Le congrès du Bloc québécois du 18 août sera déterminant

Le doyen des députés du Bloc québécois est au nombre des cinq députés démissionnaires qui non seulement n’ont pas réintégré le parti à la suite du départ de Martine Ouellet, mais ont même formé un nouveau parti, Québec debout.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le doyen des députés du Bloc québécois est au nombre des cinq députés démissionnaires qui non seulement n’ont pas réintégré le parti à la suite du départ de Martine Ouellet, mais ont même formé un nouveau parti, Québec debout.

Les députés démissionnaires du Bloc québécois perdent des appuis au sein même de leurs exécutifs de circonscription. Deux autres associations locales se montrent tièdes devant le virage de leur député vers le nouveau parti Québec debout. Toutes deux confirment au Devoir qu’elles restent fidèles au Bloc et que leur élu se retrouve ainsi orphelin.

Dans le lot : le chef intérimaire des démissionnaires bloquistes, Rhéal Fortin. « M. Fortin n’a pas d’exécutif », tranche Louis-David Bénard, le président de l’association bloquiste de Rivière-du-Nord, au sujet de son député.

Rhéal Fortin et six de ses collègues avaient quitté le caucus du Bloc québécois avec fracas l’hiver dernier, en rejetant le leadership de l’ancienne chef Martine Ouellet. Deux d’entre eux ont depuis renoué avec le Bloc (Michel Boudrias et Simon Marcil). Mais cinq autres élus annonçaient, en juin, qu’ils reniaient le Bloc pour de bon avec leur projet de fonder un nouveau parti nationaliste nommé Québec debout.

« Nous, on reste au Bloc. Pour l’instant, on va travailler à la refondation et on va travailler à bâtir des ponts. Et l’objectif, ultimement, c’est de présenter un seul parti aux élections d’octobre 2019 », fait valoir M. Bénard au Devoir.

Le président de l’exécutif du Bloc à Joliette, Thomas Grégoire, est du même avis depuis que son élu Gabriel Ste-Marie a quitté le giron bloquiste. « M. Ste-Marie n’est plus au Bloc québécois. On est l’exécutif du Bloc québécois. On ne travaille pas pour lui », résume M. Grégoire. Il nie que l’association a désavoué son député. C’est plutôt ce dernier qui a changé de parti.

Reste que ces deux exécutifs avaient appuyé au départ l’idée de leur député de créer Québec debout, mais les présidents disent désormais espérer le retour de leur élu au Bloc québécois. Et cette décision est unanime au sein de leur association.

Idem dans Bécancour, chez Louis Plamondon. « On espère vraiment le retour de notre député au Bloc. Et on ne voit toujours pas la pertinence d’un Québec debout », indique le président, Martin Lajeunesse, qui avait déjà exprimé des doutes en juin. « Ça ne mènera nulle part, insiste-t-il. Il faut que tout le monde apprenne à mettre de l’eau dans son vin. Il faut y aller pour les intérêts du Québec. Et en ce moment, je ne crois pas qu’il y ait de la place pour deux partis qui se disent souverainistes. »

On espère vraiment le retour de notre député au Bloc. Et on ne voit toujours pas la pertinence d’un Québec debout

À Repentigny, chez l’élue Monique Pauzé, la présidente de l’exécutif, Hélène Trudel, s’est faite laconique. « La décision n’est pas encore prise pour l’instant. » En juin, Mme Trudel avait toutefois assuré que l’exécutif avait choisi « de continuer d’appuyer [sa] députée ».

Au Bloc québécois, on assure que les cinq associations de circonscription des députés démissionnaires ont prêté allégeance au Bloc.

La présidente de la circonscription de Montcalm, Monique Gagné, fait cependant bande à part et martèle qu’elle appuie encore pleinement son député Luc Thériault. Libre à lui de décider s’il réintégrera ou non le Bloc québécois, souligne-t-elle. L’exécutif de Montcalm n’a cependant pas encore pris de position officielle. Certains ont apposé leur signature à la demande d’enregistrement de Québec debout auprès d’Élections Canada, a reconnu Mme Gagné au Devoir.

