Le Canada recueillera les empreintes de ses visiteurs

À compter d’aujourd’hui, tous les visiteurs d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique devront fournir leurs empreintes, tandis que ceux venant d’Asie ou d’Amérique y seront obligés à compter du 31 décembre prochain. Un voyageur n’aura à fournir ses données biométriques qu’une fois tous les 10 ans, nonobstant son nombre de visites au Canada.
Photo: Orlando Sierra Agence France-Presse À compter d’aujourd’hui, tous les visiteurs d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique devront fournir leurs empreintes, tandis que ceux venant d’Asie ou d’Amérique y seront obligés à compter du 31 décembre prochain. Un voyageur n’aura à fournir ses données biométriques qu’une fois tous les 10 ans, nonobstant son nombre de visites au Canada.

Visiteurs, vos empreintes ! À compter d’aujourd’hui, le Canada emboîte le pas à plusieurs de ses alliés en exigeant des voyageurs nécessitant un visa d’entrée qu’ils fournissent également leurs empreintes digitales.

Cette exigence s’applique à toute personne qui demande un visa de voyage, un permis de travail, un permis d’études ou qui présente une demande de résidence permanente au Canada. Depuis 2013, les ressortissants de seulement 30 pays plaçant de telles demandes devaient fournir leurs empreintes. Désormais, ce sont tous les visiteurs d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique qui sont visés, tandis que ceux d’Asie et d’Amérique le seront à compter du 31 décembre prochain. Les demandeurs d’asile, eux, doivent fournir leurs empreintes depuis 1993.

En élargissant notre programme de biométrie, nous facilitons l’entrée au Canada et protégeons l’intégrité de notre système d’immigration en établissant rapidement et avec précision l’identité d’un voyageur

 

Tous les touristes ne seront pas embêtés pour autant. Ceux provenant des pays pour lesquels le Canada n’exige pas de visa de voyage n’auront pas à fournir leurs données biométriques. Le Canada exige des visas de 147 pays, mais exempte ses alliés habituels, notamment les États-Unis, certains pays européens, Israël, les Émirats arabes unis, l’Australie, le Japon, le Mexique, le Chili, la Corée du Sud et Singapour.

Le Canada assure que sa mesure n’est pas exceptionnelle puisque « plus de 70 pays » s’y adonnent déjà, notamment les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon, le Royaume-Uni et les 26 États européens faisant partie de l’espace Schengen.

« En élargissant notre programme de biométrie, nous facilitons l’entrée au Canada et protégeons l’intégrité de notre système d’immigration en établissant rapidement et avec précision l’identité d’un voyageur », a fait valoir par communiqué de presse le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Ahmed Hussen. Les empreintes seront vérifiées en amont du périple du voyageur, notamment en étant comparées au répertoire des empreintes digitales des criminels que gère la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

La mesure, qui entre en vigueur ce mardi, avait été annoncée par Stephen Harper en 2015. Une somme de 312,6 millions de dollars sur cinq ans y a été consacrée.

Évaluation des risques

Au Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, on indique avoir tenu des consultations avec le gouvernement sur l’expansion prévue de la prise d’empreintes et reçu plusieurs évaluations des risques. La dernière, reçue en juillet, est encore à l’étude par le commissaire. « Du point de vue de la sécurité, nous croyons qu’il est justifié, aux fins de vérification de l’admissibilité, de recueillir les empreintes digitales des personnes qui cherchent à être admises au Canada », indique le bureau du commissaire, Daniel Therrien. Il est satisfait de la mesure voulant que les empreintes soient détruites lorsqu’un résident permanent se verra accorder la citoyenneté canadienne.

Le Commissariat demande toutefois qu’une attention particulière soit accordée à la protection des données biométriques recueillies par des centres d’inscription privés à l’étranger et qu’Ottawa établisse « avec prudence » des critères pour la communication des données à d’autres pays.

Un voyageur n’aura à fournir ses données biométriques qu’une fois tous les 10 ans, nonobstant son nombre de visites au Canada. Le demandeur devra assumer les frais de 85 $ pour la prise d’empreintes. Le coût est plafonné à 170 $ pour les familles et à 255 $ pour les groupes de trois artistes ou plus venant performer au pays. En attendant l’ouverture de nouveaux centres de réception des demandes de visa partout dans le monde, les demandeurs pourront s’adresser à certaines ambassades canadiennes pour fournir leurs données biométriques.

Le Canada pourra partager les données qu’il recueille avec ses alliés, notamment les États-Unis, qui auront à leur tour le droit de partager les données reçues avec d’autres pays en vertu d’une entente sur le périmètre de sécurité conclue en 2012.

Le Canada utilise des sites de généalogie pour le renvoi de migrants

Ottawa — Le gouvernement canadien utilise des tests d’ADN et des sites Internet spécialisés en généalogie pour établir la nationalité de ressortissants étrangers placés en rétention avant leur éventuel renvoi du pays, a indiqué lundi la police des frontières.

« L’ASFC [Agence des services frontaliers du Canada] utilise les tests d’ADN afin de déterminer l’identité des personnes détenues à long terme après avoir épuisé toutes les autres ressources d’enquête », a expliqué Jayden Robertson, porte-parole de l’AFSC dans un courriel.

« Les tests d’ADN aident l’ASFC à déterminer l’identité en fournissant des indicateurs sur la nationalité, ce qui nous permet de concentrer nos recherches sur certains pays », a souligné ce porte-parole.

L’Agence assure obtenir le consentement des ressortissants avant de soumettre leurs renseignements à des sites Internet d’ADN.

Cette affirmation est cependant remise en question par Jared Will, un avocat de Toronto représentant plusieurs ressortissants qui ont subi des tests d’ADN.

« D’après mon expérience, l’ASFC fait ces demandes aux détenus qui, en cas de refus, sont accusés de ne pas coopérer aux efforts en vue de leur renvoi. Ce refus de coopérer est ensuite invoqué comme justification pour leur détention prolongée », a-t-il dit à l’AFP.

D’autres critiques soulignent que l’origine ethnique d’une personne n’est pas gage de sa nationalité.

Cette affaire d’abord révélée par le site Vice News survient alors que plus de 30 000 demandeurs d’asile ont fui les États-Unis pour le Canada depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, en janvier 2017.

Ces techniques ne sont utilisées que dans des cas extrêmes, comme dans celui d’un demandeur d’asile qui se faisait appeler Ebrahim Touré, arrivé au Canada en 2011 avec un faux passeport français. Il prétendait être originaire de Guinée, pays qui l’a finalement refoulé lorsque le Canada a tenté de le renvoyer en 2013, car la Guinée a jugé que son certificat de naissance guinéen était aussi un faux et qu’il ne parlait pas le français, langue officielle du pays.

Il a passé plus de quatre ans en prison avant finalement d’accepter l’an dernier de subir un test d’ADN.

Après analyse de son ADN et consultation de sites de généalogie à la recherche de membres de sa famille, l’ASFC a déterminé qu’il s’agit vraisemblablement d’un Gambien dénommé Bakaba Touray.