Le Bloc veut transcender ses divisions

Ce qui aurait pu ressembler à une tentative de prise de contrôle sera finalement un partage consensuel du pouvoir.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir Ce qui aurait pu ressembler à une tentative de prise de contrôle sera finalement un partage consensuel du pouvoir.

Le Bloc québécois est bel et bien déterminé à mettre le chaotique chapitre Martine Ouellet derrière lui. Les anciens « clans » qui s’opposaient ont décidé de se rallier pour diriger conjointement les destinées du parti. Les militants qui se réunissent samedi en conseil général devront non seulement avaliser cette réconciliation, mais indiquer s’ils donnent le feu vert à un grand remue-méninges visant à refonder le parti, voire à le rebaptiser.

« Le temps de classer les gens en camps est révolu », a lancé Yves Perron, le président de l’association bloquiste dans Berthier-Maskinongé. M. Perron était la figure de proue du mouvement demandant le départ de Martine Ouellet. Lui et certains de ses acolytes planifiaient de se faire élire samedi au Bureau national du Bloc québécois, sorte de conseil d’administration du parti, pour en déloger les fidèles de l’ancienne chef, dont le vice-président Gilbert Paquette.

Ce qui aurait pu ressembler à une tentative de prise de contrôle sera finalement un partage consensuel du pouvoir. Tout le monde s’est entendu pour que le chef intérimaire Mario Beaulieu cède à Yves Perron son siège de président en échange du maintien de M. Paquette à la vice-présidence. D’autres contestataires obtiennent aussi des postes.

« Ça permettra d’avoir un Bureau national qui reflète la diversité des points de vue. C’est un pas vers la réunification », a indiqué Mario Beaulieu en entrevue avec Le Devoir. L’entente a été conclue après discussion autant avec les partisans de Martine Ouellet qu’avec ses détracteurs. « On est arrivés à distribuer les postes pour qu’il y ait un équilibre au Bureau national dans le but de réunifier le Bloc et de favoriser le retour des députés. »

Exode

Dans la foulée des déchirements à propos de la chef, sept des dix députés du Bloc québécois avaient claqué la porte. Depuis, deux sont rentrés au bercail. Le Bloc aimerait que les cinq autres fassent de même.

« On va se rapprocher beaucoup de la parité, confirme M. Perron, mais il ne faut pas présenter ça comme “Ce sera 7 à 6”, ou quelque chose du genre. Ce n’est pas ça, l’idée. On se rassemble pour travailler ensemble et prendre des votes les plus consensuels possible dans le futur Bureau national. On veut changer l’ambiance. L’affrontement, c’est fini. »

La présidente du Forum Jeunesse et ex-attachée de presse de Martine Ouellet, Camille Goyette-Gingras, abonde dans ce sens. « Nous avions présenté un candidat au Bureau national et nous l’avons retiré pour favoriser cette entente », explique-t-elle.

Un Bloc nouveau ?

Les militants qui participeront au conseil général devront par ailleurs indiquer s’ils acceptent de donner le coup d’envoi à un processus de refondation du Bloc québécois. Si la proposition est acceptée, des colloques régionaux seront organisés tout l’automne à travers le Québec pour rameuter les forces indépendantistes.

« Le Parti québécois a 80 000 membres, Québec solidaire en a 10 000, mais le Bloc québécois en a 15 000, alors que, logiquement, on est le seul parti indépendantiste sur la scène fédérale, explique Camille Goyette-Gingras, qui pilote cette proposition. On devrait rassembler l’ensemble des indépendantistes. On a du travail à faire pour rejoindre ces gens-là, et quelle meilleure façon que de les inviter à prendre part à la refondation. » Il ne sera pas nécessaire d’être membre du Bloc pour participer au remue-méninges.

Le chantier culminera par un congrès extraordinaire en janvier pour entériner les propositions. Tout dans le programme bloquiste pourra être remis en question, à part l’orientation indépendantiste de la formation et son mandat de défense des intérêts du Québec. Le parti propose que le nouveau chef de ce parti repensé soit choisi en mars.

Demande d’injonction rejetée

La Cour supérieure a rejeté vendredi une demande d’injonction provisoire présentée par des militants du Bloc québécois qui aurait pu compliquer les projets de réunification et l’amorce d’une course à la chefferie. Le militant de Hull-Aylmer Bernard Desgagné visait le chef et président, Mario Beaulieu, et le vice-président, Gilbert Paquette. Il alléguait que les statuts et règlements du Bloc ont été modifiés de manière irrégulière en 2015 et seraient donc invalides. La légitimité même d’un poste de chef était remise en cause par le demandeur : le président était de facto chef avant 2015. La juge Claude Dallaire a estimé que l’urgence n’était pas telle qu’un remède aussi « exceptionnel » qu’une injonction doive être accordé. Elle a tout de même invité les dirigeants du Bloc à « sérieusement évaluer » les projets à l’ordre du jour samedi, advenant qu’ils puissent être contestés à nouveau pour les mêmes motifs. L’avocat de MM. Beaulieu et Paquette, Me Louis Demers, a déclaré au Devoir que les statuts et règlements de 2015 étaient conformes et s’est dit heureux que ceux qui « travaillent à la désunion » aient « échoué ».


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