Bris de confiance

Monique Gagné attend de voir, comme ses collègues des autres circonscriptions, la teneur des débats au conseil général du Bloc prévu à Montréal le 18 août. Ce sera l’occasion de jauger, selon eux, si la formation est prête à ajuster le tir pour accueillir de nouveau les députés démissionnaires, mais aussi les militants de la mouvance qui avait rejeté le leadership de Martine Ouellet. L’ancienne chef avait voulu faire du Bloc un outil de défense de la souveraineté avant tout, sur toutes les tribunes. Plusieurs bloquistes souhaitaient plutôt continuer d’en faire un organe de défense des intérêts du Québec, de même que de l’indépendance.

« La confiance, il faut qu’elle revienne », explique Monique Gagné. « Et pour qu’elle revienne au bureau national, ça prend des actions, et les actions, ce sera de nouvelles personnes. »

Le conseil général de la mi-août servira surtout à débattre de l’idée de refondation du Bloc québécois. Les délégués y décideront aussi des dates de la course à la chefferie pour choisir un successeur à Martine Ouellet — le parti proposera une course au printemps 2019, a appris Le Devoir.

Mais les bloquistes seront en outre appelés à élire quatre membres du bureau national (sorte d’exécutif du parti).

Les meneurs de la fronde contre Mme Ouellet, au printemps dernier, tenteront de se faire élire pour réinvestir le coeur du Bloc québécois. Yves Perron et Valérie Tremblay, des exécutifs de Berthier-Maskinongé et de Chicoutimi-Le Fjord, avaient coordonné la campagne contre la chef lors du vote de confiance et ils brigueront chacun un poste au bureau national.

Des 13 postes que compte cette instance, 7 sont occupés par un membre qui appuyait Martine Ouellet et sa vision du Bloc québécois.

Si les nouveaux venus sont élus, Martin Lajeunesse ne voit « pas comment les anciens députés du Bloc pourraient ne pas revenir au parti après ».

En revanche, si les bloquistes rejettent leurs collègues dans deux semaines ou si les pourparlers sur la refondation du parti ne prévoient pas de réorientation des mandats de la formation, Louis-David Bénard et Thomas Grégoire confient au Devoir qu’ils réévalueront leur allégeance au parti eux aussi.

Québec debout a été reconnu comme un parti « admissible » par Élections Canada. Lorsque la formation aura des candidats électoraux, elle deviendra un parti dûment enregistré.

12 commentaires
  • Normand Bélair-Plessis - Abonné 3 août 2018 00 h 26

    Un retour?

    Un retour à quoi? Depuis les dernières élections tout ce que l'on entend de votre parti est qu'un est faché contre l'autre et l'autre n'est pas content de la couleur du ciel...et quoi encore?
    Quand allez-vous prendre votre rôle au sérieux et dénoncer jour après jour toutes les injustices dans ce pays?
    C'est ça votre rôle! Rien d'autres! Et si ceci est trop compliqué, mais revenez pas!

  • Patrick Boulanger - Inscrit 3 août 2018 01 h 05

    J'espère de tout coeur que les élus démissionnaires vont réintégrer le BQ. L'étoile du monsieur aux égoportraits pâlit, le NPD ne passera pas au Québec aux prochaines élections avec son chef actuel - c'est le moins que l'on puisse dire - et je doute que les conservateurs vont susciter un engouement auprès de la population lors du prochain rendez-vous électoral. Notre parti souverainiste a donc une chance - de mon point de vue - de survivre aux prochaines élections. Toutefois, il me semble nécessaire qu'il mette toutes les chances de son côté pour que cela se concrétise...

  • Léonce Naud - Abonné 3 août 2018 06 h 44

    Ottawa et la fin des fédéralistes Canadiens-français


    À Ottawa, les fédéralistes Canadiens-français représentent une minorité ethnique canadienne en voie de disparition alors le Bloc Québécois témoigne d'une Nation majoritaire sur un territoire délimité dans l’Est de l’Amérique. Ce n'est pas du tout la même chose. Nos amis Canadiens anglais le savent, même s’ils se gardent bien de le dire tout haut.

