Un an pour recréer le Bloc québécois

Mario Beaulieu, l’actuel chef par intérim (notre photo), a cédé samedi ses fonctions de président du parti à Yves Perron.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir Mario Beaulieu, l’actuel chef par intérim (notre photo), a cédé samedi ses fonctions de président du parti à Yves Perron.

Le Bloc québécois est déterminé à en finir avec la crise qu’il traverse depuis l’hiver. Le parti remet en question son programme, son image, et même son nom, en plus de devoir se choisir un nouveau chef. Une transformation qui doit se terminer à moins d’un an des prochaines élections fédérales, en octobre 2019.

« Ce n’est pas si serré pour partir sur de nouvelles bases. S’il y a une mobilisation dans toutes les circonscriptions, ça ne posera pas de problème », lance au bout du fil l’ancien chef de la formation indépendantiste, Gilles Duceppe.

Réunis en conseil général samedi, quelque 200 militants bloquistes ont donné leur aval au « chantier de refondation », proposé par l’aile jeunesse de leur parti, qui doit se mettre en branle cet automne.

Si M. Duceppe avoue ne pas se ranger derrière l’idée de changer le nom ou le logo du Bloc québécois, il se dit « favorable » au vaste remue-méninge. « Le principal, c’est le contenu, c’est de retrouver un programme de parti cohérent comme celui qu’on avait jusqu’à tant que les décisions de Martine Ouellet changent la donne », dit-il.

Si la formation est prête à faire table rase pour mettre le chaotique chapitre de l’ex-chef démissionnaire derrière elle, son orientation indépendantiste et son mandat de défense des intérêts du Québec à Ottawa, eux, ne sont pas négociables. Ces enjeux avaient scindé le parti en deux « clans » cet hiver, initiant un bras de fer entre les partisans de Mme Ouellet et ses détracteurs.

« Les gens ont décidé de regarder les choses en profondeur, de tout réanalyser en mettant tout sur la table, note le chef parlementaire du parti, Xavier Barsalou-Duval. C’est une réflexion qui est pertinente. Mais personnellement, je suis très attaché au nom du Bloc québécois. »

À partir de la mi-octobre — une fois les élections provinciales terminées —, colloques régionaux et consultations en ligne seront organisés à travers le Québec pour rameuter les forces indépendantistes. Le chantier culminera par un congrès extraordinaire en janvier (aucune date n’a encore été fixée) afin d'entériner les propositions. La course à la chefferie sera ensuite lancée pour se clore avec un scrutin les 8 et 9 mars.

Les bloquistes en règle obtiennent un laissez-passer pour livrer leurs idées sur la nouvelle mouture du parti, mais les citoyens souhaitant se joindre à la refondation devront se procurer une carte particulière.

La proposition n’est toutefois pas passée comme lettre à la poste samedi, faisant sourciller une partie des délégués. Certains ont trouvé la démarche « suicidaire » à l’approche des élections fédérales de 2019, craignant même la disparition du Bloc tel qu’ils le connaissent.

« On peut s’améliorer, ajouter des annexes à une fondation à bâtir, mais je ne pense pas qu’on doive se redéfinir en entier au risque de ne plus se retrouver », s’inquiète le député de Terrebonne, Michel Boudrias. Celui qui a réintégré les rangs du Bloc après le départ de Mme Ouellet, en juin, a néanmoins appuyé le projet samedi, séduit par sa « souplesse ».

Main tendue

Les artisans de la refondation n’ont pas caché leur volonté de ramener dans le giron de la formation les cinq députés dissidents formant désormais Québec debout. Dans la foulée des déchirements à propos de Martine Ouellet, sept des dix élus siégeant à Ottawa avaient claqué la porte. Depuis, deux ont fait marche arrière — M. Boudrias et le député de Mirabel, Simon Marcil.

