Trans Mountain: les libéraux disent non à des audiences spéciales

Le premier ministre Justin Trudeau était de passage en Colombie-Britannique, mardi, où il a notamment rencontré son homologue, John Horgan, qui s’oppose à l’expansion du pipeline Trans Mountain.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau était de passage en Colombie-Britannique, mardi, où il a notamment rencontré son homologue, John Horgan, qui s’oppose à l’expansion du pipeline Trans Mountain.

Les Canadiens sont peut-être maintenant propriétaires de l’oléoduc Trans Mountain, mais le gouvernement libéral a refusé mardi les demandes de l’opposition de tenir des audiences spéciales pour expliquer l’impact d’une récente décision judiciaire bloquant son expansion prévue.

« C’est une décision de 275 pages. On l’a eue jeudi dernier, ça fait cinq jours. C’est de l’information qu’on doit revoir. Toutes les options sont sur la table sur comment mettre en avant ce projet», a expliqué le libéral Paul Lefebvre, secrétaire parlementaire du ministre des Ressources naturelles. Le Parlement est encore en relâche estivale, mais l’opposition conservatrice voulait forcer la tenue de réunions d’urgence du Comité permanent des ressources naturelles pour discuter de la récente décision de la Cour d’appel fédérale. Les députés libéraux, majoritaires au comité, ont frustré cette ambition à laquelle se ralliait le NPD.

L’opposition s’est insurgée du manque de transparence des libéraux. « Nous avons réussi à lire la décision au cours des derniers jours et quand vous la lisez, c’est très clair », a plaidé le porte-parole néodémocrate en matière de ressources naturelles, Richard Cannings. « Il est scandaleux qu’ils n’aient pas déjà annoncé un plan, a renchéri la conservatrice Shannon Stubbs. N’étaient-ils pas prêts en vue de l’une ou l’autre des issues possibles de cette cause ? »

La Cour d’appel fédérale a tranché qu’Ottawa avait erré en approuvant l’expansion du pipeline alors que l’évaluation du projet ne prenait pas en considération l’impact qu’aurait l’augmentation du trafic maritime en découlant sur la population d’épaulards du sud, une espèce en voie de disparition. Le Tribunal a aussi dit qu’Ottawa ne s’était pas acquitté pleinement de son obligation de consulter les Autochtones. Ottawa a acquis cet été l’oléoduc existant au coût de 4,5 milliards de dollars et s’est engagé à mener lui-même l’agrandissement.

Le NPD demande à Ottawa d’annuler cette acquisition et d’investir dans les énergies propres. Le chef Jagmeet Singh a indiqué mardi qu’il ne réclamait pas pour autant la fin de l’exploitation des sables bitumineux. « Ce n’est pas le cas, pas du tout. » À l’élection de 2015, une candidate vedette néodémocrate, Linda McQuaig, avait provoqué une tempête en suggérant que « beaucoup de sable bitumineux devrait peut-être rester dans le sol ». Le Parti conservateur demande au contraire que l’expansion du pipeline aille de l’avant afin de créer des emplois et d’obtenir un meilleur prix pour le pétrole canadien.

Le premier ministre Justin Trudeau a soutenu mardi que les relations actuelles tendues avec les États-Unis étaient un puissant argument en faveur de l’expansion. «On n’a qu’à regarder les grands titres pour comprendre à quel point être prisonnier des États-Unis pour nos exportations de ressources, en sachant que nous n’avons en ce moment q’un marché - les États-Unis- pour nos exportations de pétrole, n’est simplement pas une sage stratégie pour le Canada.»

En réponse au jugement de jeudi, le gouvernement de l’Alberta a annoncé qu’il se retirait du Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques. Ce retrait n’aura aucun impact pour au moins 28 mois. En effet, le cadre fédéral se veut un plan B imposé uniquement aux provinces n’ayant pas mis en place leur propre tarification du carbone. Il consiste en une taxe de 20 $ la tonne d’émissions à compter de 2019, montant devant augmenter de 10 $ par année pour atteindre 50 $ la tonne en 2022. Or, l’Alberta impose déjà une taxe de 30 $, que la ministre de l’Environnement, Shannon Phillips, s’était engagée en décembre dernier à augmenter à 40 $ le 1er janvier 2021 pour l’arrimer à celle d’Ottawa. Cette taxe n’est pas remise en question par le retrait albertain, seulement son arrimage à compter de 2021. Cet arrimage était déjà loin d’être garanti. L’Alberta ira aux urnes ce printemps et le conservateur Jason Kenney est donné grand favori. M. Kenney s’est engagé à abolir la taxe sur le carbone dans les premiers jours de son mandat.