    Un Québécois, c'est quelqu'un qui a fini par comprendre que c'est au Québec qu'il demeure encore aujourd’hui maître quelque part sur ce continent. Au contraire, les Canadiens-français, qui n'ont pas encore pris acte de la disparition de la Nouvelle-France ainsi que la perte de l'Empire français d'Amérique, réclament en vain des droits ou des privilèges au-delà du territoire actuel du Québec et se couvrent ainsi de ridicule. Ils n'ont pas encore compris qu'en dehors du Québec, toute puissance française digne de ce nom est aujourd'hui disparue du continent.

    Pour quelle raison ? En Amérique, la démocratie règne et par conséquent le nombre est la puissance fondamentale : la majorité mène et les minorités se soumettent. Il est donc normal que Canadiens-français et Québécois envisagent fort différemment le rôle du Québec sur le continent et que les Québécois remplacent graduellement les Canadiens-français au Parlement d’Ottawa.

  • Raynald Rouette - Abonné 3 août 2018 07 h 14

    Le Bloc Québécois, est une nuisance


    Le congrès doit préparer son départ d’Ottawa.

    L’erreur de Martine Ouellet qui lui sera fatale, a été de croire qu’il était possible de « Dénoncer Ottawa à Ottawa ». Tiré d’un texte de Sébastien Ricard, dans Le Devoir de mars dernier.

    Il y a déjà beaucoup trop de députés du Québec, qui prennent les intérêts du Québec, dans les autres partis.

    Les partisans d’un Québec libre et indépendant doivent parler d’une seule voix. À partir du Québec!

    • Léonce Naud - Abonné 3 août 2018 09 h 58

      Les États ayant en général la politique de leur géographie, les lignes de force géopolitiques dans l'Est du continent sont en train de redevenir les mêmes que celles qui prévalaient au temps de la Nouvelle-France. Or, si les Gouverneurs français s'étaient désintéressés du Pays d'En-Haut et n'avaient pas investi le reste du continent de sorte à y être présents un peu partout pour soutenir leurs intérêts, la Nouvelle-France n’aurait pas été en mesure de nouer des alliances avec la quasi-totalité des nations indiennes et, par conséquent, maîtrisé le jeu continental entre puissances européennes aussi longtemps que ce fut historiquement le cas.

      Avec le Bloc, le Québec s'est donné un Corps Expéditionnaire indépendant en mesure de collaborer avec ses voisins nord-américains, y compris la nation canadienne qu'il faut constamment rassurer sur la continuité de son existence en cas de changement fondamental dans le statut politique du Québec et de son territoire. C'est pourquoi les Québécois – tout comme les indomptables Canadiens de naguère – doivent de nouveau quitter leurs foyers, monter dans leurs canots et prendre la route du Pays d'En-Haut. Une fois sur place, qu'ils fréquentent les cabanes des indigènes, y fassent grand commerce, y scellent maintes alliances et surtout évitent de s’étriper entre eux seulement pour savoir qui a raison.

  • Jean Lapointe - Abonné 3 août 2018 08 h 46

    Oui il faut un seul parti.

    « Nous, on reste au Bloc. Pour l’instant, on va travailler à la refondation et on va travailler à bâtir des ponts. Et l’objectif, ultimement, c’est de présenter un seul parti aux élections d’octobre 2019 », fait valoir M. Bénard au Devoir.

    Oui c'est ce qui est le plus souhaitable et j'espère qu' on va y arriver parce que pour le moment le mouvement souverainiste ne fait pas très bonne figure aux yeux de la population, comme tout le monde peut le constater.Et ce n'est évidemment pas une très bonne chose.

    Il ne faut pas oublier que c'est le but visé qui compte et que tout doit être considéré dans cette perspective. L'enjeu est important et grave.

    Personnelllement je maintiens mon appui au Bloc parce que je suis un indépendantiste coûte que coûte mais mon souhait le plus cher est qu' on arrive au Bloc à faire bloc justement en faveur de l'indépendance du Québec. Je ne vais sûrement pas laisser tomber les gens dont je partage les principaux objectifs.

    N'oublions pas que si nous voulons l'indépendance c'est beaucoup plus pour les nouvelles générations que pour nous. Nous voulons leur éviter de subir ce que nous nous subissons.

    Nous devrions être sans repoches.Mais ce n'est malheureusement pas le cas.