L’ONU demande au Canada de ne pas expulser un Saoudien demandant l’asile

L'homme est détenu à Laval depuis le 26 juillet, les autorités craignant sa fuite.
Photo: L'homme est détenu à Laval depuis le 26 juillet, les autorités craignant sa fuite.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de la personne a demandé mercredi la suspension de l’expulsion d’un Saoudien demandant l’asile au Canada. Une requête qui lui donnerait un sursis le temps que l’ONU examine son dossier.

Son avocate, Stéphanie Valois, a confirmé la nouvelle au Devoir mercredi, indiquant que son client était à l’heure actuelle à l’hôpital, ce qui pourrait aussi expliquer qu’il n’ait pas encore été expulsé. « On a appris aujourd’hui qu’il souffrait de grandes douleurs en raison du stress. Il était terrorisé [mardi soir] en apprenant qu’il devait retourner en Arabie saoudite », précise-t-elle.

Détenu à Laval depuis le 26 juillet, les autorités craignant sa fuite, l’homme — dont l’identité ne peut être révélée — devait être expulsé mercredi vers son pays d’origine. Lorsque la décision est tombée début août, il a demandé « un examen des risques avant renvoi », afin de pouvoir expliquer les dangers auxquels il s’exposait en y retournant.

Dénoncé par un de ses collègues en Arabie saoudite pour avoir critiqué la guerre au Yémen sur son lieu de travail, il a perdu son emploi, puis a fui le pays. Il s’inquiète désormais du sort qui l’attend là-bas.

« Il appartient à la minorité chiite, qui est persécutée en Arabie saoudite à majorité sunnite, et il est désormais identifié comme un genre d’opposant là-bas, c’est pour ça qu’il a besoin de fuir son pays », explique l’une de ses avocates, Stéphanie Valois.

Soulignant la récente escalade des tensions diplomatiques entre les deux pays, elle craint le pire pour son client.

Les avocats du demandeur d’asile ont ainsi utilisé leur dernière carte mardi soir, cherchant de l’aide auprès des Nations unies pour bloquer son expulsion imminente.

Concrètement, l’ONU ne peut empêcher son expulsion définitive puisqu’Ottawa détient le dernier mot. Elle va toutefois examiner la plainte des avocats pour évaluer comment le dossier du Saoudien a été traité, et si le Canada a bafoué ses droits.

« Je suis vraiment surprise qu’on se soit rendus là, c’est très rare, mais c’est notre dernier recours, confie Me Valois. Dans le fond, on lui reproche d’avoir retiré sa demande pour sauver sa famille. »

Deuxième demande

Le hic, dans le dossier du Saoudien, c’est qu’au regard des lois canadiennes, il avait déjà fait une première demande d’asile pour finalement l’annuler durant les démarches. « Au Canada, on ne peut faire une demande d’asile qu’une seule fois », indique Me Valois.

L’homme était arrivé une première fois au Canada avec un visa étudiant et avait, le 8 juin 2017, présenté une demande d’asile auprès du gouvernement. Il avait interrompu ses démarches, le 31 octobre 2017, pour rejoindre d’urgence sa famille restée en Arabie saoudite, sa femme ayant été arrêtée par la police. Selon Me Valois, elle prodiguait bénévolement des soins à des personnes blessées par les autorités.

Dès son retour en Arabie saoudite, l’homme a été placé en détention et « maltraité », notamment pour qu’il fournisse des informations sur des activistes chiites.

Dans la demande de sursis, Me Valois précise qu’il a réussi à fuir le pays en corrompant des agents douaniers.

Finalement, il a recommencé tout le processus, passant par les États-Unis pour rejoindre le Canada avec sa famille. La mère et les deux enfants ont pu présenter leur demande d’asile sans problème, mais la sienne a été refusée, puisque cela faisait moins d’un an qu’il avait lui-même annulé une première fois.

Une décision contestée par le Saoudien, mais un juge de la Cour fédérale a donné son feu vert à l’expulsion mardi en fin de journée. Le juge a estimé qu’il n’avait pas présenté les documents nécessaires pour appuyer ses arguments sur ses craintes de revenir en Arabie saoudite.

« Les autorités ont justifié [leur décision en se basant sur le fait] qu’il était retourné de lui-même en Arabie saoudite, sous-entendant que le risque n’était pas si important, et qu’en plus nous n’avions pas fait la preuve qu’il avait été arrêté là-bas. Vous croyez vraiment que l’Arabie saoudite tient un tel registre d’arrestations ? » lance Me Valois au bout du fil.