« Je veux leur retour, a lancé devant les militants la présidente du Forum jeunesse, Camille Goyette-Gingras. Je serais extrêmement heureuse de retrouver mes dix députés. »

Aux yeux du nouveau président du Bloc québécois, Yves Perron, le projet de refondation est « un gros plus » pour les convaincre de rentrer au bercail. « J’ai beaucoup d’espoir qu’on va finir par travailler ensemble dans le même parti », dit-il en entrevue avec Le Devoir, ajoutant que des discussions se poursuivent. Est-ce que la refondation a été évoquée lors de ces pourparlers ? « Je ne veux pas trop embarquer là-dedans, mais le pouls était positif, répond M. Perron. On verra, mais la balle est dans leur camp. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’ancien chef du Bloc québécois Gilles Duceppe

Chez Québec debout, on observe « de loin, sans vouloir s’immiscer », révèle le chef par intérim de la nouvelle formation, Rhéal Fortin. Si le Bloc a intégré dans sa refondation les « quatre mêmes grands objectifs que nous », le député de Rivière-du-Nord ferme la porte à un retour des dissidents, pour l'instant. « Aujourd’hui, la réponse est non. Mais éventuellement, Dieu seul le sait », conclut-il.

Pour sa part, Gilles Duceppe espère que la proposition de réunification encouragera les députés à regagner les rangs de leur ancien fief à Ottawa, puisqu’ils auront désormais le « champ libre pour proposer de modifier le programme comme ils l’entendent ».

Unification

Mario Beaulieu (l’actuel chef par intérim) a par ailleurs cédé samedi ses fonctions de président à M. Perron, qui est aussi président de l’association bloquiste dans Berthier-Maskinongé. Il était la figure de proue du mouvement demandant le départ de Martine Ouellet. Gilbert Paquette, un fidèle de l’ancienne chef ayant démissionné en juin, a conservé son poste de vice-président. « C’est un pas en avant dans la réunification du Bloc », avait réagi au micro Mario Beaulieu, provoquant une vague d’applaudissements.

D’autres détracteurs de l’ancienne chef ont aussi obtenu des postes au sein du Bureau national, sorte de conseil d’administration du parti.

Avec Annabelle Caillou et Alexis Riopel

12 commentaires
  • Gilles Bousquet - Abonné 20 août 2018 06 h 34

    Une renaissance ?

    Changer le nom, les règlements et les administrateurs mais, continuer à soutenir 2 objectifs (qui vont dans 2 dirrections opposées) : L'indépendance du Québec (sa sortie du Canada) et La défense (l'amélioration du Québec) DANS LE CANADA, ce qui, quand ça réussit, une affaire fédéraliste, vu que, y réussir, ça conforte les Québécois, dans le Cabada.

  • Raynald Rouette - Abonné 20 août 2018 07 h 01

    Plus aucune crédibilité


    Il ne leur reste qu’à prendre les mesures pour fermer boutique, comme il était prévu!

    Ce n’est pas en changeant les masques que la situation s’améliorera!

  • Marguerite Paradis - Abonnée 20 août 2018 07 h 13

    LE BLOC... AU QUÉBEC

    S'il reste quelque chose de recyclable au BLOC, c'est au Québec que cela devrait être mis à contribution.

    • Léonce Naud - Abonné 21 août 2018 02 h 42

      Libre à vous de rester enfermée dans votre cabane mais laissez les autres quitter leur foyer pour aller négocier ou guerroyer dans le Pays-d'en-Haut !

  • Gilles Tremblay - Inscrit 20 août 2018 09 h 04

    Taupes+barbouzes=fédéralistes

    De 1976 à 1982, Claude Morin, la taupe, l'homme de confiance de René Lévesque et du PQ, informait le gouvernement fédéral. Des speudo-souverainistes qui polluent les partis souverainistes, comme dans le Bloc Québeçois, ne datent pas d'hier. Il est temps que l'on passe de souverainiste à indépendantiste. Le souverainisme est un poison du fédéral. L'indépendantisme l'antidote des Québéçois contre le poison d'Ottawa. Le mouvement féministe, souveraineté des femmes???, est infiltré ouvertement par le gouvernement fédéral pour foutre le bordel au Québec. Septique? Le premier "féministre" du Canada s'appelle Justin Trudeau, from Montreal Quebec Canada.

  • Pierre Samuel - Abonné 20 août 2018 10 h 05

    Pitoyable ...

