Les relations entre Doug Ford et la presse se détériorent

Des employés du gouvernement sont payés pour applaudir durant les conférences de presse, enterrant ainsi les questions des journalistes.
Photo: Christopher Katsarov La Presse canadienne Des employés du gouvernement sont payés pour applaudir durant les conférences de presse, enterrant ainsi les questions des journalistes.

Le gouvernement du Parti progressiste-conservateur de Doug Ford fait l’objet de critiques pour les manières agressives qu’il déploie envers les journalistes affectés à la couverture de la politique ontarienne.

Adversaires politiques, membres de la presse et autres observateurs de l’industrie des médias s’entendent sur le fait que les stratégies d’entraves élaborées par le premier ministre et son cabinet dépassent largement le simple discours partisan auquel on s’attend dans tout environnement politique.

Enterrer les questions des journalistes par des applaudissements d’employés payés et produire de la propagande gouvernementale déguisée en reportage indépendant, disent-ils, représente un détournement de fonds publics et une menace à la démocratie.

Le gouvernement Ford plaide qu’il puise à même le budget du caucus pour financer ses activités sur les réseaux sociaux sous le nom Ontario News Now. Deux vidéos ont été produites jusqu’à maintenant pour faire la promotion de messages partisans.

Les progressistes-conservateurs n’ont pas nié avoir utilisé du personnel politique et d’autres employés du gouvernement lors de conférences de presse pour simuler des applaudissements spontanés. Ces mêmes applaudissements coordonnés ont aussi servi à empêcher des journalistes de poser des questions complémentaires.

Les ministres ont tous balayé les critiques du revers de la main, certains en ont même rajouté pour dénigrer les médias, des réactions qui font sonner l’alarme encore plus fort pour les experts.

« Toutes ces tactiques ont pour but d’entraver la responsabilité démocratique, cela affaiblit un bon gouvernement », observe le professeur de l’Université d’Ottawa et cofondateur de Democracy Watch Duff Conacher. « Ça n’aide en rien à faire le ménage en politique comme les conservateurs avaient promis de le faire. En fait, ça favorise les activités malhonnêtes, contraires à l’éthique, opaques et dépensières », ajoute M. Conacher.

Duff Conacher insiste : il faut bien faire la différence entre contrôler son message politique et délibérément se servir de l’argent des contribuables pour fabriquer du matériel qui a l’air de reportages journalistiques, mais qui n’a jamais été soumis à la rigueur et à l’indépendance inhérentes au journalisme.

La première vidéo controversée montre l’une des principales conseillères en communication de Doug Ford livrer un texte à la manière d’une journaliste, mais en vantant les trente premiers jours du gouvernement.

On voit ensuite défiler une série d’images du premier ministre pour énumérer les gestes faits jusqu’ici.

« Le premier ministre Ford a participé à des dizaines d’événements en trente jours et il a trouvé le moyen de remplir certaines promesses de campagne en même temps », clame Lyndsey Vanstone avant de « signer » son faux reportage comme s’il s’agissait d’un bulletin de nouvelles.

La ministre de la Santé Christine Elliott confirme que les activités d’Ontario News Now sont payées par le budget du caucus conservateur, qui est lui financé par les taxes des Ontariens.

Il est interdit au gouvernement de distribuer de la propagande, selon la Loi sur la publicité gouvernementale. Duff Conacher s’attend à ce que certains prétendent que le caucus n’est techniquement pas un organe du gouvernement et qu’il peut donc être exempté de la Loi.

L’expert n’est cependant pas d’accord avec cette interprétation et réclame une enquête du vérificateur général.

La chef du NPD Andrea Horwath qualifie Ontario News Now d’inapproprié et d’irrespectueux.

« Vous n’avez pas le droit d’utiliser de l’argent public pour des raisons partisanes », dénonce-t-elle en défendant du même coup les vidéos produites par son parti qui ne servent qu’à souligner des fêtes religieuses ou à aborder des thèmes neutres sans partisanerie.

« Créer toute cette machine à propagande comme les conservateurs l’ont fait… C’est contre les règles », renchérit-elle.

Le caucus progressiste-conservateur n’a pas répondu aux demandes de commentaires.