Une Fierté qui veut rayonner au-delà des frontières

Comme à chaque année, le défilé de Fierté Montréal a été l’occasion pour la communauté LGBTQ de montrer les différentes facettes qui la composent, dans l’extravagance et la bonne humeur.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Comme à chaque année, le défilé de Fierté Montréal a été l’occasion pour la communauté LGBTQ de montrer les différentes facettes qui la composent, dans l’extravagance et la bonne humeur.

Le défilé de Fierté Montréal, qui avait lieu dimanche après-midi au centre-ville de Montréal, a rassemblé des milliers de spectateurs, mais aussi des dizaines d’élus de toutes allégeances politiques. La question des droits des personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles, transgenres ou queers (LGBTQ) ailleurs dans le monde a été particulièrement mise en valeur lors de cette 34e édition de la marche.

Kennedy Olango, un militant kenyan des droits LGBTQ ,avait été invité par les organisateurs. Au Kenya, les relations sexuelles entre hommes sont passibles de 14 ans de prison. « Je demande humblement au gouvernement canadien de nous aider, même si ça implique des pourparlers internationaux », implorait M. Olando lors d’une allocution avant la marche.

« Le courage avec lequel vous marchez aujourd’hui est une inspiration, un rappel pour nous tous », lui répondait le premier ministre du Canada, Justin Trudeau. « C’est touchant de voir M. Olango parmi nous », remarquait quant à lui le premier ministre du Québec, Philippe Couillard. « Ça nous fait réaliser comment ces droits-là sont précieux et fragiles, et qu’il faut les défendre. »

La présence de M. Olango aux festivités à Montréal l’expose à une arrestation potentielle dès son retour chez lui. Son appel à une plus grande implication du Canada sur la scène internationale pour défendre les droits LGBTQ n’est pas sans rappeler la récente confrontation politique entre le Canada et l’Arabie saoudite, survenue après qu’Ottawa eut fait des pressions pour que le royaume arabe libère la militante pour les droits des femmes Samar Badawi, soeur de Raïf Badawi. La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, avait alors déclaré que « le Canada défendra toujours les droits de la personne » à l’international.

On va bientôt embarquer dans des autobus avec des couleurs différentes, mais aujourd’hui on est tous d’accord sur une chose : tous les Québécois sont égaux

 

Gratin québécois

À quelques jours du déclenchement de la campagne électorale québécoise, des candidats de tous les partis jouaient du coude pour se faire voir à l’avant du défilé. Rien n’a nui à la bonne humeur, cependant, alors que les candidats riaient ensemble sans égard aux allégeances, et que Manon Massé, la co-porte-parole de Québec solidaire, dansait au son de la chanson YMCA.

« On va bientôt embarquer dans des autobus avec des couleurs différentes, mais aujourd’hui on est tous d’accord sur une chose : tous les Québécois sont égaux », se réjouissait Philippe Couillard.

Photo: Renaud Philippe Le Devoir Des milliers de personnes ont envahi les rues de la métropole, défilant dans la joie et la bonne humeur.

Il y avait toutefois un absent notable. François Legault, chef de la Coalition avenir Québec, n’était pas sur place, car il participait à des activités préélectorales en Abitibi et en Outaouais. Son parti était toutefois représenté par une dizaine de candidats au défilé, a fait valoir un porte-parole au Devoir.

« C’est sûr que M. Legault a moins de choses à dire [sur les enjeux LGBTQ], mais pour moi, c’était indispensable d’être ici », commentait Jean-François Lisée. Le chef du Parti québécois s’est dit fier des contributions passées de son parti à cette cause, notamment la reconnaissance des conjoints de fait de même sexe, et entend continuer à la soutenir s’il devient premier ministre.

« Fierté Montréal est la plus grosse fête du genre dans toute la francophonie, et on en est très fiers », soulevait juste avant le défilé Valérie Plante. La mairesse de Montréal a aussi indiqué que la Ville allait soutenir Fierté Montréal dans sa candidature pour recevoir en 2023 le World Pride — un grand festival international mettant en valeur la diversité sexuelle et de genre.

Comme Mme Plante, Justin Trudeau est lui aussi visiblement à l’aise sur le terrain des enjeux LGBTQ. Celui dont le père a décriminalisé l’homosexualité en 1969 a d’ailleurs été chaleureusement accueilli par les organisateurs de l’événement avant son discours.

En novembre dernier, M. Trudeau avait présenté les excuses du gouvernement canadien envers les personnes qui ont été emprisonnées, qui n’ont pu accéder à certains emplois ou qui ont été harcelées en raison de leur orientation sexuelle.

En 2016, il avait défendu les droits des personnes LGBTQ devant ses homologues au Sommet de la Francophonie, à Madagascar. Parmi les 80 pays et territoires représentés à cette rencontre, une dizaine de pays africains interdisaient les relations sexuelles entre personnes de même sexe.