    Autant René Lévesque qui n'y a jamais cru, qu'un Lucien Bouchard qui, originalement, considérait ce parti qu'il avait fondé comme étant temporaire (!?!), qu'un Gilles Duceppe qui y vit l'opportunité d'y faire longue carrière, avantages sociaux à l'avenant, jusqu'à Martine Ouellet
    qui s'en servit essentiellement pour s'y improviser < hydre parlementariste > (!), ce groupuscule est d'autant plus désopilant que le PQ de Jean-Francois Lisée et sa troupe de vaudeville actuelle, qui devrait, d'abord et avant tout, être le porte-étendard d'une indépendance effectivement de plus en plus moribonde, faute de n'avoir pas eu la volonté et le courage politique de s'affirmer sans faux-fuyants en temps et lieu, (ici même au Québec et non à Ottawa..!), est en voie d'extinction à plus ou moins brève échéance rejoignant de ce fait l'Union Nationale de Maurice Duplessis dans les limbes de l'Histoire...

    Et, c'est ainsi qu'au lieu de se préoccuper du bateau qui coule, on s'amuse à tenter de rafistoler inutilement un rafiot décrépit... Par Jupiter, qu'on en finisse enfin !

    • Pierre R. Gascon - Abonné 20 août 2018 16 h 39

      Je diffère de votre point de vue ...

      Pour moi, le 1er octobre nous offre un choix pardemé d'embuches entre : un chef qui veut nous canadianiser; un autre qui tentera de nous intégrer dans le Canada; un autre qui a mis en veuilleuse l'option pour notre indépendance.

      Ainsi, dites moi, monsieur Samuel, pourquoi ne voterions-nous pas JFL.

    • Michel Thériault - Abonné 20 août 2018 18 h 50

      Messieurs Samuel et Gascon, vous et moi, comme les lecteurs de cette tribune, connaissons les enjeux, savons que nous avons été forcé d'adhérer à ce quasi-pays qu'est le Canada et connaissons aussi toutes les "écoeuranteries" que le Fédéral a fait subir à ce quasi-peuple (les Québécois). Mais le reste de la population ?
      Bof, ils feront comme d'habitude et voteront pour celui qui a la plus belle cravate. Et oui, avec notre 40% d'analphabètes fonctionnels, c'est là que nous sommes rendus.
      Bonne campagne. Quant à moi...

    • André Joyal - Abonné 20 août 2018 19 h 53

      M. Thériault : pas 40%, mais 53% d'analphabètes fonctionnels. Ils ont tous voté NPD en 2011. On a vu ce que ça nous a rapporté.Misère!

    • Pierre Samuel - Abonné 21 août 2018 08 h 24

      @ Pierre R. Gascon :

      Bâtir un pays, cher Monsieur, exige de la personne concernée la stature d'un homme d'Etat et non d'un celle d'un humoriste spécialiste en esquives et autres fumisteries ...

      C'est affronter l'adversité, envers et contre tout, en affirmant haut et fort ce en quoi on croit. Ce dont JFL est incapable notamment en s'extirpant des sempiternelles redites éculées que le PQ nous sert depuis un demi-siècle même en désespoir de cause comme actuellement.

      A ce compte, peu importe que l'on soit d'accord ou non avec leur idéologie politique, ils reçoivent une sacrée leçon de la part de Manon Massé et du jeune Gabriel Nadeau-Dubois, héritier d'un Pierre Bourgault dont le PQ s'était prestement délesté parce que trop radical.

      Faudrait tout de même à un certain moment cesser de se raconter des histoires : le PQ, à l'exception des Jacques Parizeau, Camille Laurin, Gérald Godin, Robert Burns, Claude Charron et quelques autres "égarés" n'a jamais été véritablement un parti indépendantiste, mais bel et bien souverainiste-associationniste.

      Quoi qu'il en soit, dans l'état du Québec actuel, n'en déplaise aux indéfectibles nostalgiques à oeillères, la prophétie de Lord Durham s'est bel et bien accomplie : l'assimilation des Canadiens-français se poursuit inexorablement et sans retour.

      Et, comme il ne faut jamais jurer de rien, si jamais un simulacre d'une quelconque " partition " du Canada survient, soyez assuré que ce ne sera pas conséquence d'une volonté claire et nette de la part des seuls résidants de la province de Québec !

      Salutations cordiales !