusion de publicités américaines parfois emblématiques à la télévision canadienne a soulevé la colère de M. Lighthizer pendant la longue renégociation de l’ALENA. « Les États-Unis sont très préoccupés par cette politique », a écrit M. Lighthizer plus tôt cette année dans son rapport annuel sur les obstacles au commerce américain.

D’après M. Lighthizer, les radiodiffuseurs américains en activité dans les États frontaliers se sont également plaints du fait que certains de leurs homologues canadiens captent les signaux américains et les redistribuent au Canada sans consentement. « Les États-Unis explorent des pistes pour répondre à ces préoccupations », a écrit M. Lighthizer.

Pas de faveur pour M. Trump

La Maison-Blanche doit présenter un texte au Congrès américain avant le 1er octobre afin que le Canada se joigne à l’accord que le gouvernement Trump a signé avec le Mexique la semaine dernière, en apportant ses conditions, selon des analystes en matière de commerce. Le président Trump aimerait obtenir une victoire sur le front du commerce avant les élections de mi-mandat aux États-Unis en novembre, qui mettront à l’épreuve sa capacité à garder le contrôle du Congrès.

Mais M. Trudeau a laissé entendre mercredi qu’il n’allait pas se presser pour faire de faveur à quiconque. « Nous n’accepterons pas de signer un mauvais accord simplement parce que le président le désire », a déclaré le premier ministre.

L’objectif général des négociations est d’officialiser l’accord d’ici le 1er décembre afin qu’il entre en vigueur avant l’arrivée en fonction du nouveau président mexicain, sans quoi le président Donald Trump menace de finaliser un accord avec le Mexique qui exclurait le Canada.