L’impression d’armes en 3D ne séduira pas les criminels et les terroristes, croit Ottawa

Opposés à la permission accordée à l’entreprise Defense Distributed de mettre en ligne les codes pour l’impression d’armes en plastique, les sénateurs démocrates Edward Markey et Richard Blumenthal ont organisé une conférence de presse au Capitole à Washington.
Photo: Matthew Daly Associated Press Opposés à la permission accordée à l’entreprise Defense Distributed de mettre en ligne les codes pour l’impression d’armes en plastique, les sénateurs démocrates Edward Markey et Richard Blumenthal ont organisé une conférence de presse au Capitole à Washington.

Alors que les États-Unis débattent de la pertinence de rendre accessibles aux particuliers les codes permettant d’imprimer des armes à feu en trois dimensions, le Canada rappelle qu’il est interdit ici de se fabriquer des pistolets ou des mitraillettes maison.

Il est en effet illégal de fabriquer une arme à feu au Canada, par quelque méthode que ce soit, sans détenir le permis d’entreprise prévu à la Loi sur les armes à feu. Toute personne qui s’adonne à cette activité, « même sans contrepartie », est passible d’une peine d’emprisonnement maximale de 10 ans, la peine minimale étant de trois ans, cinq ans en cas de récidive. Et que fait le gouvernement pour prévenir cette activité ?

« Les responsables gouvernementaux surveillent étroitement les développements en ce qui concerne l’impression 3D d’armes à feu », indique Scott Bardsley, porte-parole du ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale.

Peut-on penser que les autorités surveillent ceux qui téléchargent les devis d’impression de ces armes ?

« On ne discute pas des opérations de collecte d’information », se borne à répondre M. Bardsley, qui précise néanmoins que rien dans le Code criminel « n’interdit le téléchargement ou la possession de plans pour l’impression 3D d’armes à feu ».

Oui, ça fonctionne. On peut tirer un projectile avec ça. Le Liberator peut tirer jusqu’à quatre cartouches de suite. Si on l’imprime avec du bon plastique.

 

Songe-t-on à l’interdire à l’avenir ? « Bien que le gouvernement n’ait pas pour l’instant proposé de changement à cet égard, nous écoutons attentivement les conseils des experts à propos des menaces émergentes et des façons d’y répondre. »

« Intraçables et indétectables »

Aux États-Unis, la bataille à propos des armes à feu imprimées fait rage depuis 2013. À cette époque, l’entreprise Defense Distributed met en ligne les codes pour imprimer en 3D le pistolet Liberator. Les autorités le lui interdisent au nom des règles sur le commerce international des armes.

Le fondateur du groupe, Cody Wilson, réplique en 2015 par une poursuite judiciaire et, en juin dernier, le gouvernement américain capitule en signant une entente à l’amiable lui accordant le droit de diffuser des devis et lui remboursant même une partie de ses frais de justice.

Les procureurs généraux de neuf États tentent maintenant de bloquer cette entente au motif qu’elle fournira aux « criminels et aux terroristes » des armes « intraçables et indétectables ».

Les armes à feu imprimées sont-elles à ce point fiables que le milieu interlope s’en saisira ? « Oui et non », répond Francis Langlois, spécialiste des armes à feu et professeur au Cégep de Trois-Rivières rattaché à la Chaire Raoul-Dandurand.

« Oui, ça fonctionne. On peut tirer un projectile avec ça. Le Liberator peut tirer jusqu’à quatre cartouches de suite. Si on l’imprime avec du bon plastique. »

Tout le défi est là. Mettre la main sur le devis d’impression ne garantit pas un résultat sans faille. Il y a différentes qualités d’imprimante et de plastique. L’impression en soi requiert du savoir-faire. L’utilisateur doit bien assembler les pièces. « L’arme risque d’exploser au visage de l’utilisateur si le plastique n’est pas bon ou si c’est mal fait », rappelle M. Langlois.

Peu fiable... pour l’instant

Le gouvernement canadien semble s’accrocher à cet espoir pour l’instant. Le porte-parole du ministre Goodale souligne que les armes à feu imprimées « coûtent extrêmement cher à produire et ont tendance à défaillir à cause de leur porosité ». Les terroristes et criminels veulent de la fiabilité et s’en remettront à leur réseau habituel pour obtenir leurs armes.

Francis Langlois est d’accord avec lui… pour l’instant. Surtout qu’il minimise « l’indétectabilité » de ces armes en plastique : les munitions, elles, demeureront en métal.

Pour ces raisons, il prédit que ce sont surtout des particuliers qui poseront problème dans un premier temps. Des hommes à qui on a refusé une arme pour cause de violence conjugale contourneront ainsi l’interdit. Des enfants mettront par inadvertance la main sur l’arme en plastique, qui ressemble à un jouet…

Mais d’ici quelques années, avance-t-il, les prix de la technologie d’impression 3D vont chuter et la qualité augmentera. « La prochaine étape, c’est l’imprimante à métal. »

Au Service de police de la Ville de Montréal, on indique que les armes imprimées en trois dimensions ne sont pas sur leur écran radar. « Ce n’est pas une problématique avec laquelle on vit, indique le porte-parole Ian Lafrenière. Cela ne nous a pas été rapporté. »

1 commentaire
  • Gilles Bonin - Abonné 1 août 2018 00 h 12

    Jusqu'à

    ce que tous ces brillants s'aperçoivent que c'est une plaie et bien sûr trop tard.